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Les Rhapsodies

 

En simplifiant, car la question est complexe, on peut dire que les tziganes, bien implantés en Hongrie, avaient en quelque sorte « trusté » la musique de grande diffusion, celle qu’on jouait dans les cabarets, dans les cafés … Ils avaient un grand talent pour s’approprier toutes sortes de musiques et leur donner une couleur bien particulière. De sorte que l'on avait pris l’habitude d’appeler cela « musique hongroise ». Il a fallu attendre les travaux de Béla Bartók et de Zoltán Kodály au XXème siècle pour révéler qu’il y avait un vrai fonds de musique populaire authentiquement hongroise qui ne devait rien à la musique tzigane. C’est ainsi que ni les tziganes, ni les hongrois n’ont apprécié les explications de Liszt. Et aujourd’hui le malentendu subsiste puisque sur les 19 Rhapsodies Hongroises, qui se voulaient un cycle complet, on n’en joue que quelques-unes, les plus brillantes, en laissant de côté des trésors, comme cette Troisième Rhapsodie Hongroise.

 

Troisième Rhapsodie Hongroise

 

C’est donc une pièce d’inspiration tzigane. La musique tzigane est reconnaissable à plusieurs particularités. La mélodie d’abord, qui fait un usage intensif de l’intervalle dit de « seconde augmentée » (par exemple do – ré dièse) qui donne un parfum oriental. Puis la formule qui rythme les fins de phrase (longue -  silence -  brève -  longue), appelée « cadence bokazo », du nom d’un mouvement tournant des chevilles du danseur. Enfin, il y a les instruments typiques de l’orchestre tzigane dont Liszt reproduit les effets au piano : le violon, bien sûr, souvent un peu plaintif, la clarinette, la contrebasse et surtout le cymbalum, instrument traditionnel d’Europe Centrale. Imaginez un piano dont on a retiré le clavier, la caisse, le couvercle, les pieds, les pédales ; ce sont des cordes métalliques tendues sur une table d’harmonie en bois, posée sur un support, que l’on frappe avec des baguettes recouvertes de feutre aux extrémités.

Cette pièce commence par un air sombre, dans le grave, comme joué par une contrebasse ; il est repris dans le médium avec un timbre de clarinette. Après cela, on entend le violon plaintif dans un festival de secondes augmentées. Retour du thème du début encore plus sombre, puis les secondes augmentées viennent s’y superposer, et à la fin la musique s’évapore dans une ambiance de tristesse.

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