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Liszt intime : sa santé , ses addictions

Les fées se sont penchées sur son berceau. Bel homme dans sa jeunesse, grand pour l’époque, très mince, doté de prestance, d’une grâce naturelle et d’un charisme indéniable. Dans ses dernières années, il perdit cette sveltesse, s’empâta, souffrit d’un début d’hydropisie et les verrues de son visage se firent plus voyantes.

Il vécut 75 ans, un beau record pour l’époque, pourtant sa vie avait mal commencé. Dès sa petite enfance, maladif, il fut victime de crises mystérieuses sur lesquelles aucun médecin n’a pu statuer. Ainsi, à l’âge de trois ans, victime d’une sorte de catalepsie, ses parents, le croyant mort, avaient commandé un petit cercueil. Ces crises se poursuivirent à l’âge adulte et l’obligèrent parfois à annuler ses concerts.

Plusieurs abcès dentaires le firent beaucoup souffrir, ainsi que des clous sur les jambes, nécessitant des cures thermales.
Le coup de grâce porté à sa forme physique fut sa chute dans les escaliers de la Hofgärtnerei à Weimar, à l’âge de 70 ans, qui le laissa diminué. Quant à sa vue, elle ne cessait de se détériorer, et il devait se faire aider pour la lecture ou pour répondre à son courrier. Il avait d’ailleurs décidé de se faire opérer de la cataracte en septembre 1886, mais il mourut quelques semaines avant, le 31 juillet 1886.

Une souffrance tue

Liszt détestait parler de sa santé et se plaindre. Ses nombreux voyages en classe économique de l’époque étaient souvent effectués dans des conditions peu confortables, préjudiciables à sa santé, surtout dans ses vieux jours. C’est un coup de froid attrapé dans un train en venant à Bayreuth qui aurait eu pour conséquence la pneumonie dont il mourut.

Sa fille Cosima, qui l’avait fait venir dans l’espoir que sa présence pourrait relancer le festival, était trop absorbée par les représentations et n’eut pas les égards qu’elle aurait dû donner à son père mourant. Elle fit le vide autour de son lit, lui refusant la présence de deux femmes que Liszt estimait beaucoup et qui auraient pu adoucir ses derniers jours : Lina Schmalhausen et Adelheid von Schorn.

Vengeance inconsciente due au manque d’amour qu’elle n’avait pas reçu dans sa jeunesse ?

Dépression, critique et paradis artificiels

Les critiques incessantes, la haine et la jalousie qu’il dut subir toute sa vie. Rappelons cette phrase de la princesse Carolyne à Berlioz.

"Sa besogne est rendue difficile et l'assaut qu'on lui livre est vraiment de la furie. Niles injures, ni les mensonges ne lui sont épargné. La rage des classique monte jusqu'au delirium tremens."


Le stress de l’artiste, du compositeur, les soucis familiaux, le décès de ses deux enfants, ses éternels doutes, ses hésitations entre le croyant convaincu, torturé par ses péchés, et l’artiste tzigane appréciant les mondanités ont toujours contribué à son état dépressif :


« Depuis ma jeunesse, je considère qu’il est plus simple de mourir que de vivre. »

"La vie n'est qu'un long et amer suicide."

"Cela a été assez de vivre ma vie."

Il trouva un remède dans sa consommation de paradis artificiels, peu bénéfiques pour sa santé. Alcool, tabac et café l’accompagnèrent toute sa vie, même si Marie et Carolyne ne cessaient de le tempérer sur ses addictions.

C’était un grand fumeur de cigares. Massenet raconte qu’il fumait toute la journée, même en prenant ses repas ou en jouant du piano : il avait un cigare à la bouche qu’il mâchouillait jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Quant à sa consommation d’alcool, elle n’a cessé d’augmenter au cours de sa vie, pour atteindre quotidiennement une bouteille de cognac qu’il appréciait beaucoup, à laquelle s’ajoutaient les vins accompagnant ses repas. Amateur de bonne chère, il consomma également de l’absinthe dans ses derniers mois.

Quelques aspects de son caractère

Liszt a toujours été un personnage plein de paradoxes et de contradictions. Son caractère n’a pas échappé à cette dualité (voir Gut, avant-dernier chapitre).

Gentilhomme mais volontaire et parfois cassant

Homme doux, poli, très diplomate. Diplomate, le métier qu’il aurait aimé exercer s’il n’avait pas été musicien. Galant homme, intelligent, érudit, civil, il sut s’entendre avec tous, des plus modestes aux têtes couronnées. Ouvert et tolérant, toutes les cultures l’intéressaient. Il incarnait l’essence du christianisme, avait toujours tendance à pardonner et à tendre l’autre joue lorsqu’il était attaqué.

Pourtant, il savait se défendre, avait du répondant et pouvait même être tyrannique avec ses proches lorsqu’il voulait imposer ses volontés. Parfois, l’alcool aidant, il s’emportait, devenait cassant et coléreux. Ses élèves comme ses proches ont pu souffrir de ses emportements et de son caractère à tendance cyclothymique.

Générosité et contrôle

Sa générosité est proverbiale (voir chapitre Humanisme). Peu de musiciens ont donné autant que lui, aidé autant les plus démunis, jusqu’à ses collègues pourtant concurrents, dont certains n’ont jamais hésité à le stigmatiser ou à le trahir, comme Joachim, Berlioz ou Wagner. Voir le chapitre Aimez-vous Liszt Cliquer ici 

Mais il pouvait être aussi regardant, voire parcimonieux, notamment à l’égard de ses enfants, à qui il ne cessait de donner des leçons d’économie, tout en étant permissif et dépensier pour lui-même, surtout durant sa Glanzperiode, où il aimait offrir des banquets, faire la fête et mener grand train.

Plus tard, à Weimar, lorsqu’il eut cessé ses activités de virtuose gagnant des fortunes, Carolyne Sayn-Wittgenstein, voyant leur fortune fondre au soleil et craignant de finir sa vie dans l’indigence à la charge de l’Église, se chargera de le remettre sur le chemin de moindres dépenses. Plus il vieillira, plus il deviendra attentif à ses comptes, au point que la princesse Marie disait qu’il avait, dans ce domaine, une âme de fonctionnaire.

Il savait à qui il avait donné et combien. N’a-t-on pas retrouvé à Weimar ses cahiers de comptes où il notait toutes ses dépenses, notamment le prix des messes qu’il faisait dire pour le salut de son âme ? Cela ne l’empêcha pas de pratiquer l’aumône, dans la limite de ce qu’il possédait, jusqu’à la fin de ses jours, sans mourir dans la misère.

Le faux Fainéant

Liszt était un bourreau de travail bien  que sa seconde compagne la Princesse  Carolyne le surnommait Fainéant . Un  dysphémisme  ou  simplement un "antimot" ironique comme le surnom de Crétin que Marie d' Agoult lui avait donné. Pour Caroline, c’ était sans doute  une   manœuvre pour le ramener  sans cesse à la composition ce qui lui permettait de le garder auprès d’ elle et l’ éloigner du harcèlement de ses admiratrices. N’ a t elle pas écrit  plusieurs fois qu'elle devait  l’ obliger  à travailler, pour elle synonyme  de composer.

Liszt à toujours été  un boulimique de savoir,  un dévoreur de toute connaissance. Chacun connaît cette célèbre phrase où il explique à Marie d’ Agoult  qu’ il travaille comme un damné, intégrant  Homère, la Bible, Platon, Locke, Byron , Hugo, Lamartine, Chateaubriand, Beethoven, Bach, Hummel, Mozart, Weber et qu’ il espère ne pas devenir fou. On peut aussi citer cette phrase écrite à son fils Daniel « ce n’ est qu’ au prix d’ un travail constant et d’ efforts continus qu’ il est permis à l' homme d’ acquérir sa liberté, sa moralité, sa valeur et sa grandeur par l’ anoblissement progressif de ses facultés et de sa nature. »

 

 Il  se levait très tôt,  pour prier ou aller à la messe et se couchait tard . Son seul loisir futile était le whist, jeu de cartes qu’ il appréciait beaucoup.

Le travail qu’ il fit à Weimar de 1848 à 1861 sous le surnom de fainéant donné par Carolyne   impressionne tous ceux qui y ont étudié son parcours. Liszt tel le nouveau Goethe d’ une Athéne renouvelée avait réussi à redonner à Weimar son  lustre passé. En tant que Kapellmeister au service de Charles Alexandre  duc de Saxe, Weimar, Eisenach, Liszt empila les responsabilités, administrateur, metteur en scène pour pas moins de 44 opéras avec  peu de moyens, chef d’ orchestre, pédagogue , écrivain, pianiste et surtout compositeur de quelques unes de ses plus belle soeuvres.   N’ oublions pas qu’ il laisse plus de 700 œuvres, se positionnant comme l' un des trois compositeurs les plus prolifiques avec Mozart et Bach.

Pour en savoir plus : L'hyper activité de Liszt à l'Altenburg à Weimar 

Conclusion​

Liszt intime, c’est un corps fragile porté par une volonté immense, un esprit dépressif mais combatif, un croyant tourmenté et un artiste incandescent. Comme tout être profondément humain, il fut fait de contradictions et de paradoxes — ceux-là mêmes qui nourrirent son génie et donnèrent à son œuvre cette tension permanente entre la douleur, l’élévation et la lumière.

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