top of page

  Franz Liszt, virtuose

Par Catherine Joly, pianiste concertiste, professeure Biographie Cliquez ici


Qu’est-ce qu’un virtuose ? Un artiste au talent exceptionnel et à la maîtrise technique extraordinaire,
surmontant les plus grandes difficultés avec infiniment de facilité. LISZT a été le plus grand virtuose de tous les temps, et sa gloire de pianiste a été incommensurable ! Comme le note Serge Gut, la prodigieuse virtuosité de LISZT résulte de la conjonction de son incomparable don de « fascination magnétique », allié à une technique éblouissante hors pair, et une sensibilité suprêmement aiguisée. LISZT est l’inventeur de la technique dite « transcendante », un langage nouveau qui n’existait pas auparavant. (Se référer aux « Etudes d’exécution transcendante », le titre en dit long).


Il y a en fait 3 aspects dans cette REVOLUTION de la Technique du Piano :
-la révolution de l’écriture pianistique, par ses formes,
-l’évolution dans la manière de l’interpréter, c’est-à-dire la gestuelle,
-l’amélioration de la mécanique des pianos au 19ème siècle: le développement technique de l’instrument, grâce à Liszt.

 


L’Ecriture : les OCTAVES deviennent martelées, alternées aux 2 mains, souvent chromatiques, permettant de grands crescendo (c’est une invention de Liszt !). Ces octaves amples et fréquentes ne se trouvent pas avant Liszt. Et le redoublement à l’octave de la mélodie, permet le « pathos » déclamatoire typique de Liszt.

Les Trilles deviennent des TREMOLOS = Trilles plus riches en doubles notes. Cette alternance des mains dans les trilles assure plus de puissance, plus de brillance, par l’exploitation du poids du bras. Mentionnons enfin les SAUTS fulgurants (cf. la Campanella), et vertigineux (cf. Méphisto-Valse).


Toutes ces figures d’écriture restent chez Liszt (malgré la difficulté technique), très « pianistiques », c’est-à-dire adaptées à l’instrument, contrairement à Schumann et Brahms… qui n’étaient pas virtuoses comme Liszt !


La Gestuelle : le nouveau style de Liszt fut nommé « La grande manière » (Grand Style, « grand piano »), avec un jeu fougueux, orchestral, virtuose. LISZT transfère directement la force du dos, des épaules et des bras aux doigts, ce qui explique la haute position de ses mains et de ses doigts sur les illustrations. Cette technique permet une variété de touchers inconnue jusqu’alors. En pratique, Liszt combine en permanence avec ses bras des poussées vers le haut, des gestes vers le bas, ainsi que des impulsions, des rebondissements…


L’amélioration des pianos : Liszt joua souvent sur un Pleyel et le trouvait insuffisant : il le dépréciait en l’appelant « pianino ». L’ERARD de 7 octaves (piano typique de Liszt) avec son jeu plus lourd et sa sonorité plus ample, était plus adapté à son style pianistique. Puis les STEINWAY et BECHSTEIN, encore plus solides, arrivèrent vers 1850.


C’est LISZT qui sortit le piano du salon (où jouait exclusivement Chopin) et le plaça dans la salle de concert moderne. Quand en 1837, il donna un récital devant 3000 spectateurs à la Scala de Milan, il a démocratisé cet instrument. LISZT est l’inventeur du « RECITAL » de piano.

Aux ORIGINES de la Révolution de la technique du piano avec LISZT : 3 « chocs » dans sa carrière :
-La « Symphonie fantastique » de BERLIOZ (qu’il a transcrite pour piano),
-Choc de son ami CHOPIN, qu’il a entendu dans les Salons Pleyel,
-et surtout le choc PAGANINI ! En 1832, LISZT entend Paganini à Paris : il est impressionné, bouleversé par le génie diabolique du virtuose de l’archet, qui exerce sur lui une fascination incroyable ! Paganini avait un charme ensorcelant, et créait l’illusion (au violon) de différents instruments. LISZT reprit de Paganini l’art de subjuguer les foules, grâce à un don d’hypnotiseur et de séducteur !

On peut dire que Liszt est le véritable « héritier » de Paganini. Il a exploité toutes les ressources du piano dans e but d’opérer une projection sonore dans de grandes salles. Ce fut, selon son expression, une « Orchestration » du piano, qui lui permit aussi de réaliser de très nombreuses transcriptions d’œuvres symphoniques et d’opéras divers…


Citons une œuvre (entre autres) où Liszt devient réellement le « Paganini du piano » : la « Grande Fantaisie de bravoure sur la Clochette de Paganini » (d’après le Rondo du 2 e concerto pour violon) devient ensuite la scintillante CAMPANELLA, où Liszt rivalise avec les prouesses acrobatiques de son modèle, et crée une technique nouvelle qui exploite de manière étincelante le registre aigu du piano.


En composant ses «Etudes d’après Paganini», Liszt déclarait : «Mon esprit et mes doigts travaillent comme des damnés »…


Il est important de noter que chez LISZT, les grands passages virtuoses sont bien loin d’être un simple étalage de bravoure technique, que beaucoup interprètent malheureusement ainsi ! Ils sont avant tout l’expression de force, de passion, de grandeur, du sens le plus élevé de la vie dans la joie comme dans la douleur.
L’élément mécanique se transmue en POESIE …


Il y a encore des préjugés sur cette virtuosité de LISZT : on le catalogue hélas comme un virtuose qui épate les foules, en oubliant son côté merveilleusement sensible, son côté mystique méconnu. En conclusion, les puissants moyens techniques qu’utilise LISZT dans son écriture, permettent l’expression totale de son AME.

Par sa révolution de la technique du piano, LISZT a été un Visionnaire, et le PERE de la Musique Moderne. Il a influencé aussi bien Debussy, Ravel, Saint-Saëns, Albéniz, que Wagner, Busoni, Scriabine, Rachmaninov, et Messiaen.

Catherine Joly 

Podcast, Fréquence Protestante et Catherine Joly, Dans les pas de Liszt, Franz Liszt et Stephen Heller  Cliquez ici

Liszt, un virtuose caricaturé 

Les caricatures de Liszt au piano notamment pendant sa Glanzperiod sont célèbres en particulier celles de János Janko peintre et caricaturiste Hongrois publiées en 1873 et celle du peintre portraitiste Henri  Lehmann le montrant en gravitation alors qu´il interprète  son fameux galop chromatique. Liszt vivait sa musique avec tout son corps et cela était innovant voire choquant pour l’époque aussi ne manquait on pas de l’opposer à son non moins célèbre et concurrent de l’époque, Sigismund Thalberg. Citons Heinrich Heine, écrivain allemand :

 « Il est impossible d’imaginer un contraste plus tranché que Thalberg, noble, sensible, intelligent, tendre, calme, Allemand et même Autrichien opposé à Liszt, emporté, orageux, volcanique, fougueux comme un titan »

François Joseph Fétis, musicien et critique Belge qui détestait Liszt, autant que Heine, conclura que Thalberg est le champion de la musique de l’ avenir et Liszt l’ apôtre du passé ! Quelle clairvoyance !

 

 Liszt a été le premier à mettre tout son corps y compris sa magnifique chevelure en osmose avec la musique qu’il jouait. Il entrait ainsi en transe subjuguant son public par sa virtuosité et son fascinant charisme. 

 Cela lui vaudra  des charges bien imagées, Heine que nous venons de citer :

« Quand il s’assied au piano, qu’il a rejeté plusieurs fois en arrière sa longue chevelure et qu’il commence à improviser, il se jette souvent avec furie sur les touches d’ivoire, alors surgit une forêt de pensées chaotiques  ». Plus tard en 1841, il écrira : « Liszt est une sorte de phénomène météorologique, quand il dépeint un orage au piano, nous voyons des éclairs ébranlant ses traits convulsifs, ses membres semblent secoués par la tempête et ses longs cheveux semblent ruisseler de pluie » 

 De nombreux autres témoignages dépeignent Liszt au piano, parmi les plus célèbres

- Friedrich Wieck professeur de piano allemand, père de Clara Schuman, « Certains pianistes transpirent, balayent leurs cheveux qui tombent sur leurs yeux, lorgnent l’auditoire tout énamourés d’eux-mêmes. »

- Ernest Legouvé, écrivain français le décrit comme "un animal sauvage jetant constamment  ses cheveux en arrière, ses lèvres tremblantes, ses narines palpitantes, balayant le public  de son sourire".   

- Louis Moreau Gottschalk, pianiste et compositeur américain, fit en 1860, l’une  des charges les plus féroces «  Quand il jouait, le mouvement de sa tête, le balancement miraculeux de son corps, les contractions de ses énormes doigts le faisait ressembler à un fakir dans les affres d’ une convulsion extatique. Se penchant en arrière , les yeux fermés, la bouche serrée, secouant son immense chevelure, se ruant sur le clavier comme une bête sauvage sur une proie, balayant de ses cheveux les touches, les  emmêlant  de ses doigts sur ses yeux endoloris, il semblait  lutter comme les anciens pythons dans l’ étreinte d’ un dieu invisible ».

Nous voyons que la chevelure fait largement partie du mythe lisztien . Pourtant   Liszt n´ a pas été le premier à adopter cette coiffure romantique, à commencer par Beethoven et surtout Paganini. Il eut de nombreux suiveurs notamment parmi ses disciples, comme Anton Rubinstein et Arthur Friedheim qui tous deux avaient coutume de rejeter leurs cheveux en arrière quand ils jouaient.

 Toutes ces démonstrations acrobatiques étaient-elles gratuites, répondaient elles au désir de Liszt de se faire de la publicité ou plutôt, comme l’explique Jean Marc Onkelinx sur son blog, ne sont-elles pas liées à la pensée musicale très sophistiquée de Liszt : «Le geste possède une signification strictement musicale et même s’ il peut impressionner l’ auditeur et le spectateur, cette libération du corps permet au piano de faire un bond en avant. Et cela c’était vraiment nouveau » ?

​FQM

 Auriez-vous aimé avoir Liszt comme voisin ?   

 Voici un texte publié dans Liszt en son temps de Pierre Antoine Huré et Claude Knepper (Hachette Littérature) dont nous vous conseillons la lecture en raison de la pertinence des documents choisis et annotés.  

Liszt travaillait de façon répétitive suivant  les conseils de son maître Czerny qu’il n’a jamais désavoué. Liszt disait que ces exercices répétitifs et fastidieux étaient nécessaires  et ajoutait qu’ il les travaillait pendant des heures tout en lisant pour ne pas s’ ennuyer.  Ainsi, lassée de ces répétitions, la Comtesse Dash, dans l'extrait ci-dessous, nous montre des voisins voulant faire déménager Liszt.

 Pour voir le texte  Cliquez ici

La modernisation de la technique des  pianos

 D’autres éléments ont contribué au 19ieme siècle à améliorer  la qualité, la rapidité du jeu, c’est la modernisation de la technique des pianos.

Apparition du piano à 8 octaves, une plus grande longueur des cordes, les marteaux de cuir sont remplacés par des feutres et surtout le double échappement mis en place par Erard en 1821, amélioré en 1833,  qui autorise une répétition rapide des notes.

Sources, voir menu Connaître Franz Liszt/bibliographie 

Et plus particulièrement : 

Burger, Ernst Franz Liszt. Chronique en images et en documents, Paris, Fayard, 1988.

Moysan Bruno , Liszt virtuose subversif, Lyon, Symétrie, Collection Perpetuum mobile

« L’ excellent Liszt, virtuose subversif de Bruno Moysan renouvelle notre vision du romantisme en proposant une (re)lecture érudite et captivante du genre mésestimé de la Fantaisie pour piano, situé au croisement du musical, de l’ historique, du social et du politique. »  Pianiste 

Reynaud, Cécile, Liszt et le virtuose romantique, Paris, Honoré Champion, 2006.

Jankélévitch, Vladimir, Liszt et la rhapsodie. Essai sur la virtuosité, Paris, Plon, 2019.

 

Podcasts France musique 

Anne-Charlotte Remond Musicopolis France Musique

Liszt un virtuose moderne  Pour en savoir plus Cliquez ici

YouTube Franz Liszt ´s pupils and friends play Liszt.

Lire le commentaire « Plus » Cliquez ici

Portrait-charge_de_Franz_Liszt_(1811-1886)_dit_au_sabre,_compositeur_et_pianiste_austro-ho

Portrait-charge de Liszt, sculpture de JP Dantan

Wikimédia Commons

Anonyme,_Galop_chromatique_exécuté_par_l

Caricature de Henri Lehmann. Liszt a 32 ans,  il est au cœur de sa Glanz-Period.

Lehman peintre, ami de Liszt et de Marie d'Agoult dont il réalisa plusieurs portraits.

Cette caricature est intitulée 

Galop chromatique exécutée par le Diable de l’harmonie le 18 avril 1843.

Liszt semble léviter de son siège, accréditant les critiques de ses acrobaties au piano. Il se mettait tout en mouvement, doigts, poignets, bras corps et même la chevelure dont il jouait provoquant parfois l’hystérie des foules et la fameuse Lisztomania

Wikimedia Commons

copie 2  IMG_3081.jpg

Retour à la carrière de Liszt 

Cliquer ici

copie 2  IMG_3081.jpg
bottom of page