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Liszt, ses enfants et leur éducation
Liszt eut 3 enfants avec Marie de Flavigny, épouse du comte d’ Agoult avec qui elle avait déjà eu deux filles, Louise qui mourut à l’ âge de 6 ans et Claire qui épousera Guy de Charnacé et sera donc la demie sœur des 3 enfants qu’ elle eut avec Liszt
Blandine, Cosima, Daniel.
Blandine 1835-1862
"Je vous embrasse comme je vous aime du fond du cœur"
Elle n’ a vécu que 27 ans et a toujours admiré son père, comme en témoignent ses lettres remplies d’ affectueuse dévotion à son égard . Un père dont elle soufrait de l’ éternelle absence.
Elle a épousé Émile Ollivier, un avocat, député, homme politique qui deviendra ministre de Napoléon 3.
Voici ce que celui-ci, homme généreux et droit, écrivit à Liszt lorsqu’ il souhaita lui demander son consentement pour épouser Blandine:
« Je l’ aime profondément, non seulement parce qu’ elle est charmante, pleine d’ intelligence, de grâce et de bonté, mais surtout parce que elle a une âme haute, noble, tournée vers ce qui est généreux »
Blandine mourut après avoir donné naissance à un fils, Daniel Ollivier.
Livre conseillé ; Correspondance de Liszt et de sa fille Madame Émile Ollivier, Editions Grasset
Cosima 1837-1930
"Il n'y a que Richard qui m'a aimée"
Des trois enfants, elle eut la plus longue vie, 93 ans.
Cosima avait une personnalité affirmée, un fort caractère. Son père l’ appelait « ma terrible fille ». Elle aussi a vécu jeune dans l’ admiration et le respect de son père mais elle a su se rebeller. Ainsi en désaccord avec Liszt, elle divorça de son premier mari dont elle eut deux enfants, Hans von Bulow, un grand pianiste, chef d’ orchestre et compositeur pour épouser Richard Wagner dont elle eut 3 enfants. C’ était une excellente pianiste, elle aurait voulu devenir concertiste , ce que lui refusa son père.
Elle sut épauler Richard Wagner et pendant près de 50 ans après le décès de celui-ci, elle entretint la légende du compositeur en le statufiant et en faisant du festival de Bayreuth le lieu du culte de son défunt mari.
Dédiée entièrement à Wagner, elle en voulut à son père de ne lui avoir prodigué que trop peu d’ amour même si celui-ci changea dans ses dernières années en lui montrant beaucoup d’ affection et de dévouement.
Plus tard en relisant les lettres de ses parents, Franz et Marie, Cosima écrivit
« Ils ne nous ont jamais aimés et se sont battus sur notre dos. Seul Richard m’ a aimée » Personnalité hors du commun, à l’ image de ses parents comme le prouve la quantité de livres et d' essais qui lui ont été consacrés.
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Daniel 1839-1850
"Je vais préparer vos places"
Daniel Liszt est le troisième et le dernier enfant que Franz Liszt eut avec Marie d Agoult. Né le 9 mai 1839 à Palestrina près de Rome, il ne vécut qu’une vingtaine d’années, anéanti par une phtisie galopante en décembre 1859.
Sa vie avait bien mal commencé, pendant ses deux premières années, il fut « abandonné » par ses parents chez une nourrice qui le laissa mourir de faim. Heureusement son parrain, le célèbre peintre et ami du couple, Henri Lehmann le retira à temps et le « ressuscita » alors que Marie d’Agoult semblait l’avoir déjà abandonné. N’écrira-t-elle pas à Lehmann : « Les nouvelles de Daniel me donnent une grande joie. Toutefois je vous défends absolument d’y retourner avant votre départ. C’est une vraie folie et au fond une folie sans résultat. Cet enfant est forcément confié à la Providence et au hasard, ce que j’ai de mieux à faire est d’y penser le moins possible ». Il fut ensuite confié à sa grand-mère Anna Liszt à Paris qui finit par le requinquer et le choya en lieu et place de ses parents. Liszt qui assura le bien-être matériel de ses enfants fut un père absent puisqu‘il resta, à partir de 1844, près de 9 ans sans venir les voir tout en refusant à Marie le droit de s’en occuper.
Daniel fréquenta plus tard le lycée Bonaparte, aujourd’hui lycée Louis le Grand. Après des débuts un peu difficiles, il se révéla être un brillant élève faisant la fierté de sa famille. Pour le récompenser, Liszt le fit venir à l’Altenburg. Ainsi à 15 ans il rejoignit à Weimar son père qu’il va enfin découvrir et admirer. En 1857 il partit pour Vienne afin de faire des études de droit qui ne l’enthousiasmaient pas. Il passera ses vacances d’été à Berlin chez Cosima encore mariée avec Hans von Bülow et c’est chez elle qu’il mourut de phtisie le 15 décembre 1859.
Son père alerté par Cosima eut juste le temps d’arriver 2 jours avant sa disparition. Il se serait endormi dans ses bras et ses derniers mots auraient été : « je vais préparer vos places ». Cosima fut très marquée par le décès de son frère et appela sa première fille Daniela.
L’enterrement eut lieu le 15 décembre au cimetière catholique de Berlin. En 1860, Liszt composa « les Morts », ode funèbre à la mémoire de Daniel.
Comme nous le montre la photo envoyée par Christine, une grande croix blanche se dresse sur la tombe portant cette inscription :
Daniel Liszt
Né à Rome le 9 mai 1839
Mort à Berlin le 13 décembre 1859 Pour en savoir cliquez ici
Livre conseillé Daniel Liszt, un fils mal aimé Charles Dépêchez Editions Mercure de France
Education et affection
"Les enfants portent tous trois mon nom et j'ai sur eux un droit absolu"
Les 3 enfants eurent à souffrir de l’ attitude irresponsable de leurs parents autant Franz que Marie qui lorsqu’ ils se séparèrent, se déchirèrent et ne leur prodiguèrent pas suffisamment d’ affection.
Des décennies plus tard, Cosima, fille cadette seule survivante relisant les lettres envoyées par ses parents, soulignera que ceux-ci se sont battus sur leur dos et que seul Richard Wagner l’ a aimée.
Par contre, matériellement ses enfants ne manquèrent jamais de rien, Liszt se fit un point d’ honneur à pourvoir financièrement, seul, à tous leurs besoins en essayant de leur donner le maximum, pour qu’ ils soient à leur aise dans une société privilégiée et que ses filles Blandine et Cosima puissent y tenir honorablement un foyer.
Ils ont été élevés à distance et par correspondance par leur père qui ne cessait de sillonner les routes européennes pour ses concerts. Liszt était exigeant, s'enquierait de tout ce qui les concernait, leur progrès, leurs connaissances, leur éducation religieuse et musicale, leur fréquentation. Il faisait preuve d’ une grande sévérité, c’ était le « pater familias », les enfants devaient lui être reconnaissants et être dignes de ce père qu’ ils admiraient. Ce qu’ ils firent et il a eu de la chance, parce qu’ il est quand même resté plus de 8 ans sans venir leur rendre visite à Paris.
Les confessions qu’ il fit à Agnes Street à propos de ses filles sont glaçantes « Ces fillettes font si peu partie intégrante de ma vie actuelle […] que je ne sais trop qu’ en faire, et qu’ il me semble plus simple que nous nous aimions à distance. »
En conclusion, l’ exercice d’ une paternité affectueuse n’ a pas été le fort de Liszt et et on ne peut que donner raison à Émile Ollivier, le mari de Blandine qui après le décès de celle ci ecrivit:
« Peut-être y aurait-il dans les œuvres grandioses de Liszt un accent ému qui y manque s’ il avait eu pour ceux qu’ il a mis au monde un cœur plus paternel et s’ il avait cru leur devoir autre chose qu’ une dot. »
Leur mère Marie d’ Agoult n’ a pas non plus été un modèle de mère affectueuse dédiée à ses enfants. On se souvient qu’ elle « laissa » à chaque fois les 3 enfants qu' elle eut avec Franz en nourrice. Ainsi Daniel, alors qu’ il avait été confié près de Rome à une nourrice qui le laissait dépérir et que le peintre Lehmnan ami de Marie après avoir alerté cette dernière, avait voulu le retirer de cette famille pour le sauver, Marie fataliste lui répondit qu' il fallait l’ y laisser à la volonté de Dieu. Heureusement Lehmann récupéra l' enfant et lui redonna vie, Daniel vécut jusqu’ à 20 ans. On peut aussi rappeler que Marie, bien que parisienne, resta une dizaine d’ années sans venir voir ses enfants qui habitaient eux aussi à Paris.
C’ est là le grand reproche sur lequel sont unanimes tous les lisztiens mais nous étions au 19 ème, le détachement envers les enfants, la rigidité de l’ éducation, la mise en nourrice étaient trop souvent la règle et il fallait souffrir que près de la moitié meurent en bas âge. Marie a été engluée dans sa vie de salonnière avec une mère qui a refusé de voir les trois « bâtards » qu' elle eut avec Liszt. Pourtant ils ont tous deux vraiment souffert du décès de leurs enfants. Marie resta inconsolable de la perte de sa petite Louise âgée de 6 ans quant à Liszt il a aussi été très marqué par le décès de son fils Daniel à 20 ans et 3 ans plus tard par celui de sa fille aînée Blandine à 27 ans. Il montrera ensuite beaucoup d’ affection pour Cosima et ses petits enfants notamment Daniela fille aînée que Cosima eut avec Hans von Bulow , mais pour Cosima, c’ était sans doute trop tard.
Ce qui est étonnant c’ est que Liszt a su être affectueux avec d’ autres enfants ainsi de sa relation avec Marie (1837-1920)qui deviendra la princesse Hohenlohe, fille de Carolyne Sayn-Wittgenstein. Elle vécut une dizaine d’ années avec eux à Weimar Liszt l’a vraiment chérie. Dans la correspondance qu’ il a eue avec elle, il montre tellement plus de chaleur, de prévenance et d' admiration qu’ avec ses enfants. Marie le lui rendra puisque devenue héritière de Liszt à la mort de sa mère , la princesse Carolyne, elle accordera 70000 marks pour créer une fondation Liszt et léguera tous les souvenirs de Liszt au musée de Weimar.
Il a su aussi être affectueux et admiratif des 4 jeunes garçons de la comtesse Olga Meyendorff, sa dame de compagnie à Weimar à partir des années 1870. Une quinzaine d'années plus tôt avec ceux d'Agnès Street-Klindworth.
Sa famille plus éloignée
Liszt avait une famille nombreuse, son grand-père paternel Georges eut 25 enfants! Le seul membre de cette famille avec qui il a entretenu une relation vraiment intime fut son oncle/ cousin, Edouard Liszt (1817-1879) bon musicien mais surtout un brillant avocat qui s’ occupa avec un total dévouement pendant plus de 30 ans des affaires de Liszt. Quand ce dernier fut élevé au rang de chevalier Franz Ritter von Liszt, Franz Liszt transféra cette distinction à Édouard, Daniel étant décédé.

