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PERIODE ROMANO VATICANE, LE FRANCISCAIN 1862 - 1868
Voici donc Liszt à Rome. Tout est prévu pour le mariage qui doit avoir lieu le 21 octobre 1861, le jour anniversaire de ses cinquante ans : l’église est fleurie, les futurs mariés se sont confessés et passent la soirée ensemble au domicile de Carolyne. Et là se produit un évènement digne des feuilletons à rebondissements, lorsque paraît un messager en noir porteur de mauvaises nouvelles. Effectivement, à une heure avancée de la soirée, on frappe à la porte : c’est effectivement un homme en noir, un prêtre envoyé par le Vatican, qui remet un pli à la princesse. Elle l’ouvre : coup de théâtre ! Le pape demande le report de la cérémonie pour se donner le temps de réexaminer l’ensemble du dossier. Il semble que des intrigues de dernière minute aient eu raison de la ténacité de Carolyne. En tout cas, pour elle, c’est un signe que Dieu ne veut pas de ce mariage, et elle renonce définitivement.
Même la mort du prince en 1864, qui lui rend sa liberté, ne la fera pas changer d’avis. Désormais elle et Liszt ne vivront plus ensemble, tout en continuant à entretenir des relations, mais seulement amicales. Il est à noter que le prince, de confession protestante, n’avait pas eu de scrupules à demander le divorce et à se remarier ! Carolyne se réfugiera dans l’écriture et publiera une somme d’une vingtaine de volumes intitulée « Des causes externes de la faiblesse interne de l’Église ».
Liszt traversera alors une période difficile : il se retire dans un monastère, seul, désemparé. Il sera très affecté par la mort de sa fille Blandine, et par la liaison qu’entretient son autre fille Cosima avec Richard Wagner, qu’elle épousera finalement après avoir divorcé de Hans von Bulöw.
Et, en 1865, l’Europe entière sera stupéfaite : Liszt est entré dans les ordres !
En fait, il reçoit les ordres mineurs de l’Église catholique : il n’est pas prêtre, il ne peut pas recevoir la confession ni dire la messe. Mais il porte le titre d’Abbé Liszt et porte la soutane. Voulait-il aller plus loin jusqu’à la prêtrise ? On ne sait pas exactement. D’une part il avait entrepris des études de latin et de théologie, d’autre part il avait déclaré se satisfaire de sa position. On s’est beaucoup interrogé sur les raisons de cet acte. Certains ont prétendu qu’il était las de la princesse et qu’il voulait mettre une barrière irréversible entre eux ; mais il n’avait pas fait vœu de célibat. D’autres ont avancé qu’on lui avait fait comprendre que s’il voulait se consacrer au renouvellement de la musique religieuse, il fallait qu’il « fasse partie de la maison ». Mais peut-être tout simplement obéissait-il à une ancienne vocation puisqu’il avait à deux reprises voulu se faire prêtre dans sa jeunesse et qu’il n’avait cessé de composer de la musique religieuse.
Liszt entre donc dans sa nouvelle vie de musicien religieux. Il se lie avec le pape Pie IX, et compose de grandes œuvres : Christus, un oratorio sur la vie du Christ, la Légende de Sainte Elisabeth, des Psaumes, et, pour le piano, deux Légendes, Saint François d’Assise prêchant aux oiseaux et Saint François de Paule marchant sur les flots.
Mais, à partir de la fin de ces années 1860, Liszt recommence à avoir des difficultés professionnelles : une fois de plus ses audaces choquent, et la mort du Pape Pie IX lui fait perdre un important soutien, son successeur s’intéressant peu à la musique.
Paul Hubert des Mesnards
Extraits de Franz Liszt L'artiste Roi Collection Les Portraits Musicaux - Les éditions Marinières
Les deux ouvrages de référence, qui m’ont le plus inspiré, sont :
Serge Gut, Liszt (Éditions de Fallois, l’Âge d’Homme, 1989). Ouvrage très complet qui comporte une biographie et des développements très intéressants sur différents aspects de l’artiste et de ses œuvres.
Alan Walker, Franz Liszt, 2 tomes (Fayard, 1989). Une biographie très complète. Alan Walker est un grand spécialiste de Liszt, et, en plus de cet ouvrage, il a écrit de nombreux essais.
