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Liszt, les femmes et le point d’honneur
Démêler la légende du Don Juan romantique
Génie du piano et figure centrale du romantisme européen, Franz Liszt demeure prisonnier d’une légende tenace : celle d’un Don Juan, d'un abbé libertin. Or cette image, largement relayée par la presse, le cinéma et certains récits biographiques, résiste mal à l’examen attentif des sources. À travers ses relations féminines majeures et le témoignage de ses contemporains, cet article propose une relecture du personnage lisztien à l’aune d’une valeur fondamentale pour lui : le point d’honneur.
Un Don Juan malgré lui ?
Franz Liszt, homme d’honneur et catholique fervent, souffre depuis le XIXᵉ siècle d’une réputation d’homme à femmes, de séducteur aux incessantes aventures amoureuses — réputation qu’il n’a pourtant jamais revendiquée et qui semble, à bien des égards, contredire sa conduite réelle. Pourquoi ce récit s’est-il imposé si tôt ? Et comment se fait-il qu’il continue de structurer l’imaginaire collectif, au point d’éclipser les témoignages contemporains les plus sérieux ?
La question mérite d’autant plus d’être posée que Liszt ne cessa d’exprimer son attachement à la foi catholique, son aspiration à la légitimité du mariage, et même, à plusieurs reprises, son désir d’entrer dans les ordres. Comment concilier ces aspirations avec l’image d’un libertin invétéré ? Entre fantasmes romantiques, constructions médiatiques et lectures partiales, l’histoire de Liszt et des femmes semble avoir été plus racontée que réellement interrogée.
La fabrique d’une légende
Médias, caricature et persistance du mythe
La caricature de Liszt en Don Juan demeure aujourd’hui étonnamment vivace. Télérama le désignait récemment comme « le tombeur des plus fameuses beautés européennes ». France Musique, dans l’émission Si les compositeurs étaient des personnages de série TV, le présentait comme un coureur de jupons invétéré, assimilé à Barney Stinson et flanqué d’un harem de 300 maîtresses. Ces raccourcis, ludiques ou sensationnalistes, prolongent une tradition ancienne.
Le cinéma a largement contribué à figer cette image. Dans Lola Montès de Max Ophuls, Liszt apparaît sous les traits d’un personnage arrogant et cynique, rompant froidement avec sa maîtresse. Ken Russell, dans Lisztomania (1975), pousse la caricature jusqu’à la farce grotesque : Liszt y devient un obsédé sexuel, atteint d’un priapisme délirant, évoluant dans un univers fantasmatique où Wagner se métamorphose en figure hitlérienne. La satire, volontairement excessive, a néanmoins durablement marqué les esprits.
Ces représentations, loin de s’appuyer sur des sources solides, reposent sur une logique de simplification : un homme adulé par des foules féminines ne peut être qu’un libertin. La fascination collective engendre alors son corollaire : la jalousie, la rumeur et la suspicion.
Ce que disent les sources
Témoignages, contradictions
Quels sont les témoignages dont il faut tenir compte et qui sont souvent contradictoires brossant un portrait bien plus nuancé.
A commencer par son père, Adam Liszt qui sur son lit de mort, mettait en garde son fils prodige — alors âgé de quinze ans — contre l’influence des femmes, craignant « qu’elles ne troublent son existence et ne le dominent ». Cette crainte paternelle, souvent citée, peut être comprise lorsque l’ on sait que Liszt enfant était déjà irrésistible et que toutes les femmes admiratives de ce jeune génie se le disputaient pour le câliner et l’ avoir sur leurs genoux.
George Sand, qui fut un temps proche de Liszt, livra un jugement tout aussi éclairant que désenchanté.
« Je me suis figuré pendant une ou deux entrevues qu’ il était amoureux de moi ou disposé à le devenir lorsque tout à coup je me suis clairement convaincue à la 3 eme visite que M. Liszt ne pensait qu’ à Dieu et à la Sainte Vierge qui ne me ressemble absolument pas. »
Le propos dit moins une frustration amoureuse qu’un constat de la place centrale qu’occupait la foi chez Liszt.
Liszt lui-même formula l’une des synthèses les plus frappantes de son existence lorsqu’il écrivit :
« Deux pôles, deux désespoirs dans ma vie : l’amour et l’art. »
Cette phrase, loin d’évoquer une vie de débauche, traduit au contraire une tension intérieure, presque tragique, entre aspiration spirituelle et attachement affectif.
Les biographes, quant à eux, se contredisent ouvertement. Certains multiplient les listes de conquêtes supposées ; d’autres, à l’instar des musicologues Pierre-Antoine Huré et Claude Knepper, déclarent
« Liszt est le musicien sur lequel furent écrits le plus d’ à peu-près, de contre-vérités, d’ affabulations, de romans ».
« El Pundonoroso »
L’homme d’honneur vu par ses contemporains
Un élément, souvent négligé, permet pourtant d’éclairer la cohérence morale de Liszt : le surnom d’« el Pundonoroso », littéralement « l’homme d’honneur ». Ce terme ancien, d’origine espagnole, lui fut attribué par Charles-Alexandre, archiduc de Saxe-Weimar-Eisenach, sous l’autorité duquel Liszt exerça pendant de nombreuses années les fonctions de Kapellmeister.
L’archiduc, personnage réputé pour son sérieux et son exigence morale, ne se contenta pas d’un compliment de circonstance. Il écrivit à Liszt que cette expression lui semblait caractériser à la fois son individualité et sa vie, au point qu’il ne pouvait s’empêcher de la lui « attacher ». Le mot n’est pas anodin : il renvoie à une conception exigeante de l’honneur, faite de loyauté, de responsabilité et de constance.
C’est ce point d’honneur qui servira de fil conducteur à l’examen des relations féminines de Liszt. Non pas pour l’absoudre ou l’idéaliser, mais pour comprendre comment un homme aspirant à la légitimité du mariage, profondément croyant, a pu se trouver engagé dans des relations paradoxales — et pourquoi ces paradoxes ont nourri, bien plus que les faits eux-mêmes, la légende du Don Juan romantique.
Les femmes de la vie de Liszt
Ni conquêtes ni trophées
Si Liszt a suscité tant de projections fantasmatiques, c’est d’abord parce qu’il réunissait tous les attributs propres à provoquer l’admiration : une beauté singulière, un charisme magnétique, une intelligence aiguë, une culture immense, une mémoire prodigieuse, une générosité notoire, un humour subtil. Pianiste virtuose — considéré comme le plus grand de son temps —, chef d’orchestre, épistolier infatigable, penseur et compositeur d’une fécondité exceptionnelle, il occupa une place centrale dans la vie musicale européenne.
Le phénomène de lisztomania, observé et nommé par Heinrich Heine, témoigne de l’hystérie collective, souvent féminine, qui accompagnait ses concerts. À l’adulation répondait inévitablement la jalousie. Mais la fascination exercée par Liszt ne saurait être confondue avec une conduite libertine. L’examen attentif de ses relations montre au contraire une remarquable constance dans ses choix affectifs.
Si Liszt avait dû dresser le portrait de la compagne idéale, elle aurait été cultivée, intelligente, dotée d’une forte personnalité, croyante, musicienne, épistolière ou écrivaine, bien née — la beauté et la jeunesse n’étant nullement déterminantes. Ce portrait correspond précisément aux femmes qui ont compté dans sa vie.
Caroline de Saint-Cricq
L’amour fondateur et l’honneur blessé
La première histoire d’amour de Liszt, souvent négligée, est pourtant fondatrice. En 1828, il rencontre Caroline de Saint-Cricq à qui il donne des cours de piano. Ils ont dix-sept ans et tombent amoureux. Un serviteur les dénonce au père de Caroline, le comte de Saint-Cricq, ministre de Charles X, qui met brutalement fin à la relation : sa fille ne saurait s’amouracher d’un « croque-notes », d’un musicastre.
L’humiliation est profonde. Liszt en sort révolté, blessé dans son honneur. Il en fera une dépression, mais cet épisode contribuera aussi à sa maturation intellectuelle, renforçant sa critique des privilèges fondés sur la naissance plutôt que sur le génie. Plus tard, il dénoncera explicitement la condition subalterne des artistes dans une lettre célèbre, De la situation des artistes et de leurs conditions dans la société.
Cette première rupture n’efface pas le lien. Liszt et Caroline correspondront toute leur vie. Après la mort de son mari, elle lui écrira encore :
« Laissez moi vous regarder toujours comme la seule étoile lumineuse de ma vie. »
Marie d’Agoult
La passion, la gloire et la fracture
La rencontre avec la comtesse Marie d’Agoult, début 1833, marque l’entrée de Liszt dans une relation passionnelle. Mariée, mère de deux enfants, femme brillante, cultivée, musicienne et salonnière influente, elle éprouve pour Liszt un véritable coup de foudre. Elle décrira leur première rencontre comme une apparition, tant l’impression fut immédiate et profonde.
Après une période de fréquentation prudente et fragmentée, Liszt se retire en Bretagne pour une retraite spirituelle auprès de l’abbé Lamennais, déclarant à Marie que sa vie n’est que « le développement d’une idée : Dieu ». Pourtant, lorsqu’elle est accablée par le chagrin de la perte d’une de ses filles, il revient auprès d’elle. Contre l’avis de Lamennais, Marie décide alors de tout quitter — famille, fortune, respectabilité — pour rejoindre Liszt en Suisse en 1835.
Ils vivront ensemble les années de pèlerinage en Suisse et en Italie, auront trois enfants, partageront lectures, réflexions esthétiques et projets artistiques. Mais la divergence de tempérament est profonde. Liszt est attiré par la scène, les tournées, la reconnaissance publique ; Marie aspire à une vie plus stable, domestique, consacrée à la création dans l’ombre.
Lorsque Liszt entre dans sa période de gloire pianistique — la Glanz-Periode —, l’adoration frénétique du public, les rumeurs de la presse et les soupçons constants de Marie minent leur relation. Jalouse, psychologiquement fragile, elle interprète chaque succès comme une trahison. Liszt, jusqu’au bout, nie toute conduite débauchée et affirme une fidélité du cœur plutôt que des apparences.
La rupture est longue et douloureuse. George Sand les surnomme avec ironie « les galériens de l’amour ». En 1844, Marie met fin à la relation, refusant d’être « une de ses maîtresses ». Deux ans plus tard, elle publie Nélida, roman à clef où Liszt est dépeint en Don Juan vaniteux et cruel. Le succès durable de l’ouvrage pèsera lourdement sur l’image posthume du compositeur.
Cette relation fut pourtant féconde. Marie structura la culture de Liszt, l’aida à écrire, l’encouragea à composer. De cette décennie naîtront notamment les Années de pèlerinage et la Dante-Symphonie. Liszt, de son côté, poussa Marie à l’écriture ; sous le nom de Daniel Stern, elle deviendra une auteure prolifique et une historienne reconnue.
Carolyne de Sayn-Wittgenstein
L’honneur jusqu’au sacrifice
En 1847, Liszt a 36 ans. Au cours d’une dernière tournée en Russie, il rencontre la princesse Carolyne, la deuxième grande compagne de sa vie, à laquelle il restera lié jusqu’à la fin de ses jours. Une femme encore plus extraordinaire que la précédente.
C’est une richissime propriétaire terrienne en Ukraine. Elle y possède, de par son propre héritage, une immense propriété qu’elle parcourt à cheval et qui emploie plus de 30 000 serfs.
Une amazone invétérée, amatrice de cigares qu’elle fume avec son père depuis son enfance.
D’origine polonaise, c’est une mystique, catholique convaincue et très pratiquante, mais c’est surtout une femme brillante, d’une immense culture. Elle est omnisciente, aime la discussion et laisse difficilement les autres s’exprimer, tout en les enfumant de ses cigares.
Voilà ce que Liszt écrira à Marie d’Agoult :
« Je viens de rencontrer à Kiev, par hasard, une femme très extraordinaire et éminente, à tel point que je me suis décidé, à cœur joie, à faire vingt lieues pour causer quelques heures avec elle. »
On devine la suite : la princesse a le coup de foudre pour Liszt. Elle aussi va tout laisser tomber — sa famille, son immense fortune, sa respectabilité, son honneur — pour rejoindre, de façon rocambolesque, Liszt à Weimar, avec sa fille Marie, âgée d’une douzaine d’années, qu’elle avait réussi à soustraire à ses beaux-parents, deux millions de roubles en poche issus de quelques-unes de ses terres vendues en toute hâte, ainsi que des bijoux et pierres précieuses cachés sous sa robe. Elle traversa les steppes de l’Ukraine et réussit à passer les frontières qui venaient de se fermer pour retrouver Liszt en Allemagne.
Un fort tempérament ! Là encore, on peut imaginer le scandale.
Tous deux à Weimar, où Liszt est Kapellmeister, espèrent qu’elle va rapidement obtenir le divorce et qu’ils vont pouvoir se marier. Liszt confiait ainsi ses préoccupations à un ami :
« Vous devinez tout d’abord qu’il s’agit de mon mariage, c’est-à-dire de tout l’honneur et de tout le bonheur de ma vie… »
La princesse va se consacrer à la gloire de Liszt. Elle considère que c’est un grand compositeur encore incompris, qui lance son javelot dans les espaces de la musique du futur. Elle croit en son génie et est moins jalouse que la comtesse Marie d’Agoult. Lorsque Liszt apprend à Marie qu’il veut faire sa vie avec Carolyne, elle lui répond qu’elle ne voudra pas être une de ses maîtresses. Et la princesse de rétorquer :
« J’aurais plaisir à ce qu’elle sache qu’au contraire on veut bien être une des maîtresses… car il est des dévouements sans bornes. »
Hélas, tout va mal se passer encore une fois.
Pour éviter une mésalliance avec un saltimbanque, mais surtout pour conserver l’immense fortune de Carolyne, le prince Wittgenstein, son mari — bien en cour auprès du tsar Nicolas Ier — et toute sa famille, puis ensuite toute la famille du mari de sa fille, le prince Nicolas de Hohenlohe, vont se liguer pendant quatorze ans, avec l’aide de relations bien placées au Vatican, afin qu’elle ne puisse pas divorcer, donc pas se remarier, alors même que le prince Wittgenstein a divorcé et s’est déjà remarié depuis plusieurs années.
Comme Carolyne vit avec un homme sans être mariée et qu’elle est en situation d’adultère, elle va être mise au ban de la société, rejetée à la cour de Weimar, bien que Liszt se fasse un point d’honneur de l’intégrer et de la faire accepter. Rarement invitée, méprisée au point que les gens changent de trottoir quand elle passe, au théâtre on se déplace pour ne pas être assis à côté d’elle. Après une dizaine d’années de ce rejet et dans l’espoir d’obtenir enfin son divorce, Carolyne, la paria, se réfugie à Rome pour négocier avec le pape son divorce, hélas sans succès.
À la mort du prince Wittgenstein, son mari, Liszt et Carolyne ne s’entendent plus beaucoup. Liszt mène alors sa vie trifurquée entre Rome, Weimar et Budapest, et certains disent que c’est pour échapper définitivement, mais honorablement, au mariage enfin possible que Liszt, en 1865, prend ses fameux « ordres ».
Il sauvait ainsi la face, mais bien superficiellement, car il ne s’agit que des tiers ordres laïcs du sous-diaconat franciscain, qui ne lui donnent pas plus de pouvoirs que n’en a un simple enfant de chœur, à savoir : être gardien de l’église, la décorer, faire sonner les cloches, lire à haute voix les livres sacrés, passer les burettes, manier l’encensoir et, en tant qu’exorciste, chasser le démon.
Liszt restait un laïc, pouvait donc se marier. Il n’avait aucune obligation de porter la soutane qu’il s’imposa, et quand on lui demandait pourquoi, il répondait :
« Quand le moine est tout fait au-dedans, pourquoi ne pas y approprier au-dehors l’habit ? »
En tout cas, il n’ira pas plus loin, disant qu’il n’avait plus la vocation pour devenir un véritable moine.
Que se sont-ils apporté ?
Pour Carolyne, c’est la plus belle histoire d’amour de sa vie. Elle est avec l’un des hommes les plus convoités de son époque, bien qu’elle soit consciente de son peu d’attrait physique. Wagner dira inconsidérément à propos de Liszt :
« Cela ne parle pas en la faveur d’un homme qu’il ne soit pas accompagné par une belle et jeune femme, mais qu’il ait de la constance pour une femme laide. »
Mais il faut bien constater — et tous ceux qui l’ont connue sont unanimes pour le dire — qu’elle est difficile à vivre : toujours professorale, elle mène d’incessantes discussions polémiques. Pourtant, Liszt se fera un point d’honneur de la défendre et de la soutenir jusqu’au bout ; il ne la contredira jamais en public. Il se sent responsable de sa souffrance : c’est pour lui qu’elle a tout quitté.
De son côté, Carolyne va pousser Liszt à encore plus de religion, mais surtout à la composition. C’est sous son emprise, à Weimar, que Liszt aura été le plus fécond en grandes œuvres musicales et littéraires.
La princesse ne reviendra plus jamais à Weimar et vivra à Rome, quasiment recluse pendant vingt-sept ans, dans un appartement où, dans l’entrée, vous accueillent quatorze bustes de Liszt, des portraits et quantité de crucifix, s’adonnant à l’écriture, notamment vingt-cinq volumes sur Les Causes intérieures de la faiblesse extérieure de l’Église. Elle soutiendra Liszt jusqu’à son dernier souffle. Celui-ci lui dédiera le plus grand nombre de ses œuvres. Dans le cadre de sa vie itinérante, point d’honneur oblige, il continuera de lui rendre visite à Rome chaque année, et ce jusqu’à la fin de ses jours.
La baronne Olga von Meyendorff
Elle ne fut pas une « grande compagne », mais elle eut un rôle particulier dans la vie du compositeur, suffisant pour être mentionnée à ce niveau.
Carolyne ayant quitté Liszt pour s’établir à Rome, Liszt poursuit sa vie trifurquée entre Budapest, Rome et surtout Weimar, où l’archiduc Charles-Alexandre a mis à sa disposition une demeure, la Hofgärtnerei, dans le joli parc de l’Ilm. Liszt pédagogue y vient chaque année passer quelques mois, notamment pour ses master class. Malgré ses nombreux élèves, il se sent seul et a besoin d’une présence féminine pour l’accompagner dans ses sorties, converser, partager sa foi et ses goûts musicaux.
Ce rôle sera tenu par la baronne Olga von Meyendorff, née princesse, à partir des années 1870 jusqu’à ses derniers jours, à chaque fois que Liszt séjournera à Weimar. C’est une jeune veuve avec quatre jeunes garçons dont elle assure elle-même l’éducation. Elle est d’une grande culture, bonne pianiste, dotée d’une forte personnalité, autoritaire et très indépendante. En dehors des visites réciproques, ils semblent n’avoir jamais habité ensemble de façon permanente. Comme la princesse Carolyne, la baronne finira ses vieux jours à Rome.
Relation intellectuelle, amicale et, encore une fois, chrétienne. Aucune preuve qu’elle ait été charnelle, même si une lettre de la baronne, qui nous est parvenue, la montre en élève amoureuse souffrant de l’indifférence de Liszt. Le sentiment de Liszt a-t-il évolué ensuite ? Nous n’en savons rien.
Quant à Carolyne, elle éprouva une vive jalousie à l’égard de cette baronne, dont elle dira à son propos :
« Il n’est pas d’une nature libertine. Il a vécu dix ans de suite dans la continence, aussi bien à Weimar qu’à Rome. Seulement, il est faible, et quand une femme veut s’emparer de lui, il neui résister. »
En résumé, un homme d’honneur qui aspirait, par sa foi, à la légitimité et à l’honneur du mariage, mais qui a jeté son dévolu sur des femmes déjà mariées. Paradoxe lisztien qui ne pouvait qu’alimenter négativement le narratif autour de son personnage.
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