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Ses deux grandes compagnes

      L’amour, couple enlacé, triste et toujours brûlant,
      Qui dans un tourbillon passe une plaie au flanc ;

Extrait du poème de Victor Hugo, Après une lecture de Dante, dont Liszt s’est inspiré pour sa Sonate quasi una fantasia éponyme.

Ces deux vers résument son vécu de l’amour : une attraction fatale, mais surtout une source de souffrance.

N’a-t-il pas écrit aussi :

       « Les deux plaies de ma vie, la musique et l’amour » ?

Les deux principales femmes de sa vie, exceptionnelles, d’une grande intelligence et très érudites, quitteront tout — famille, honneur et fortune — pour suivre Franz Liszt, dont elles resteront amoureuses jusqu’à la fin de leurs jours.

La comtesse Marie d’Agoult (1805-1876)

Marie Catherine Sophie de Flavigny, comtesse d’Agoult (1805-1876) fut la compagne de Franz Liszt de 1834 à 1844.
Salonnière, écrivaine, femme de lettres brillante et cultivée, elle publia sous le nom de Daniel Stern une remarquable Histoire de la Révolution de 1848.

Elle quitta tout pour être la compagne de Liszt, dont elle eut trois enfants. Aristocrate aux idées républicaines, elle fut déchirée par les contradictions de son siècle.

Sa relation avec Liszt se termina mal : ne supportant plus sa vie itinérante de concertiste et ses aventures supposées auprès des femmes, elle le quitta et publia, en 1846, un roman à charge pour se venger de lui, Nélida.
Elle resta néanmoins amoureuse de Liszt jusqu’à la fin de ses jours.

Pour plus de détails, voir le chapitre « Liszt et les femmes » Cliquer ici

La princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein (1819-1887)

Jeanne Élisabeth Carolyne de Sayn-Wittgenstein, princesse russo-polonaise née Iwanowska (1819-1887), quitta elle aussi tout — son mari, le prince Konstantin zu Sayn-Wittgenstein, et son immense fortune issue de sa famille — pour être la compagne de Franz Liszt et aller vivre modestement à Weimar à partir de 1847, dans l’espoir d'obtenir une séparation et de l’épouser.

Elle le vénérait littéralement. En 1859, elle partit pour Rome et continua à entretenir une relation plus décousue, mais réelle et toujours passionnée, avec le musicien jusqu’à sa mort, en 1886. Elle ne lui survécut que de huit mois.

Catholique fervente, intellectuelle brillante et femme de lettres, elle se consacra à Rome à d’impressionnantes études théologiques. Elle publia en 1877 son œuvre principale en vingt-quatre volumes, intitulée Des causes intérieures de la faiblesse extérieure de l’Église, qui fut mise à l’Index.

Toute sa vie durant, elle fut le soutien le plus indéfectible et le plus sincère du compositeur, son grand amour. Une suite de circonstances et d’événements fit qu’elle ne put jamais réaliser son rêve : l’épouser.

Un cas particulier 

La baronne Olga von Meyendorff (1838-1926)

Elle ne fut pas une « grande compagne », mais elle eut un rôle particulier dans la vie du compositeur, suffisant pour être mentionnée à ce niveau.

Carolyne ayant quitté Liszt pour s’établir à Rome, Liszt poursuit sa vie trifurquée entre Budapest, Rome et surtout Weimar, où l’archiduc Charles Alexandre a mis à sa disposition une demeure, la Hofgärtnerei, dans le joli parc de l’Ilm. Liszt pédagogue y vient chaque année passer quelques mois, notamment pour ses master class. Malgré ses nombreux élèves, il se sent seul et a besoin d’une présence féminine pour l’accompagner dans ses sorties, converser, partager sa foi et ses goûts musicaux.

Ce rôle sera tenu par la baronne Olga von Meyendorff, née princesse, à partir des années 1870 jusqu’à ses derniers jours, à chaque fois que Liszt séjournera à Weimar. C’est une jeune veuve avec quatre jeunes garçons dont elle assure elle-même l’éducation. Elle est d’une grande culture, bonne pianiste, dotée d’une forte personnalité, autoritaire et très indépendante. En dehors des visites réciproques, ils semblent n’avoir jamais habité ensemble de façon permanente. Comme la princesse Carolyne, la baronne finira ses vieux jours à Rome.

Relation intellectuelle, amicale et, encore une fois, chrétienne. Aucune preuve qu’elle ait été charnelle, même si une lettre de la baronne, qui nous est parvenue, la montre en élève amoureuse souffrant de l’indifférence de Liszt. Le sentiment de Liszt a-t-il évolué ensuite ? Nous n’en savons rien.

Quant à Carolyne, elle éprouva une vive jalousie à l’égard de cette baronne, dont elle dira à son propos :

 « Il n’est pas d’une nature libertine. Il a vécu dix ans de suite dans la continence, aussi bien à Weimar qu’à Rome. Seulement, il est faible, et quand une femme veut s’emparer de lui, il ne peut lui  résister. »

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