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Légende de Saint François de Paule marchant sur les flots
C’est une œuvre exceptionnelle, en ce sens qu’elle combine les plus hautes exigences de virtuosité et la spiritualité la plus élevée. Elle est inspirée d’un épisode de la vie de Saint François de Paule, un moine du XVème siècle grand faiseur de miracles et fondateur de l’ordre des Minimes. S’étant vu refuser le passage sur un bateau, il traversa le détroit de Messine en marchant sur l’eau. En voici le détail : il se présente dans un petit port du sud de l’Italie, avec deux compagnons pour se rendre en Sicile. Il demande le passage sur un bateau, mais, comme ils n’ont pas d’argent pour payer, le capitaine refuse le passage. Des villageois indignés interpellent le capitaine : « Vous ne savez pas à qui vous parlez, l’un d’entre eux est un saint ». Et le capitaine répond : « Si c’est un saint, il n’a qu’à faire un miracle et marcher sur l’eau ». Alors François s’isole quelques instants pour prier Dieu de lui donner la force d’accomplir ce miracle, puis il étend son manteau sur l’eau, invite ses compagnons à prendre place dessus, soulève un pan en guise de voile, et, poussé par le vent, s’élance sur l’eau et dépasse le bateau. Les marins, à genoux, les prient de monter à bord, le capitaine supplie François de lui pardonner, mais celui-ci, inspiré par Dieu, continue et aborde le rivage bien avant le bateau. La foi soumet la nature, tel est le message spirituel.
La pièce de Liszt suit ce déroulement, mais il fait marcher le saint sur l’eau et lui fait rencontrer une tempête. Les quelques mesures d’introduction, graves et solennelles, évoquent bien la prière du saint. Puis il s’élance sur un beau thème de choral, qui reviendra plusieurs fois, tandis que la mer, calme au début, s’agite de plus en plus : la houle devient plus forte, le vent souffle en rafales, les vagues enflent, le saint restant imperturbable dans sa marche. Mais vient un moment où le mouvement s’accélère, et le saint est englouti dans des gerbes d’eau. Alors la tempête se déchaîne : tonnerre, éclairs, une vague monstrueuse se lève. Et le miracle se produit : au sommet de la vague, le saint réapparaît en plein triomphe, chante des hymnes, aborde le rivage dans la plus grande agitation, et, en trois gestes impérieux, calme les flots. Un grand silence, puis il fait sa prière d’action de grâces, et se remet à marcher, d’abord doucement, puis l’intensité augmente et il termine comme s’il allait au ciel. Liszt faisait une impression extraordinaire en interprétant cette pièce, de même que son disciple Hans von Bulöw qui l’a créée.
