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Les poèmes symphoniques L’une des contributions les plus importantes de Liszt
L’une des contributions les plus importantes de Franz Liszt à l’histoire de la musique est la création du poème symphonique, forme qui marque une étape décisive dans l’évolution de la musique à programme.
La musique à programme consiste à associer une œuvre instrumentale à une idée extra-musicale : texte littéraire, réflexion philosophique, paysage, personnage ou événement historique. Liszt précise lui-même qu’un programme n’est pas destiné à imposer une interprétation précise, mais à guider l’auditeur vers l’idée fondamentale qui a inspiré l’œuvre :
« Ce n’est qu’un avant-propos par lequel le compositeur a pour but de préserver son œuvre contre l’arbitraire d’une explication poétique. »
Il écrit également :
« Le programme peut imprimer à la musique instrumentale des caractères presque identiquement correspondants à diverses formes de la poésie. »
Et encore :
« Le programme ne revendique que la possibilité de préciser l’émotion qui pénétrait le musicien-poète lorsqu’il créait son œuvre, la pensée à laquelle il donnait en elle une enveloppe matérielle. »
Contrairement à la symphonie classique, soumise à une structure formelle relativement stricte, le poème symphonique est une œuvre orchestrale libre destinée à exprimer une idée ou un parcours émotionnel. Cette nouvelle forme permet à Liszt de rapprocher musique, poésie, philosophie et peinture dans une même démarche artistique.
Les sources d’inspiration de ces œuvres sont multiples :
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un texte littéraire ;
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une idée philosophique ;
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une figure historique ou mythologique ;
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une image ou un paysage.
Liszt composa treize poèmes symphoniques :
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Ce qu’on entend sur la montagne ;
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Tasso, Lamento e Trionfo ;
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Les Préludes ;
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Orphée ;
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Prométhée ;
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Mazeppa ;
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Festklänge ;
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Héroïde funèbre ;
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Hungaria ;
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Hamlet ;
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Hunnenschlacht ;
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Die Ideale ;
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Von der Wiege bis zum Grabe.
Parmi eux, Les Préludes demeure le plus célèbre. Inspiré d’un texte de Alphonse de Lamartine, il développe un parcours émotionnel continu plutôt qu’une construction symphonique traditionnelle.
Une révolution esthétique : la musique de l’avenir
Les poèmes symphoniques de Liszt suscitèrent de très vives oppositions. C’est autour d’eux, ainsi que des symphonies Faust et Dante, que se cristallisa le grand débat esthétique du XIXᵉ siècle autour de la Zukunftsmusik — la « musique de l’avenir ».
Les défenseurs de la musique dite « pure », notamment autour de Leipzig, reprochaient à Liszt de subordonner la musique à des éléments littéraires ou philosophiques. Mendelssohn, Schumann, Brahms ou Joachim s’opposèrent ainsi à cette esthétique nouvelle.
Comme le souligne Serge Gut, c’est précisément la musique à programme qui attira sur Liszt les critiques les plus virulentes. Ses opposants considéraient que la musique devait rester autonome, indépendante de toute référence extérieure. Liszt, au contraire, cherchait à réaliser une œuvre d’art totale associant musique, poésie, philosophie et parfois même dimension picturale.
Malgré ces polémiques, les poèmes symphoniques connurent un grand succès jusqu’à la première moitié du XXᵉ siècle et exercèrent une influence considérable sur plusieurs générations de compositeurs.
L’influence des poèmes symphoniques
L’invention lisztienne influença directement de nombreux compositeurs :
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Richard Strauss avec Ainsi parlait Zarathoustra ;
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Jean Sibelius avec Le Cygne de Tuonela ;
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Sergueï Rachmaninov avec L’Île des morts ;
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Bedřich Smetana avec Vltava.
On retrouve également son influence chez Camille Saint-Saëns, César Franck ainsi que chez les compositeurs russes comme Modeste Moussorgski, Alexandre Borodine, Nikolaï Rimski-Korsakov ou Alexandre Scriabine.
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