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La Valse de Diabelli
C’est à l’âge de six ans qu’il révèle des dispositions exceptionnelles pour la musique, en reproduisant d’oreille des airs joués par son père. Émerveillé par son talent, Adam lui enseignera le piano, et aussi, ce qui est important pour la suite de sa carrière, l’harmonie, la composition, le déchiffrage à vue et l’improvisation, bref, la musique dans son ensemble. Et le petit garçon se taillera un joli succès auprès des notables locaux en improvisant sur des airs populaires.
Correspondance émouvante : un peu plus d’un siècle plus tard, un autre petit garçon hongrois, âgé de cinq ans, fera sensation en se produisant dans un cirque et en improvisant sur des airs donnés par le public. Il s’appelait György Cziffra et deviendra un des plus brillants interprètes de Liszt.
Adam se rend vite compte que le talent de son fils mérite une autre pointure pour son enseignement et il entreprend des démarches pour obtenir un congé afin de s’installer à Vienne. C’est ainsi que Franz quittera définitivement à dix ans son village natal.
Il gardera de ces dix années à Raiding deux impressions fortes :
- la religion : il aura été très impressionné par les services religieux auxquels ses parents l’ont emmené,
- et les tziganes : il est fasciné par ces personnages mystérieux qui jouent une musique étrange. Il aura plus tard l’occasion de les retrouver.
Voilà donc le petit Franz à Vienne. Il va étudier avec deux célébrités.
Le piano avec … Carl Czerny ! Eh oui, Czerny, le cauchemar de générations d’apprentis pianistes, l’auteur d’innombrables et arides exercices et études, a été le maître de Franz Liszt.
En fait c’était un remarquable pédagogue, disciple et interprète de Beethoven, qu’il fera d’ailleurs connaître au petit Franz qui lui vouait une grande admiration (le portrait de Beethoven figurait en bonne place dans le salon de sa maison natale, et quand on lui demandait ce qu’il voudrait faire plus tard, il montrait le portrait de Beethoven en disant « comme lui »).
De plus, Czerny était loin d’être une « vieille barbe » ! Il avait la trentaine et a été pour Franz comme un frère aîné. Il faut signaler aussi que, connaissant la situation financière de la famille Liszt qui n’était pas brillante, il a dispensé son enseignement gratuitement.
L’autre célébrité avec laquelle Franz a étudié la composition, c’était Anton Salieri, celui dont une rumeur sans fondement, qui s’est propagée jusqu’à nos jours en inspirant la pièce « Amadeus » de Peter Shaffer et le film éponyme de Miloš Forman, avait fait l’empoisonneur de Mozart. Salieri non plus n’avait rien demandé pour son enseignement.
Et c’est à l’âge de onze ans que Franz compose et publie sa première œuvre : « Variation sur une valse de Diabelli ».
Anton Diabelli, compositeur et éditeur de musique viennois, avait fait ce qu’on appellerait aujourd’hui un « coup marketing ». Il avait composé une courte valse et l’avait envoyée à une cinquantaine de compositeurs en leur demandant chacun d’écrire une variation inspirée par elle, afin de publier l’ensemble en un recueil représentant un panorama de la musique de piano de l’époque.
C’est ainsi qu’on y trouve les noms de Schubert, de Beethoven (qui, après avoir refusé en se moquant du caractère simpliste de la valse de Diabelli, s’était ravisé et lui avait envoyé 33 variations, que Diabelli avait publiées à part et qui sont un de ses chefs d’œuvre), de l’inévitable Czerny, et d’autres noms moins connus aujourd’hui : Kalkbrenner, Tomásek, Pixis … Il y a même un certain Wolfgang Amadeus Mozart, ce qui semble étonnant puisqu’il était mort trente ans plus tôt… Mais il s’agissait d’un de ses fils, Franz Xaver qui avait le culot de publier ses oeuvres sous le nom de son père !
Valse de Diabelli, suivie de la variation du jeune Franz Liszt
La valse de Diabelli est une pièce sans prétention au caractère un peu pompeux, mais agréable à écouter. La variation du petit Liszt n’est pas inoubliable sur le plan musical, elle semble très inspirée par Czerny, mais elle est intéressante car elle donne une idée de ce que pouvait être la virtuosité et l’audace avec lesquelles ce gamin de onze ans prend possession du clavier : les mains volent dans tous les sens, se croisent dans des positions malcommodes, et il fallait bien la souplesse d’un enfant pour rendre cette pièce avec élégance.
Paul Hubert des Mesnards
Extraits de Franz Liszt L'artiste Roi Collection Les Portraits Musicaux - Les éditions Marinières
Les deux ouvrages de référence, qui m’ont le plus inspiré, sont :
Serge Gut, Liszt (Éditions de Fallois, l’Âge d’Homme, 1989). Ouvrage très complet qui comporte une biographie et des développements très intéressants sur différents aspects de l’artiste et de ses œuvres.
Alan Walker, Franz Liszt, 2 tomes (Fayard, 1989). Une biographie très complète. Alan Walker est un grand spécialiste de Liszt, et, en plus de cet ouvrage, il a écrit de nombreux essais.
