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Début de la vie d’adulte, Liszt à Paris 1828 - 1834 

Franz va rebondir grâce à la conjonction de trois facteurs.

D’abord les évènements de 1830, les « Trois Glorieuses », qui voient la chute de Charles X et l’avènement de la monarchie constitutionnelle de Louis-Philippe. Il prend fait et cause pour les insurgés, esquisse une Symphonie Révolutionnaire qui ne sera jamais achevée. Sa mère dira : « C’est le canon qui l’a guéri ».

Puis ses fréquentations l’influenceront : depuis quelque temps déjà, il fréquente les milieux dits des « Saint-Simoniens », les tenants du catholicisme social, et ils le persuaderont que l’artiste qu’il est a son rôle à jouer dans la société idéale dont ils rêvent.

Enfin, le troisième facteur est d’ordre musical : c’est la venue à Paris de Paganini. Le prodigieux violoniste lui fait une impression extraordinaire, comme il l’a fait à la même époque sur Schumann et Chopin. Il tirait de son instrument des sons que l’on n’avait jamais entendus, avec une virtuosité… diabolique. Et Liszt, en l’entendant, décide de devenir « le Paganini du piano ».

Il se remet alors à travailler. En témoigne une lettre à un ami : « Voici quinze jours que mon esprit et mes doigts travaillent comme deux damnés ». Suit la description de ses lectures – son éducation générale avait été négligée et il veut rattraper le temps perdu – et des heures d’exercices qu’il s’inflige tous les jours. Et il termine par : « Pourvu que je ne devienne pas fou, tu retrouveras un artiste en moi ». Avis aux amateurs : la prodigieuse technique de Liszt, qui a stupéfié tous ceux qui l’ont entendu, est bien sûr le résultat de dons exceptionnels, mais aussi d’un travail acharné, commencé avec Czerny et poursuivi à cette époque. Il compose alors une œuvre dont le titre en dit long : Grande Fantaisie de bravoure sur la Clochette de Paganini, une de ces œuvres qu’il devait être le seul à pouvoir jouer. Quelque temps après, il continuera sur cette lancée en composant Six Études d’exécution transcendantes d’après Paganini, dans lesquelles il reproduit, au piano, les effets de Paganini au violon.  


 

Cette période est pour Liszt une période d’intense bouillonnement, de fermentation créatrice. Il se lie avec des musiciens : Berlioz, dont il adapte pour le piano la Symphonie Fantastique qui lui a révélé un monde musical nouveau, Chopin, auquel le liera au début une grande amitié, Mendelssohn ; avec des poètes : Victor Hugo, Lamartine. Il visite des hôpitaux et même des morgues pour trouver des sources d’inspiration ! Dans le cadre de ses fréquentations des cercles saint-simoniens, il rencontre l’abbé Lamennais, le « révolté de Dieu ».

Son ambition a pris forme et il met au point son programme qu’il présentera plus tard dans un article écrit à l’occasion de la mort de Paganini : « Faire de l’artiste un Roi, et de la musique l’égale de la poésie » et il termine par ces mots : « Génie oblige ».

Mais il n’aura pas l’occasion de réaliser son programme tout de suite, car il va faire, fin 1832, une rencontre qui va changer sa vie.

LES ANNEES DE PELERINAGE 1835 - 1840

Il est redevenu le « Lion du Faubourg Saint-Germain », et il brille à nouveau dans les salons. Et c’est dans un de ces salons qu’il rencontre, à l’âge de 21 ans, une très belle jeune femme blonde, à la conversation très brillante. Le coup de foudre est immédiat et réciproque. Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult, vient de rentrer dans sa vie. Qui est-elle donc, celle qui sera sa première compagne ?

Elle était issue d’une grande famille aristocratique qui avait émigré en Allemagne à la Révolution. Elle avait reçu une double éducation française et germanique. Très cultivée, très attirée par les arts et la littérature, ses détracteurs la traiteront de « bas bleu ». Elle fera une carrière d’écrivain sous le pseudonyme de Daniel Stern. Elle avait été mariée, par convenance, au comte Charles d’Agoult, qui avait quinze ans de plus qu’elle mais dont elle vivait séparée, avec deux enfants. Elle menait une vie très indépendante, et sa liaison avec Liszt sera le type même de la liaison scandaleuse de l’époque romantique, d’autant que Marie tombe très vite enceinte. Pour éviter le scandale, les amants devront fuir Paris. Ce sera un enlèvement précipité et consentant dans la meilleure tradition, avec rendez-vous secrets, faux passeport… Ils iront donc en Suisse, à Bâle puis à Genève, puis en Italie, au lac de Côme, à Milan, Venise, Florence, Rome …

Ces années en Suisse et en Italie, Liszt les qualifiera lui-même d’années « tâtonnantes ». Il se cherche encore. Il donne des leçons, des concerts ; les paysages de la Suisse et les trésors artistiques de l’Italie lui inspireront des Impressions de voyage qui, remaniées plus tard, formeront le cycle des Années de Pèlerinage. Il compose aussi de nombreuses pièces dans le style à la mode : des adaptations plus ou moins libres d’airs en vogue.  

Marie et Franz auront trois enfants qui porteront le nom de Liszt : deux filles, Blandine et Cosima (ainsi appelée parce qu’elle est née près du lac de Côme) et un garçon, Daniel.

Quelques mots sur les enfants. Blandine épousera un brillant avocat, Emile Ollivier, qui fera une belle carrière politique, puisqu’il terminera premier ministre de Napoléon III jusqu’à la guerre de 1870. Blandine mourra à 26 ans peu après la naissance de son premier  enfant. Cosima épousera d’abord Hans von Bülow, génial pianiste et chef d’orchestre que l’on peut considérer comme LE disciple de Liszt, puis en deuxièmes noces Richard Wagner. Après la disparition de celui-ci, elle dirigera d’une main de maître le festival de Bayreuth qu’il avait créé, et mourra presque centenaire. Quant aux relations entre Liszt et Wagner, un livre entier ne suffirait pas pour les décrire ! Ce fut d’abord une grande amitié (ils n’ont que deux ans d’écart) et une immense admiration réciproque. Liszt n’a jamais cessé de soutenir son gendre, à tous les points de vue, y compris financier. On est seulement gêné par le ton des lettres de Wagner qui lui, ne cesse de solliciter financièrement son beau-père, à tel point que leur amitié se refroidira plusieurs fois. Enfin Daniel, après de brillantes études à Paris, s’installera à Vienne pour y faire des études de droit, mais il sera emporté à vingt ans par la tuberculose.

Ces enfants n’auront pas une enfance très sereine, ballotés entre nourrices, pensions, grand-mère … Et Liszt, s’il a de grandes qualités par ailleurs, n’est pas spécialement ce qu’on pourrait appeler un « nouveau père » ! Il restera plusieurs années sans voir ses enfants mais en assume seul  tous les besoins financiers. 

Un évènement significatif des mœurs musicales de l’époque se produira pendant ces « années de pèlerinage ». Liszt apprend un jour de 1837 qu’on fait grand cas à Paris d’un pianiste viennois, Thalberg, dont on dit qu’il est le plus grand ! Piqué au vif, il décide de montrer qu’il existe toujours. Commence une rivalité, bien attisée par la presse : l’un loue une grande salle pour un concert triomphal, le lendemain l’autre en loue une autre encore plus grande pour un concert encore plus triomphal … Après plusieurs mois de surenchère, cela se conclura par un « match » pianistique organisé par une princesse italienne, la princesse Belgiojoso, qui, ne perdant pas le nord, le fera au profit de réfugiés italiens. Chacun, devant une société choisie, se montrera sous son meilleur jour. Le mot de la fin reviendra à la princesse : « Thalberg est le premier pianiste du monde, mais Liszt est le seul ».

Ces « années de pèlerinage » prendront fin en 1838, d’une manière très soudaine. Liszt a 27 ans, il est à Venise dans un café, quand il lit dans un journal que la Hongrie a été ravagée par des inondations catastrophiques : plus de cent cinquante morts, des milliers de sinistrés …  Il se souvient alors qu’il est hongrois, et décide d’aller à Vienne donner deux concerts au bénéfice des sinistrés ; le succès sera tel qu’il en donnera près d’une dizaine au total et que cela le décidera à s’engager dans une carrière de virtuose itinérant.

 Paul Hubert des Mesnards 

Extraits de Franz Liszt L'artiste Roi Collection Les Portraits Musicaux - Les éditions Marinières

Les deux ouvrages de référence, qui m’ont le plus inspiré, sont :

Serge Gut, Liszt (Éditions de Fallois, l’Âge d’Homme, 1989). Ouvrage très complet qui comporte une biographie et des développements très intéressants sur différents aspects de l’artiste et de ses œuvres.

Alan Walker, Franz Liszt, 2 tomes (Fayard, 1989). Une biographie très complète. Alan Walker est un grand spécialiste de Liszt, et, en plus de cet ouvrage, il a écrit de nombreux essais.

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