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- Musique de chambre et orgue | Lola
La musique de chambre et musique pour orgue La musique de chambre Liszt a relativement peu écrit pour la musique de chambre. Ce petit corpus est néanmoins précieux, notamment parce qu'il permet d'observer sa pratique constante de la réécriture. ★ Duo — Sonate Pour violon et piano, sur des thèmes polonais — S.127 Une ambitieuse œuvre de jeunesse qui montre que Liszt s'intéressa très tôt au dialogue entre le piano et un autre instrument. ● Grand Duo concertant Sur Le Marin de Lafont — S.128 Œuvre brillante pour violon et piano dans laquelle les deux instruments sont traités comme de véritables partenaires virtuoses. ● Romance oubliée Romance oubliée — S.132 Œuvre tardive d'une grande intériorité, connue notamment dans sa version pour alto et piano. ● La lugubre gondole Liszt adapta cette méditation funèbre pour différents effectifs. Les versions avec instrument à cordes donnent à la ligne mélodique une couleur particulièrement sombre. ○ Pour aller plus loin ○ Élégie nº 1 ○ Élégie nº 2 ○ Die Zelle in Nonnenwerth ○ Am Grabe Richard Wagners Oeuvres pour orgue ★ Fantaisie et Fugue sur « Ad nos, ad salutarem undam » 1850 — S.259 Fondée sur le choral des anabaptistes du Prophète de Meyerbeer. Par son ampleur et sa construction, l'œuvre est parfois comparée à un poème symphonique pour orgue. Pour en savoir plus Cliquez ici A lire aussi, Liszt et l'orgue, dossier (4) Crescendo Magazine par Benoît Jacquemin Cliquez ici ★ Prélude et Fugue sur B-A-C-H 1855, révision 1870 — S.260 Les notes correspondant en notation allemande aux lettres B-A-C-H fournissent la cellule fondamentale d'une œuvre qui associe hommage à Bach et langage harmonique romantique. ★ Variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen » 1862 — S.673 Liszt utilise la basse chromatique d'une cantate de Bach, également présente dans le Crucifixus de la Messe en si mineur, pour construire une vaste méditation sur la douleur. ● Évocation à la Chapelle Sixtine S.658 Liszt rapproche dans une même méditation musicale Allegri et Mozart, deux compositeurs associés pour lui au souvenir de la Chapelle Sixtine. Retour à l'oeuvre de Liszt Cliquez ici
- liszt à l'Altenburg | Lola
Liszt à Weimar : maître des lieux et cheville ouvrière Lorsque Liszt s’installe à l’Altenburg, à Weimar, ce n’est pas seulement un musicien célèbre qui prend ses quartiers : c’est un véritable centre de gravité culturel qui se met en place. Autour de lui s’organise une vie artistique d’une densité exceptionnelle, portée par la princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein, dont l’hospitalité était à la fois somptueuse, chaleureuse et profondément stratégique. Rien n’était jugé trop beau, ni trop coûteux, lorsqu’il s’agissait de créer les conditions idéales pour le travail, la réflexion et l’échange intellectuel. L’Altenburg devint rapidement un foyer culturel d’une intensité rare. Des personnalités affluèrent de toute l’Europe — et même d’outre-Atlantique, si l’on tient compte des élèves américains qui commencèrent à fréquenter Weimar. Musiciens, écrivains, poètes, romanciers, peintres, savants, hommes politiques, diplomates s’y croisèrent, formant un cercle cosmopolite sans équivalent dans l’Allemagne de l’époque. Aucune autre ville allemande n’avait réussi à rassembler, dans un même lieu, une telle concentration de talents, issus de disciplines aussi diverses et de pays aussi éloignés. Pendant près de dix ans, Weimar devint la Mecque de la musique moderne, le cœur battant du romantisme allemand, grâce à l’énergie fédératrice de Liszt. À la Weimar ancienne, sclérosée et passéiste, tournée vers le culte exclusif de Goethe et de Schiller, s’opposa une Weimar nouvelle, audacieuse, tournée vers l’avenir : celle de la Zukunftsmusik, la « musique de l’avenir ». L’Altenburg : un laboratoire artistique Certains hôtes de l’Altenburg étaient de passage, d’autres s’y installaient presque durablement — on parlerait aujourd’hui de résidences artistiques. Ceux qui ne logeaient pas sur place trouvaient refuge à l’hôtel Erbprinz ou chez l’habitant. Tous participaient à une vie collective intense, faite de discussions passionnées sur la musique passée, présente et à venir. Toutes les musiques y étaient jouées, sans exclusive. Beethoven y occupait une place centrale, mais Chopin, Berlioz, Wagner y étaient tout autant à l’honneur, aux côtés des œuvres de Liszt lui-même et de celles des compositeurs contemporains qu’il soutenait. L’Altenburg n’était pas un sanctuaire figé, mais un lieu d’expérimentation, de confrontation esthétique et parfois de conflit idéologique. Liszt metteur en scène : l’audace sous le feu des critiques À Weimar, Liszt ne se contenta pas d’être un théoricien de la modernité musicale : il la mit en œuvre. En tant que Kapellmeister, il monta pas moins de quarante-quatre opéras, dont vingt-cinq de compositeurs vivants — chiffre considérable pour l’époque. Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est qu’il accomplit ce travail colossal avec des moyens extrêmement limités. Le biographe Émile Haraszti rappelle que les ressources dont disposait Liszt n’étaient guère supérieures à celles du Théâtre du Châtelet pour monter une simple opérette. À ces contraintes matérielles s’ajoutait une hostilité croissante : Liszt innovait, et cette audace heurtait frontalement le goût classique et conservateur du public weimarien. Il dut souvent monter des œuvres qu’il n’aimait guère, uniquement pour satisfaire le public, afin de préserver l’équilibre fragile entre innovation et acceptabilité. Mais lorsqu’il le pouvait, il imposait ses choix, montant — souvent en première mondiale ou allemande — des œuvres qui déclenchaient moqueries, quolibets et critiques virulentes. Liszt acceptait ces attaques comme le prix à payer pour faire avancer l’art. Liszt chef d’orchestre : un corps en mouvement Son engagement en faveur des tendances progressistes de la musique lui valut rapidement de nombreuses invitations à diriger, notamment lors de fêtes musicales et de manifestations prestigieuses. Même violemment critiquée, la musique moderne comptait des partisans enthousiastes, prêts à soutenir Liszt dans son combat. Chef d’orchestre atypique, il déconcertait les instrumentistes par une technique très personnelle. Il dirigeait avec tout son corps, refusant souvent de battre la mesure, préférant suggérer plutôt qu’imposer. Cette approche, à l’opposé d’une direction métronomique, déroutait parfois au point qu’il fallait lui adjoindre un second chef chargé de battre la mesure pour l’orchestre. Liszt concevait la direction comme un acte expressif total, où le geste incarnait la musique autant que le son. Liszt écrivain : une œuvre parallèle On oublie trop souvent que Liszt fut aussi un écrivain prolifique. Il laissa près de douze mille lettres, ainsi que de nombreux ouvrages, articles critiques et études, rédigés aussi bien en français qu’en allemand, langues qu’il maîtrisait parfaitement. Selon Alan Walker, l’ensemble représenterait une dizaine de volumes. À Weimar, cette activité littéraire fut particulièrement intense. Serge Gut a dressé un inventaire précis de ses écrits de cette période, longtemps sous-estimés ou attribués à tort à Marie d’Agoult ou à Carolyne Sayn-Wittgenstein. Les recherches récentes, appuyées sur de nombreux documents autographes retrouvés — notamment grâce à des collectionneurs — ont largement réhabilité la part réelle de Liszt dans cette production intellectuelle. Liszt pédagogue : l’invention des master classes Il serait impossible d’évoquer Weimar sans parler de l’activité pédagogique de Liszt. C’est là qu’il mit en place ce qui peut être considéré comme les premières master classes de l’histoire. Contrairement aux usages de son temps, il ne faisait jamais payer ses cours. Il réunissait ses élèves dans une même salle et leur demandait de s’écouter mutuellement, convaincu que l’observation des efforts de chacun favorisait l’émulation et l’épanouissement esthétique collectif. Après avoir inventé le concept de récital moderne, Liszt donnait ainsi naissance à une nouvelle manière d’enseigner la musique, fondée sur le partage et la transmission vivante. Liszt compositeur : l’apogée créatrice Malgré ses innombrables responsabilités — administrateur, chef d’orchestre, pédagogue, écrivain, pianiste — Liszt trouva à Weimar le temps de composer. C’est à l’Altenburg qu’il écrivit ou finalisa nombre de ses œuvres majeures. Certaines étaient déjà en germe durant sa période de gloire aux côtés de Marie d’Agoult ; à Weimar, il les approfondit, les transforma et en lança beaucoup d’autres. Il aborda pleinement l’orchestre symphonique et inventa le poème symphonique, explorant de grandes formes inspirées par les chefs-d’œuvre de la littérature et de la poésie. C’est à Weimar qu’il composa ou acheva notamment : la Sonate en si mineur, la Faust-Symphonie, la Dante-Symphonie, les Harmonies poétiques et religieuses, les Concertos pour piano n° 1 et 2, les Douze poèmes symphoniques, la Totentanz, la Méphisto Valse n° 1. C’est également à Weimar que s’épanouit son intérêt croissant pour la musique religieuse, sa foi ayant été ravivée et structurée par l’influence de Carolyne Sayn-Wittgenstein. De cette période datent notamment la Messe de Gran, le Psaume XIII, La Légende de sainte Élisabeth et le monumental Christus. Conclusion : le faux fainéant On comprend alors combien Liszt a mal mérité le surnom de « fainéant » que lui attribuait sa compagne la princesse Carolyne. En réalité, s’il semblait parfois dispersé, c’est qu’il courait sans cesse de projets en projets. Elle l’obligeait à rester à l’Altenburg pour composer, expliquant volontiers que sans cette contrainte il ne ferait rien — manière ironique de canaliser une énergie débordante. Liszt à Weimar fut tout à la fois bâtisseur, passeur, créateur et visionnaire. Rarement un artiste aura mené de front autant d’activités, avec une telle intensité, tout en y laissant une œuvre aussi vaste en tant que compositeur. Copyright FQM Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Franz Liszt Toutes les correspondances Alan Walker "Franz Liszt" Editions Fayard 1989/98 Serge Gut "Liszt" Editions de Fallois 1889 Retour à Liszt intime, le caractère Cliquez ici
- l'écrivain | Lola
L'écrivain « Liszt grandit en spirale, car il présente toujours de nouvelles faces : être extraordinaire. Je ne serais pas étonné de le voir quitter la musique tout à fait pour ne s’occuper que de littérature . » Charles Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach, 1851 Liszt, penseur et philosophe érudit, fut un témoin emblématique de son siècle romantique. Écrivain prolifique, il figure dans le trio de tête des musiciens compositeurs célèbres du XIXᵉ siècle ayant le plus écrit, avec Berlioz et Wagner. Les thèmes qu’il a évoqués sont éclectiques. Ainsi dans les Lettres d’ un bachelier es musique, il s’ y montre concerné par les arts, la religion, la politique et la société dans son ensemble. Ses combats sont multiples et il n’élude aucun sujet de société dans laquelle il évolue, y compris son iniquité et les multiples injustices qu’il dénonce. Quelques thèmes de prédilection autour de la musique : Le rôle salvateur de la musique, qui relie l’homme à Dieu : « La musique doit s’enquérir du peuple et de Dieu ; aller de l’un à l’autre ; améliorer, consoler l’homme ; bénir et glorifier Dieu. » L’alliance de la musique et des autres arts : « La musique et la poésie devront-elles s’unir de plus en plus intimement pour prendre possession, l’une de l’autre, du vaste héritage qui leur est providentiellement assigné ? » Écrivains et poètes anciens comme Dante, Shakespeare, Milton, Goethe, Schiller ou Byron, ainsi que de très nombreux contemporains, tels que Lamartine, Victor Hugo ou Baudelaire, pour ne citer que les poètes français dont il fut l’ami, n’ont cessé de l’inspirer. Lamartine, qui se disait un musicien des mots, qualifiait Liszt de poète des sons. La subalternité dans laquelle sont tenus les musiciens est dénoncée dans De la situation des artistes et de leur condition dans la société. La promotion d’une musique nouvelle, dite musique de l’avenir (Zukunftsmusik). L’incompétence d’une critique trop sclérosée, qui pourfendait notamment la modernité de cette musique. Mais Liszt savait se défendre. Le public, souvent décevant, Liszt écrit : « Le public est blasé, distrait, sinon stupide ; la critique, bouffie de son importance, très réelle à l’extérieur, est souvent vénale et occupée d’intérêts tout autres que ceux de l’art et des artistes. » La critique de la musique religieuse, des concerts et des œuvres de ses contemporains. Il fut parfois mordant, notamment à l’égard de Thalberg, un concurrent de sa jeunesse ; mais, en règle générale, par ses articles et ses ouvrages, il soutint et aida de nombreux compositeurs et interprètes contemporains, comme John Field, Meyerbeer, Mendelssohn, Berlioz, Donizetti, Alkan, Chopin, Schumann, Wagner, Pauline Viardot, Bellini, Auber, et tant d’ autres, ou disparus, qu’il ne cessa de remettre en lumière, comme Palestrina, Lassus, Bach, Mozart, Gluck, Beethoven, Weber ou Schubert. C’est à Weimar (1847-1861), après avoir abandonné sa carrière de concertiste virtuose, qu’il publia l’essentiel de sa production littéraire. Notamment un livre sur Chopin, des essais sur Berlioz et Wagner et un ouvrage conséquent sur la musique tzigane, Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie . Ensuite, déçu par tous les combats qu’il y mena, il aborda une période italienne plus religieuse et abandonna la littérature pour se concentrer sur la musique, notamment la musique d’Église, qu’il souhaitait réformer. L’écrivain, terrassé, allait laisser toute la place à l’épistolier qu’il n’avait jamais cessé d’être. L'épistolier Ses lettres autographes sont la meilleure preuve de ses capacités rédactionnelles, de ses activités de penseur et de son érudition. Elles sont bien écrites ; le style est concis et imaginatif, le vocabulaire riche, l’humour omniprésent et les aphorismes percutants. La lecture de cette correspondance impressionnante le révèle véritablement comme un observateur et un acteur de son temps. Il mettait un point d’honneur à répondre au plus grand nombre de lettres qu’il recevait du monde entier, même si cela lui apparaissait contraignant, surtout à la fin de sa vie, lorsqu’il voyait de plus en plus mal et devait être assisté pour rédiger ses réponses. Les lettres qui nous sont parvenues ne constituent que la partie émergée de son immense correspondance, que l’on n’en finit pas de découvrir et qui n’a pas encore été entièrement exploitée dans les diverses archives. Elles sont estimées à plus de 12 000 ; certains chercheurs parlent même de 18 000! Les plus importantes correspondances sont celles qu’il entretint avec les femmes de sa vie : sa mère, Anna Liszt ; ses enfants, Blandine et Cosima ; ses compagnes et amies, telles que Marie d’Agoult, Carolyne Sayn-Wittgenstein, Agnès Klindworth ou Olga Meyendorff ; ainsi qu’avec ses amis, parmi lesquels Hans von Bülow, Richard Wagner, Charles Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach, et une myriade d’autres correspondants, estimés à environ 1 200 à travers le monde. Les musicologues Pierre-Antoine Huré et Claude Knepper nous en donnent un bel aperçu grâce à la pertinence du choix des textes réunis dans Liszt en son temps . Les premières publications posthumes des oeuvres de Liszt Lina Ramann (1833-1912), recrutée par la princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein, rédigea la première biographie de Liszt ainsi que la première analyse critique approfondie de ses œuvres. L’ensemble fut publié en trois volumes sous le titre Franz Liszt als Künstler und Mensch (« Franz Liszt, l’artiste et l’homme »). La Mara (Maria Lipsius, 1837-1927), musicologue allemande, publia les Gesammelte Schriften (« Œuvres complètes »), qui comprennent six volumes rassemblant les livres, recueils, brochures et correspondances de Liszt. Publiés après la mort du compositeur, de 1893 à 1918, ils mirent à la disposition des chercheurs un total d’au moins 4 000 lettres, qu’elle soumit malheureusement parfois à sa propre censure. Volume 1 — F. Chopin (1852) Volume 2 — Articles de la Revue et Gazette musicale (1834-1840) De la situation des artistes et de leur condition dans la société Lettres d’un bachelier ès musique Volume 3 — Pages consacrées au théâtre lyrique (1854-1856) Richard Wagner Volume 4 — Des Annales du Progrès (1855-1858) Volume 5 — Incursions : critiques, polémiques et sujets d’actualité (1850-1858) Volume 6 — Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie (1859) La Mara publia en tout une vingtaine de volumes comprenant notamment la correspondance de Liszt avec Hans von Bülow, Charles Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach, ainsi qu’avec sa mère, Anna Liszt. Peter Raabe (1872-1945), directeur du musée Liszt à Weimar, publia Franz Liszt : Leben und Schaffen (Vie et œuvre) en deux volumes. Cet ouvrage présente néanmoins plusieurs erreurs. Raabe réalisa également le premier grand catalogue des compositions de Liszt. Daniel Ollivier, petit-fils de Liszt, publia la correspondance de Liszt avec la comtesse d’Agoult, ainsi que les correspondances de Liszt avec sa mère et sa fille, Madame Émile Ollivier. Aujourd’hui, on trouve de nombreuses éditions et rééditions critiques de ses œuvres et de sa correspondance, plus scientifiques et accompagnées de commentaires de grande valeur, comme Liszt épistolier de Christiane Bourrel. Un amoureux de la langue française Il fut élevé dans un contexte germanophone, mais ses parents ne parlaient qu’un allemand dénaturé, celui du Burgenland. La Hongrie était alors sous domination autrichienne. C’est pourtant le français qui devint sa langue dominante. Lorsqu’il arriva à Paris, à l’âge de douze ans, il ne possédait encore que quelques notions de français. Citons Adam Liszt, père de Franz : « Je suis venu à Paris (...) pour perfectionner le talent de mon fils par l’audition des grands artistes que cette capitale renferme en si grand nombre et pour lui faire cultiver la langue française, dont il a déjà quelques notions et que l’on peut appeler à juste titre la langue européenne. » De plus, il ne bénéficia pas d’une scolarité normale, puisqu’il passa sa jeunesse, en tant que petit génie, à être exhibé un peu partout en Europe, comme le fut Mozart par son père. Il rappelle sans cesse à ses filles, dans sa correspondance, qu’elles ont eu la chance de pouvoir étudier et que cela lui a beaucoup manqué. Cette absence de scolarité, il la regrettera toute sa vie. On peut considérer que, par rapport à beaucoup d’autres compositeurs célèbres de son époque, tels que Chopin, Wagner, Mendelssohn, Schumann ou Meyerbeer, il fut un autodidacte. En tout cas, le jeune Liszt, grand lecteur, très doué et doté d’une excellente mémoire, fit rapidement d’énormes progrès en français. Pour en savoir plus, lettre inédite écrite par Liszt à l'âge de 14 ans, contribution de Stéphane Monier Cliquer ici Puis, en fréquentant, à partir de 1830, tout l’aréopage parisien des célébrités les plus cultivées — Victor Hugo, à qui il donna des cours de piano, Alexandre Dumas, Berlioz, Musset, George Sand, Chopin, Balzac, Théophile Gautier, Lamartine —, il s’immergea intensément dans cette culture et rattrapa son retard. « Voici quinze jours que mon esprit et mes doigts travaillent comme deux damnés. Homère, la Bible, Platon, Locke, Byron, Hugo, Lamartine, Chateaubriand, Beethoven, Bach, Hummel, Mozart, Weber sont tous autour de moi. Je les étudie, les médite, les dévore avec fureur… » , écrit-il à Marie d’Agoult. Il retrouvera avec elle l’allemand, sa langue maternelle. Marie avait été élevée dans cette culture par sa mère d’origine allemande. Plus tard, en 1848, lorsqu’il s’installera à Weimar, on peut dire qu’il deviendra bilingue, bien qu’il ne le reconnaisse jamais vraiment, se reprochant l’indigence de son allemand écrit et préférant écrire en français à sa mère, restée à Paris, à qui il impose cette langue dans leurs échanges. Même s’il n’en est jamais satisfait, il manie le français avec élégance. Il apprécie les traits d’esprit, l’humour ; il aime les maximes et les proverbes. « J’ai toujours eu le goût des proverbes, dictons, maximes, aphorismes, devises », écrira-t-il. Il était obsédé par le style et ne laissait rien au hasard, à commencer par la ponctuation. Voici l’un des nombreux conseils qu’il donnait à ses filles : « Apprenez à distinguer le point et la virgule ; le double point ; et n’abusez pas trop du trait de séparation ou d’union, qui est un expédient fort commode et très utilisé depuis quelque temps par les écrivains dépourvus de style. » Il admirait Flaubert qui, d’ailleurs, n’était, comme George Sand et lui-même, jamais satisfait de ses propres écrits. Son vocabulaire, très riche, est le fruit de sa culture des textes anciens, de sa connaissance du vieux français acquise par ses lectures, mais aussi de sa culture cosmopolite, nourrie par une vie passée à parcourir l’Europe, principalement la France, la Hongrie, l’Allemagne, l’Italie et la Grande-Bretagne. Il emploie ainsi des mots inhabituels et des néologismes, jamais farfelus, qui avaient toujours un sens et auraient parfois mérité d’être retenus. Sa prose est, comme lui, duale. Elle peut être généreuse, lyrique, fleurie, enthousiaste, avec d’importantes digressions — ce que lui reprochait son gendre Émile Ollivier —, mais elle peut aussi être condensée et concise. Liszt apprécie la brièveté : « Excusez moi, je n’ai pas eu le temps de faire court », écrivait il à un ami… Dans son Richard Wagner et Tannhäuser , Baudelaire a vanté les qualités de la prose lisztienne : « Ici je laisse humblement la parole à Liszt, dont, par occasion, je recommande le livre (Lohengrin et Tannhäuser) à tous les amateurs de l’art profond et raffiné, et qui sait, malgré cette langue un peu bizarre qu’il affecte, espèce d’idiome composé d’extraits de plusieurs langues, traduire avec un charme infini toute la rhétorique du maître. » Dans un autre poème, Le Thyrse , que Baudelaire dédia à Liszt, il rend de nouveau hommage au musicien et à l’écrivain : « Cher Liszt (…) Improvisant des chants de délectation ou d’ineffable douleur, ou confiant au papier vos méditations abstruses, chantre de la Volupté et de l’Angoisse éternelles, philosophe, poète et artiste, je vous salue en l’immortalité. » Paternité de ses écrits On a beaucoup glosé sur le fait que Liszt n’aurait pas été l’auteur de ses écrits, mais que ce furent d’abord la comtesse Marie d’Agoult pour les œuvres de jeunesse (1834-1842), puis Carolyne Sayn-Wittgenstein pour les œuvres publiées à partir de 1848. Liszt, très occupé par ses fonctions musicales et ne maîtrisant pas parfaitement le français, qu’il avait acquis tardivement, souffrait d’un excès de modestie, comme nous l’avons vu, et ne cessait de s’autocritiquer : « Je souffre parfois amèrement de ne pouvoir manier la parole comme je manie les touches de mon clavier ». Pourtant il était très érudit comme en témoigne une de ses compatriotes Janka Wohl : "Liszt avait une erudition d'autant plus remarquable qu'elle embrassait plusieurs littératures(...) Souvent je restais ébahie devant cette mémoire colossale doublée d'un savoir infini, qu'il élargissait sans cesse". Et pourtant Franz Liszt fut un grand « complexé », qui ne cessa de se méjuger, tant sur ses talents de compositeur que sur ceux d’écrivain polyglotte. Ainsi, l’utilisation de l’adjectif faible pour désigner ses ouvrages — « la propagation de mes faibles ouvrages » — est récurrente, comme le souligne Christiane Bourrel dans son livre Liszt épistolier. Il prit donc l’habitude de faire relire ses écrits par ses deux compagnes, Marie, puis, plus tard, Carolyne, établissant avec elles une forme de collaboration allant de la simple relecture à une participation plus importante à la rédaction. Il leur fournissait la trame et les idées afin qu’elles puissent développer le sujet, comme le prouvent plusieurs correspondances. Parfois, elles pouvaient même rédiger l’intégralité d’un article, comme ce fut le cas de la première des Lettres d’un bachelier ès musique, rédigée par Marie d’Agoult. Cette dernière écrit dans ses Mémoires qu’elle l’a aidé : « J’ai eu pendant de longues années une défiance de moi excessive, et je ne songeais pas à faire autre chose de ma plume qu’à aider Liszt à faire ses articles de musique. » On peut penser que, si elle avait fait davantage qu’aider Liszt, elle ne se serait pas privée de le faire savoir, tant sa rancœur et son désir de vengeance à son égard étaient forts. Plus tard, Carolyne de Sayn-Wittgenstein insista auprès de Liszt pour assurer la révision de deux de ses ouvrages en vue d’une réédition : Chopin et Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie . Liszt regretta ensuite cette décision, tant le style et certaines idées de Carolyne bouleversèrent ces deux œuvres, allant jusqu’à faire passer Liszt pour antisémite, ce qu’il ne fut jamais. Par égard pour Carolyne, il n’osa cependant pas désavouer publiquement les modifications qu’elle y avait apportées. Ce qui contribua également à faire douter de la paternité de ses écrits fut le faible nombre de manuscrits autographes retrouvés. Liszt avait en effet pris l’habitude de dicter ses textes, comme en témoigne Lina Ramann, autrice de la première biographie de Liszt, qui vécut auprès de Carolyne : « La princesse devint la secrétaire de Liszt… Il lui dictait ou lui indiquait ses pensées ainsi que le fil de ses idées, ou bien tous deux discutaient ensemble d’un sujet. La princesse transformait aussitôt le résumé de la discussion en un essai ou en un chapitre. » Marie, la fille de Carolyne, à l’Altenburg de Weimar, confirme cette version : Liszt dictait à sa mère — d’où l’absence de documents autographes —, puis il corrigeait scrupuleusement le texte, souvent oralement, avant que les élèves n’en assurent la traduction en allemand. À de rares exceptions près, quel que fût le niveau de participation de son entourage, c’est Liszt qui imposait ses idées et cherchait toujours à conserver le contrôle des écrits qu’il signait. D’ailleurs, aucun manuscrit autographe de Marie d’Agoult ou de Carolyne Sayn-Wittgenstein correspondant à des textes publiés sous le nom de Liszt n’a été retrouvé. Pourtant, la rumeur d’un Liszt qui ne serait pas l’auteur de ses œuvres littéraires n’a cessé de croître et de s’enkyster. Elle fut renforcée par les écrits de certains musicographes, comme Peter Raabe, Émile Haraszti ou Ernest Newman, influençant les biographes ultérieurs, qui ne cherchèrent pas toujours à vérifier le véritable degré de participation de ses collaboratrices. Or, aujourd’hui, les musicologues ne cessent de découvrir de nouveaux autographes, prouvant que Liszt fut un écrivain à part entière, même si une collaboration effective de ses deux compagnes est désormais établie. Encore une fois, rien ne semble avoir été pardonné à Liszt. Pourtant, il nous paraît aujourd’hui naturel que les auteurs soumettent leurs textes à un examen critique et s’entourent de documentalistes, de secrétaires, de correcteurs ou de relecteurs. Et que dire désormais de l’intelligence artificielle ? Combien d’écrivains ont eu recours à ce que l’on appelle des prête-plume ou des écrivains fantômes ? Auguste Maquet, contemporain de Liszt, demeure le plus célèbre d’entre eux pour sa collaboration avec Alexandre Dumas. Ce dernier n’avait d’ailleurs pas hésité à accuser Berlioz d’être le « ghost writer » de Louise Bertin. On peut également citer Paul Arène auprès d’Alphonse Daudet ou encore Erik Orsenna auprès de François Mitterrand. Les exemples sont nombreux, et nous les ignorons souvent. Heureusement, les chercheurs de la nouvelle génération, plus rigoureux dans leur démarche scientifique, ont su replacer la participation des deux compagnes de Liszt à sa juste mesure. À propos de Liszt écrivain, il convient de citer les riches analyses de Nicolas Dufetel, un lisztien érudit, dans plusieurs de ses publications, notamment Le Hérisson . Éditions Le Passeur 2016 Aujourd’hui, cette question devrait être un non sujet. Le recours d’Alexandre Dumas à un prête-plume ne l’a pas empêché de reposer au Panthéon. Laissons-nous donc porter, comme le disait Baudelaire, par le « charme » de la prose de Liszt et par son « art profond et raffiné » . Ce qu’on a écrit sur lui Novateur éclectique, doué en tout, mais aussi homme de paradoxes et personnage profondément dual, Liszt, par la longueur de sa vie comme par l’ampleur de son génie, a intrigué ses contemporains et continue de susciter une abondante littérature. Les publications qui lui sont consacrées sont foisonnantes. Des ouvrages de témoignage rédigés par ses nombreux élèves, qui, de retour chez eux, s’empressaient de raconter leur expérience auprès du maître, aux romans de vulgarisation, tels que La vie de Liszt est un roman de Zsolt Harsányi, jusqu’aux nombreux travaux des chercheurs, dont les publications scientifiques, aussi salutaires qu’exigeantes, s’efforcent de percer le mystère Liszt et de tendre vers un plus large consensus. Principalement issus des pays où il vécut longtemps — l’Allemagne, la France, l’Italie et la Hongrie, son pays natal —, ces travaux sont aujourd’hui estimés à plus de 10 000 ouvrages qui lui sont consacrés à travers le monde, même si une part importante d’entre eux relève du roman. Ces derniers, plus facilement disponibles que les travaux de recherche, constituent néanmoins, pour certains lecteurs, une porte d’entrée vers son immense œuvre musicale et littéraire. Copyright FQM Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Pierre-Antoine Huré et Claude Kneper Liszt en son temps , Hachette Littérature 1987 Christiane Bourrel, Franz Liszt épistolier, Lettres à son entourage professionnel et familier, Editions Honoré Champion Paris 2024 Nicolas Dufetel, Liszt et le hérisson dans Liszt Franz, Tout le ciel en musique . Pensées intempestives Le Passeur 2016 P our un texte agrandi cliquer ici Charles Baudelaire 1821-1867 Carolyne Sayn-Wittgenstein Alexandre Dumas 1802-1870 L'Altenburg, demeure de Liszt à Weimar Lina Ramann 1893-1912 Maria Lipsius, La Mara 1837-1927 Peter Raabe 1872-1945 Franz Liszt en 1825, 14 ans Retour à Liszt et sa carrière Cliquer ici
- Virtuose, caricature | Lola
Liszt : un virtuose moderne | France Musique (Liszt : un virtuose moderne | France Musique Cliquez ici Les caricatures de Liszt au piano Les caricatures de Liszt au piano notamment pendant sa Glanz-Period sont célèbres en particulier celles de Jànos Janko peintre et caricaturiste Hongrois publiées en 1873 et celle du peintre portraitiste Henri Lehmann le montrant en gravitation alors qu´il interprète son fameux galop chromatique. Liszt vivait sa musique avec tout son corps et cela était innovant voire choquant pour l’époque aussi ne manquait on pas de l’opposer à son non moins célèbre et concurrent de l’époque, Sigismund Thalberg . Citons Heinrich Heine , écrivain allemand : « Il est impossible d’imaginer un contraste plus tranché que Thalberg, noble, sensible, intelligent, tendre, calme, Allemand et même Autrichien opposé à Liszt, emporté, orageux, volcanique, fougueux comme un titan » François Joseph Fétis , musicien et critique Belge qui détestait Liszt, autant que Heine , conclura que Thalberg est le champion de la musique de l’ avenir et Liszt l’ apôtre du passé ! Quelle clairvoyance ! Liszt a été le premier à mettre tout son corps y compris sa magnifique chevelure en osmose avec la musique qu’il jouait. Il entrait ainsi en transe subjuguant son public par sa virtuosité et son fascinant charisme. Cela lui vaudra des charges bien imagées, Heine que nous venons de citer : « Quand il s’assied au piano, qu’il a rejeté plusieurs fois en arrière sa longue chevelure et qu’il commence à improviser, il se jette souvent avec furie sur les touches d’ivoire, alors surgit une forêt de pensées chaotiques … ». Plus tard en 1841, il écrira : « Liszt est une sorte de phénomène météorologique, quand il dépeint un orage au piano, nous voyons des éclairs ébranlant ses traits convulsifs, ses membres semblent secoués par la tempête et ses longs cheveux semblent ruisseler de plui e » De nombreux autres témoignages dépeignent Liszt au piano, parmi les plus célèbres - Friedrich Wieck professeur de piano allemand, père de Clara Schuman, « Certains pianistes transpirent, balayent leurs cheveux qui tombent sur leurs yeux, lorgnent l’auditoire tout énamourés d’eux-mêmes. » - Ernest Legouvé , écrivain français le décrit comme "un animal sauvage jetant constamment ses cheveux en arrière, ses lèvres tremblantes, ses narines palpitantes, balayant le public de son sourire". - Louis Moreau Gottschalk , pianiste et compositeur américain, fit en 1860, l’une des charges les plus féroces « Quand il jouait, le mouvement de sa tête, le balancement miraculeux de son corps, les contractions de ses énormes doigts le faisait ressembler à un fakir dans les affres d’ une convulsion extatique. Se penchant en arrière , les yeux fermés, la bouche serrée, secouant son immense chevelure, se ruant sur le clavier comme une bête sauvage sur une proie, balayant de ses cheveux les touches, les emmêlant de ses doigts sur ses yeux endoloris, il semblait lutter comme les anciens pythons dans l’ étreinte d’ un dieu invisible ». Nous voyons que la chevelure fait largement partie du mythe lisztien . Pourtant Liszt n´ a pas été le premier à adopter cette coiffure romantique, à commencer par Beethoven et surtout Paganini. Il eut de nombreux suiveurs notamment parmi ses disciples, comme Anton Rubinstein et Arthur Friedheim qui tous deux avaient coutume de rejeter leurs cheveux en arrière quand ils jouaient. Toutes ces démonstrations acrobatiques étaient-elles gratuites, répondaient elles au désir de Liszt de se faire de la publicité ou plutôt, comme l’explique Jean Marc Onkelinx sur son blog, ne sont-elles pas liées à la pensée musicale très sophistiquée de Liszt : «Le geste possède une signification strictement musicale et même s’ il peut impressionner l’ auditeur et le spectateur, cette libération du corps permet au piano de faire un bond en avant. Et cela c’était vraiment nouveau » ? La modernisation de la technique des pianos D’autres éléments ont contribué au 19ieme siècle à améliorer la qualité, la rapidité du jeu, c’est la modernisation de la technique des pianos. Apparition du piano à 8 octaves, une plus grande longueur des cordes, les marteaux de cuir sont remplacés par des feutres et surtout le double échappement mis en place par Erard en 1821, amélioré en 1833, qui autorise une répétition rapide des notes. De l'interprétation des œuvres Voici la contribution d'une internaute « Il y a une grande mode aujourd'hui chez les jeunes interprètes, c'est de jouer le plus vite possible, et de faire le plus de mouvements possibles avec le corps, le visage, et les yeux en tournant la tête vers le public afin d'être vu. On a l'impression d'être dans la Rome antique, dans une arène, avec des fauves, la beauté n'est pas au rendez-vous dans ces cas-là. La vitesse est parfois tellement rapide que l'on ne reconnait même plus les œuvres. Pauvres compositeurs ! Quand on pense que Beethoven , avant d'être sourd, piquait des colères contre ceux qui jouaient trop vite ses œuvres ! Il doit se retourner dans sa tombe, le pauvre, tout comme les autres. Franz Liszt par exemple, sous prétexte que ses œuvres sont virtuoses, est joué très souvent sans sentiments. Mais pourquoi ne copient-ils pas les grands interprètes ? Parmi les vivants, il y a encore de merveilleux pianistes. Au festival Lisztomanias de Châteauroux, on a eu la chance d'entendre le merveilleux pianiste et professeur Bruno Rigutto en master class : il a passé son temps à ralentir ses élèves. Quelle interprétation des œuvres ! Et quelle maîtrise ! Beaucoup de jeunes laissent leurs doigts s'emballer. Le pire est lorsque le public applaudit à tout rompre ce genre d'exhibition. Heureusement qu'il reste quelques grands maîtres capables de faire comprendre à ces jeunes que la musique, c'est un art, et pas un duel contre son instrument. Une mélomane » La réponse de Liszt-franz.com , un jeune pianiste qui a bien compris cela. L’ouverture du festival Lisztomanias Châteauroux a démarré avec l’Orchestre Pasdeloup et François Dumont qui a dirigé du piano le concerto pour piano et orchestre n°3 en ut mineur op37 de Beethoven dans la cadence de Franz Liszt. Quelle est cette cadence ? Citons Alan Walker dans son Liszt tome 1, "Ce n’était pas contre les tempi rapides en tant que tels que protestait Schindler (1795-1864, biographe de Beethoven) mais contre le fait que les détails y perdaient leur effet. D’après Schindler, trois des experts les plus qualifiés de l’époque, Hummel, Hiller et Czerny s’accordent à témoigner du fait que Beethoven lui-même dirigeait ses œuvres plus lentement que ne fut la mode par la suite. Ce furent les tempi lents de Liszt dans les symphonies de Beethoven qui attirèrent l’attention du critique J.C. Lobe (1797-1881) lorsqu’ il entendit pour la première fois Liszt diriger trois de ses œuvres à Weimar : « Liszt prit les symphonies de Beethoven dans un tempo généralement plus lent que nous ne les avions entendues précédemment et leur réalisation y puisa singulièrement bénéfice". L’interprétation de François Dumont avec la cadence de Beethoven a fait l’objet de la part de Bruno Rigutto dans le cadre de sa master class du lendemain de l’appréciation suivante : « Belle interprétation, on comprenait chaque note, c’était clair, tout ce qu’il a joué, c’était comme de la lumière » Nous sommes d’accord avec vous Maître ! Caricature de Henri Lehmann. Liszt a 32 ans, il est au cœur de sa Glanz-Period. Lehman peintre, ami de Liszt et de Marie d'Agoult dont il réalisa plusieurs portraits. Cette caricature est intitulée Galop chromatique exécutée par le Diable de l’harmonie le 18 avril 1843. Liszt semble léviter de son siège, accréditant les critiques de ses acrobaties au piano. Il se mettait tout en mouvement, doigts, poignets, bras corps et même la chevelure dont il jouait provoquant parfois l’hystérie des foules et la fameuse Lisztomania
- Les Rhapsodies* | Lola
Les Rhapsodies En simplifiant, car la question est complexe, on peut dire que les tziganes, bien implantés en Hongrie, avaient en quelque sorte « trusté » la musique de grande diffusion, celle qu’on jouait dans les cabarets, dans les cafés … Ils avaient un grand talent pour s’approprier toutes sortes de musiques et leur donner une couleur bien particulière. De sorte que l'on avait pris l’habitude d’appeler cela « musique hongroise ». Il a fallu attendre les travaux de Béla Bartók et de Zoltán Kodály au XXème siècle pour révéler qu’il y avait un vrai fonds de musique populaire authentiquement hongroise qui ne devait rien à la musique tzigane. C’est ainsi que ni les tziganes, ni les hongrois n’ont apprécié les explications de Liszt. Et aujourd’hui le malentendu subsiste puisque sur les 19 Rhapsodies Hongroises, qui se voulaient un cycle complet, on n’en joue que quelques-unes, les plus brillantes, en laissant de côté des trésors, comme cette Troisième Rhapsodie Hongroise. Troisième Rhapsodie Hongroise C’est donc une pièce d’inspiration tzigane. La musique tzigane est reconnaissable à plusieurs particularités. La mélodie d’abord, qui fait un usage intensif de l’intervalle dit de « seconde augmentée » (par exemple do – ré dièse) qui donne un parfum oriental. Puis la formule qui rythme les fins de phrase (longue - silence - brève - longue), appelée « cadence bokazo », du nom d’un mouvement tournant des chevilles du danseur. Enfin, il y a les instruments typiques de l’orchestre tzigane dont Liszt reproduit les effets au piano : le violon, bien sûr, souvent un peu plaintif, la clarinette, la contrebasse et surtout le cymbalum, instrument traditionnel d’Europe Centrale. Imaginez un piano dont on a retiré le clavier, la caisse, le couvercle, les pieds, les pédales ; ce sont des cordes métalliques tendues sur une table d’harmonie en bois, posée sur un support, que l’on frappe avec des baguettes recouvertes de feutre aux extrémités. Cette pièce commence par un air sombre, dans le grave, comme joué par une contrebasse ; il est repris dans le médium avec un timbre de clarinette. Après cela, on entend le violon plaintif dans un festival de secondes augmentées. Retour du thème du début encore plus sombre, puis les secondes augmentées viennent s’y superposer, et à la fin la musique s’évapore dans une ambiance de tristesse.
- Le virtuose | Lola
Franz Liszt, virtuose Par Catherine Joly, pianiste concertiste, professeure Biographie Cliquez ici Qu’est-ce qu’un virtuose ? Un artiste au talent exceptionnel et à la maîtrise technique extraordinaire, surmontant les plus grandes difficultés avec infiniment de facilité. LISZT a été le plus grand virtuose de tous les temps, et sa gloire de pianiste a été incommensurable ! Comme le note Serge Gut, la prodigieuse virtuosité de LISZT résulte de la conjonction de son incomparable don de « fascination magnétique », allié à une technique éblouissante hors pair, et une sensibilité suprêmement aiguisée. LISZT est l’inventeur de la technique dite « transcendante », un langage nouveau qui n’existait pas auparavant. (Se référer aux « Etudes d’exécution transcendante », le titre en dit long). Il y a en fait 3 aspects dans cette REVOLUTION de la Technique du Piano : -la révolution de l’écriture pianistique, par ses formes, -l’évolution dans la manière de l’interpréter, c’est-à-dire la gestuelle, -l’amélioration de la mécanique des pianos au 19ème siècle: le développement technique de l’instrument, grâce à Liszt. L’Ecriture : les OCTAVES deviennent martelées, alternées aux 2 mains, souvent chromatiques, permettant de grands crescendo (c’est une invention de Liszt !). Ces octaves amples et fréquentes ne se trouvent pas avant Liszt. Et le redoublement à l’octave de la mélodie, permet le « pathos » déclamatoire typique de Liszt. Les Trilles deviennent des TREMOLOS = Trilles plus riches en doubles notes. Cette alternance des mains dans les trilles assure plus de puissance, plus de brillance, par l’exploitation du poids du bras. Mentionnons enfin les SAUTS fulgurants (cf. la Campanella ), et vertigineux (cf. Méphisto-Valse ). Toutes ces figures d’écriture restent chez Liszt (malgré la difficulté technique), très « pianistiques », c’est-à-dire adaptées à l’instrument, contrairement à Schumann et Brahms… qui n’étaient pas virtuoses comme Liszt ! La Gestuelle : le nouveau style de Liszt fut nommé « La grande manière » (Grand Style, « grand piano »), avec un jeu fougueux, orchestral, virtuose. LISZT transfère directement la force du dos, des épaules et des bras aux doigts, ce qui explique la haute position de ses mains et de ses doigts sur les illustrations. Cette technique permet une variété de touchers inconnue jusqu’alors. En pratique, Liszt combine en permanence avec ses bras des poussées vers le haut, des gestes vers le bas, ainsi que des impulsions, des rebondissements… L’amélioration des pianos : Liszt joua souvent sur un Pleyel et le trouvait insuffisant : il le dépréciait en l’appelant « pianino ». L’ERARD de 7 octaves (piano typique de Liszt) avec son jeu plus lourd et sa sonorité plus ample, était plus adapté à son style pianistique. Puis les STEINWAY et BECHSTEIN, encore plus solides, arrivèrent vers 1850. C’est LISZT qui sortit le piano du salon (où jouait exclusivement Chopin) et le plaça dans la salle de concert moderne. Quand en 1837, il donna un récital devant 3000 spectateurs à la Scala de Milan, il a démocratisé cet instrument. LISZT est l’inventeur du « RECITAL » de piano. Aux ORIGINES de la Révolution de la technique du piano avec LISZT : 3 « chocs » dans sa carrière : -La « Symphonie fantastique » de BERLIOZ ( qu’il a transcrite pour piano), -Choc de son ami CHOPIN, qu’il a entendu dans les Salons Pleyel, -et surtout le choc PAGANINI ! En 1832, LISZT entend Paganini à Paris : il est impressionné, bouleversé par le génie diabolique du virtuose de l’archet, qui exerce sur lui une fascination incroyable ! Paganini avait un charme ensorcelant, et créait l’illusion (au violon) de différents instruments. LISZT reprit de Paganini l’art de subjuguer les foules, grâce à un don d’hypnotiseur et de séducteur ! On peut dire que Liszt est le véritable « héritier » de Paganini. Il a exploité toutes les ressources du piano dans e but d’opérer une projection sonore dans de grandes salles. Ce fut, selon son expression, une « Orchestration » du piano, qui lui permit aussi de réaliser de très nombreuses transcriptions d’œuvres symphoniques et d’opéras divers… Citons une œuvre (entre autres) où Liszt devient réellement le « Paganini du piano » : la « Grande Fantaisie de bravoure sur la Clochette de Paganini » (d’après le Rondo du 2 e concerto pour violon ) devient ensuite la scintillante CAMPANELLA , où Liszt rivalise avec les prouesses acrobatiques de son modèle, et crée une technique nouvelle qui exploite de manière étincelante le registre aigu du piano. En composant ses «Etudes d’après Paganini », Liszt déclarait : «Mon esprit et mes doigts travaillent comme des damnés »… Il est important de noter que chez LISZT, les grands passages virtuoses sont bien loin d’être un simple étalage de bravoure technique, que beaucoup interprètent malheureusement ainsi ! Ils sont avant tout l’expression de force, de passion, de grandeur, du sens le plus élevé de la vie dans la joie comme dans la douleur. L’élément mécanique se transmue en POESIE … Il y a encore des préjugés sur cette virtuosité de LISZT : on le catalogue hélas comme un virtuose qui épate les foules, en oubliant son côté merveilleusement sensible, son côté mystique méconnu. En conclusion, les puissants moyens techniques qu’utilise LISZT dans son écriture, permettent l’expression totale de son AME. Par sa révolution de la technique du piano, LISZT a été un Visionnaire, et le PERE de la Musique Moderne . Il a influencé aussi bien Debussy, Ravel, Saint-Saëns, Albéniz, que Wagner, Busoni, Scriabine, Rachmaninov, et Messiaen. Catherine Joly Podcast, Fréquence Protestante et Catherine Joly, Dans les pas de Liszt, Franz Liszt et Stephen Heller Cliquez ici Liszt, un virtuose caricaturé Les caricatures de Liszt au piano notamment pendant sa Glanzperiod sont célèbres en particulier celles de János Janko peintre et caricaturiste Hongrois publiées en 1873 et celle du peintre portraitiste Henri Lehmann le montrant en gravitation alors qu´il interprète son fameux galop chromatique. Liszt vivait sa musique avec tout son corps et cela était innovant voire choquant pour l’époque aussi ne manquait on pas de l’opposer à son non moins célèbre et concurrent de l’époque, Sigismund Thalberg . Citons Heinrich Heine , écrivain allemand : « Il est impossible d’imaginer un contraste plus tranché que Thalberg, noble, sensible, intelligent, tendre, calme, Allemand et même Autrichien opposé à Liszt, emporté, orageux, volcanique, fougueux comme un titan » François Joseph Fétis , musicien et critique Belge qui détestait Liszt, autant que Heine , conclura que Thalberg est le champion de la musique de l’ avenir et Liszt l’ apôtre du passé ! Quelle clairvoyance ! Liszt a été le premier à mettre tout son corps y compris sa magnifique chevelure en osmose avec la musique qu’il jouait. Il entrait ainsi en transe subjuguant son public par sa virtuosité et son fascinant charisme. Cela lui vaudra des charges bien imagées, Heine que nous venons de citer : « Quand il s’assied au piano, qu’il a rejeté plusieurs fois en arrière sa longue chevelure et qu’il commence à improviser, il se jette souvent avec furie sur les touches d’ivoire, alors surgit une forêt de pensées chaotiques … ». Plus tard en 1841, il écrira : « Liszt est une sorte de phénomène météorologique, quand il dépeint un orage au piano, nous voyons des éclairs ébranlant ses traits convulsifs, ses membres semblent secoués par la tempête et ses longs cheveux semblent ruisseler de plui e » De nombreux autres témoignages dépeignent Liszt au piano, parmi les plus célèbres - Friedrich Wieck professeur de piano allemand, père de Clara Schuman, « Certains pianistes transpirent, balayent leurs cheveux qui tombent sur leurs yeux, lorgnent l’auditoire tout énamourés d’eux-mêmes. » - Ernest Legouvé , écrivain français le décrit comme "un animal sauvage jetant constamment ses cheveux en arrière, ses lèvres tremblantes, ses narines palpitantes, balayant le public de son sourire". - Louis Moreau Gottschalk , pianiste et compositeur américain, fit en 1860, l’une des charges les plus féroces « Quand il jouait, le mouvement de sa tête, le balancement miraculeux de son corps, les contractions de ses énormes doigts le faisait ressembler à un fakir dans les affres d’ une convulsion extatique. Se penchant en arrière , les yeux fermés, la bouche serrée, secouant son immense chevelure, se ruant sur le clavier comme une bête sauvage sur une proie, balayant de ses cheveux les touches, les emmêlant de ses doigts sur ses yeux endoloris, il semblait lutter comme les anciens pythons dans l’ étreinte d’ un dieu invisible ». Nous voyons que la chevelure fait largement partie du mythe lisztien . Pourtant Liszt n´ a pas été le premier à adopter cette coiffure romantique, à commencer par Beethoven et surtout Paganini. Il eut de nombreux suiveurs notamment parmi ses disciples, comme Anton Rubinstein et Arthur Friedheim qui tous deux avaient coutume de rejeter leurs cheveux en arrière quand ils jouaient. Toutes ces démonstrations acrobatiques étaient-elles gratuites, répondaient elles au désir de Liszt de se faire de la publicité ou plutôt, comme l’explique Jean Marc Onkelinx sur son blog, ne sont-elles pas liées à la pensée musicale très sophistiquée de Liszt : «Le geste possède une signification strictement musicale et même s’ il peut impressionner l’ auditeur et le spectateur, cette libération du corps permet au piano de faire un bond en avant. Et cela c’était vraiment nouveau » ? FQM Auriez-vous aimé avoir Liszt comme voisin ? Voici un texte publié dans Liszt en son temps de Pierre Antoine Huré et Claude Knepper (Hachette Littérature) dont nous vous conseillons la lecture en raison de la pertinence des documents choisis et annotés. Liszt travaillait de façon répétitive suivant les conseils de son maître Czerny qu’il n’a jamais désavoué. Liszt disait que ces exercices répétitifs et fastidieux étaient nécessaires et ajoutait qu’ il les travaillait pendant des heures tout en lisant pour ne pas s’ ennuyer. Ainsi, lassée de ces répétitions, la Comtesse Dash, dans l'extrait ci-dessous, nous montre des voisins voulant faire déménager Liszt. Pour voir le texte Cliquez ici La modernisation de la technique des pianos D’autres éléments ont contribué au 19ieme siècle à améliorer la qualité, la rapidité du jeu, c’est la modernisation de la technique des pianos. Apparition du piano à 8 octaves, une plus grande longueur des cordes, les marteaux de cuir sont remplacés par des feutres et surtout le double échappement mis en place par Erard en 1821, amélioré en 1833, qui autorise une répétition rapide des notes. Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Burger, Ernst Franz Liszt. Chronique en images et en documents, Paris, Fayard, 1988. Moysan Bruno , Liszt virtuose subversif , Lyon, Symétrie, Collection Perpetuum mobile « L’ excellent Liszt, virtuose subversif de Bruno Moysan renouvelle notre vision du romantisme en proposant une (re)lecture érudite et captivante du genre mésestimé de la Fantaisie pour piano, situé au croisement du musical, de l’ historique, du social et du politique. » Pianiste Reynaud, Cécile, Liszt et le virtuose romantique, Paris, Honoré Champion, 2006. Jankélévitch, Vladimir, Liszt et la rhapsodie. Essai sur la virtuosité, Paris, Plon, 2019. Podcasts France musique Anne-Charlotte Remond Musicopolis France Musique Liszt un virtuose moderne Pour en savoir plus Cliquez ici Une matinée chez Franz Liszt Lithographie de Josef Kriehuber 1846 Concert du 18 mai 1872, salle de la Redoute Budapest Peinture de Schams et Lafitte Liszt au piano 1869 par Edgard Hanfstaeng Caricature de Henri Lehmann. Liszt a 32 ans, il est au cœur de sa Glanz-Period. Lehman peintre, ami de Liszt et de Marie d'Agoult dont il réalisa plusieurs portraits. Cette caricature est intitulée Galop chromatique exécutée par le Diable de l’harmonie le 18 avril 1843. Liszt semble léviter de son siège, accréditant les critiques de ses acrobaties au piano. Il se mettait tout en mouvement, doigts, poignets, bras corps et même la chevelure dont il jouait provoquant parfois l’hystérie des foules et la fameuse Lisztomania Wikimedia Commons Caricatures de Janos Janko Portrait-charge de Liszt, sculpture de JP Dantan Wikimédia Commons Piano Erard sur lequel Liszt donna une série de concerts en 1844 Musée de la musique Retour à la carrière de Liszt Cliquez ici
- Biographie de Liszt
Décourir Liszt, ses oeuvres sa vie, ses amis ses amours ... Les femmes de Franz Liszt Fut-il un "séducteur"? Il fut une des premières victimes du « Rock Star System ». Bel homme, très séduisant, musicien doué, cultivé et éclectique dans ses savoirs, célèbre, charismatique et généreux, il ne lui manquait rien pour être courtisé à outrance, aujourd’hui nous dirions harcelé. Tous ceux qui le rencontraient étaient séduits. Parmi les multiples éloges, retenons en un tout simple, celui de l’écrivaine Georges Eliott en 1854 lors d’un voyage à Weimar, Liszt avait 43 ans : « Génie, bienveillance et tendresse rayonnent de toute son attitude, il maniait l’instrument avec calme et aisance et son visage était tout simplement magnifique » (1). Il fréquentait les salons, les milieux huppés où l’on rencontrait les femmes qui par leur fortune pouvaient être les plus élégantes, les plus séduisantes et les plus cultivées. Il avait l’embarras du choix et on lui a prêté beaucoup de conquêtes, cela continue encore aujourd’hui. Il existe un site faisant l’inventaire de toutes les femmes qu’il a côtoyées ou avec qui il a vécu sans faire le distingo sous le titre, Liszt, « Unions et enfants » Pour accéder à ce site cliquez ici Il avait un type de femme, pas toujours les plus jolies, mais toutes intelligentes et cultivées, avec souvent un faible pour les femmes inaccessibles soit par leur rang, soit par leur engagement dans leur mariage (Caroline de Saint Cricq, la Comtesse Marie d’Agoult, la Princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein ) . Il fut donc harcelé, courtisé jusqu’ à la folie, on ramassait ses bouts de cigare, lui coupait les cheveux, on l’observait au télescope, on l’épiait, le surveillait, on se pâmait. Et il en fut ainsi même dans sa vieillesse, citons Adelheid von Schorn, écrivaine allemande : « Je n ai jamais vu qu’avec dégout ce don qu’avait Liszt d’attirer les femmes. Cela n’eut point de cesse même dans sa vieillesse et il était pénible de constater qu’il se trouvait des femmes capables de regarder le vieillard comme une proie désirable….malheureusement je n’ ai vu que trop souvent comment les femmes se jetaient sur lui, si bien qu’ on aurait pu penser que les rôles étaient inversés » (2). Fut-il sensible à toutes ces démonstrations ? En profita-t-il ? A t-il eu ce que l’on appelle aujourd’hui une vie de coureur ? Que disent les principaux exégètes de Liszt ? Opposons ceux dont les ouvrages font référence sur notre compositeur. Si Serge Gut dans son livre Liszt est le plus accusateur et lui prête maintes conquêtes, Alan Walker dans son Franz Liszt considère qu’on lui en a données beaucoup trop sans preuves ; « pas une seule pièce véritablement probante n’a été mise à jour qui prouve que le lien de Liszt avec l’une de ces femmes a été de nature sexuelle ». Nous ne les départagerons pas, d’autant qu’il y a eu tant d’autres biographes qui se sont penchés sur la question sans trouver un consensus, même après avoir décortiqué sa volumineuse correspondance. Liszt n’était pas du genre à étaler ses exploits amoureux, restant toujours discret. Il faudrait définir par quoi démarre l’engagement amoureux. A la lecture de la pléthorique correspondance romantique, on se rend compte de l’emphase qui était mise dans les rapports humains, beaucoup de pleurs, d’embrassades et de mots d’amour sans qu’il n’y ait eu quoi que ce soit. Ainsi, citons George Sand concernant Liszt : « j’aime Franz c’est une partie de mon propre sang ». Liszt n’a jamais attrapé la syphilis contrairement à nombre de ses « collègues » artistes, pour ne citer que ceux qu’il a connus ou qui lui ont été contemporains : Beethoven, Paganini, Schubert, Heinrich Heine, Schumann, Flaubert, Baudelaire, Jules de Goncourt, Alphonse Daudet, Nietzsche, Gauguin, Guy de Maupassant, Rimbaud, Manet… Que disent celles qui l’ont bien fréquenté ? Marie d’Agoult et sa fameuse phrase : « je veux bien être votre maitresse, pas une de vos maitresses », Carolyne Sayn-Wittgenstein : « il aimait la compagnie des femmes parce qu’elles l’adulaient, le valorisaient et lui apportaient la consolation dont il avait besoin de l’acharnement dont il était victime de la part de la critique et de tant d’autres qui le jalousaient et n’avait de cesse de l’assassiner » (1). Lorsque vieillissante à Rome, jalouse et alimentée par toutes les rumeurs qui lui parvenaient elle lui écrivait, lui reprochant ses tardives aventures ; « cela gâtera votre biographie » (3). Enfin ses élèves disaient qu’il était de nature affectueuse avec la gente féminine et sans prêter à mal. Il a sans aucun doute été un grand séducteur, écartelé entre ses sentiments et sa vocation religieuse, mais pas un grand collectionneur ni un grand libertin. Les séducteurs n'ont pas forcément de rapports sexuels avec toutes celles qu'ils séduisent. Comme le dit la Princesse, Liszt était trop pris par son travail, sa musique et ses appétences religieuses. Ne serait-ce pas en raison de ce dernier élément qu’il suscita tant de rumeurs ? Franz Liszt a rejoint les franciscains en 1865, ne recevant que les ordres mineurs mais portant la soutane et il continuait à séduire parfois à son corps défendant comme ce fut le cas avec Olga Janina (voir ci-après). Peut-on imaginer plus croustillant pour alimenter les rumeurs et les conversations de salon, et cela continue encore aujourd’hui ! Alan Walker Franz Liszt Fayard Serge Gut Liszt Editions de Fallois Guy de Pourtales 1926 La vie de Franz Liszt ebooks-bnr.com Françoise Quédeville Marmey La Comtesse Marie d'Agoult la Princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein Un cas d’harcèlement : Olga Janina Olga Janina, sous le pseudonyme de Robert Franz, raconte dans un livre pamphlet intitulé Souvenirs d’une cosaque comment souffrant d’une addiction pathologique à l’égard du compositeur, elle harcela « X », en fait Liszt, jusqu’a à y laisser toute sa fortune. Janina dans ce roman autobiographique se venge, comme Marie d’Agoult l’a fait avec Nélida. Les faits : en 1869 Liszt a 58 ans, il porte la soutane et se voit harcelé par une de ses élèves Olga Janina, prétendue Comtesse cosaque de 26 ans. Après avoir tenté de le tuer parce qu’il ne voulait pas répondre à ses avances elle se voit expulsée de Budapest. L’ouvrage : on se l’arrache dès sa première publication en 1874, et il rencontra un tel succès qu’il n’y eut pas moins de 13 éditions sous différents titres et différents pseudonymes. Liszt et la Princesse Sayn-Wittgenstein en furent meurtris, citons cette dernière dans un courrier à Edouard Liszt : « le monde sait bien que le pamphlet de Janina est plein de fausseté ; mais qu’on dit que ce sont les détails qui sont faux » (1) Petit roman agréable à lire en raison de l’humour dont fait preuve l’auteur, ainsi évoquant Weimar « petite ville où les chaussettes du souverain sèchent sur les haies des frontières ». Janina est ouverte, intelligente et presque féministe. La première rencontre avec « X » (Liszt) donne le ton au roman, c’est un coup de foudre : « je revins malade, fascinée, éblouie ». Commence un harcèlement qui va durer des mois et qui la mène partout où Liszt de sa vie trifurquée se trouve, à Weimar, en Hongrie, à Rome : « je ne pouvais aimer qu’avec violence, frénésie … il serait à moi ou je le tuerai ». Elle nous fait découvrir son acharnement au travail et sa religiosité : « j’assistais tous les jours à la messe de 6 heures, placée dans l’ombre d’un confessionnal, je le regardais prier ». Son addiction la conduira à tous les excès : « je m’abaissais à un triste espionnage et ne cessait de l’épier jour et nuit jusqu’ à l’épuisement … enfin « X » paraissait. J’oubliais mon mal et ma douleur, je l’avais vu ! Je m’en retournais consolée, guérie, pour recommencer le lendemain » Elle dépense toute sa fortune et plus tard celle de sa fille pour séduire « X », elle le couvre de fleurs et va jusqu’ à le harceler à la Villa d’ Este où il s’ est réfugié. De toute évidence et à l’aveu de Janina, il refusait de donner suite. A l’époque, les lois contre le harcèlement sexuel n’existaient pas. Comment cela s’est il terminé ? « X » a-t-il cédé ? elle mentionne à la fin du livre une scène qui a fait scandale où « X » après la messe du Vendredi Saint l’enlace et l’étouffe de baisers. C’est la scène la plus chaude du livre, il n’y a aucune mention de rapports sexuels . Compte tenu de ses confessions débridées, s’ils avaient eu lieu, elle les aurait bien complaisamment mentionnés. Elle termine son livre méchamment comme marie d’Agoult avec Nélida en nous montrant un Liszt vaniteux, hypocrite, qui l’a ruinée parce qu’il aimait le luxe et tous ses raffinements « il m’a aimée pour ma richesse ». A-t-elle confondu Liszt avec Wagner ? Faut-il la croire ? Toute sa vie selon les biographes, n’est que mensonges. Les grands moments de son enfance qu’elle décrit dans les premiers chapitres font douter de la véracité des faits. Laissons à Olga Janina les derniers mots de cette histoire qu’elle place dans la bouche de « X », trop content de s’en être débarrassé après qu’elle eut tenté de le tuer parce qu’il refusait de répondre à ses avances : « la violence de vos sentiments trouble la paix qui est une des conditions de mon existence. Souffrez donc que je m’abstienne de recevoir vos étranges élucubrations jusqu’ au moment où vous aurez compris qu’il n’y a pas de bonheur possible en dehors de l’observation des lois divines. Il faudra aussi vous réconcilier avec votre sort, qui n’est d’ailleurs que le fruit de vos diverses imprudences ». Souvenirs d’une Cosaque par Robert Franz deuxième édition, librairie internationale Lacroix et Cie, éditeurs 1874 (1) Serge Gut Liszt FQM En 1869 Liszt a 58 ans, il porte la soutane et se voit harcelé par une de ses élèves Olga Janina, prétendue Comtesse cosaque de 26 ans. Olga Janina « je ne pouvais aimer qu’avec violence, frénésie … il serait à moi ou je le tuerai ». Auriez-vous aimé avoir Liszt comme voisin ? Voici un texte publié dans Liszt en son temps de Pierre Antoine Huré et Claude Knepper (Hachette Littérature) dont nous vous conseillons la lecture en raison de la pertinence des documents choisis et annotés. Liszt travaillait de façon répétitive suivant les conseils de son maître Czerny qu’il n’a jamais désavoué. Liszt disait que ces exercices répétitifs et fastidieux étaient nécessaires et ajoutait qu’ il les travaillait pendant des heures tout en lisant pour ne pas s’ ennuyer. Ainsi, lassée de ces répétitions, la Comtesse Dash, dans l'extrait ci-dessous, nous montre des voisins voulant faire déménager Liszt. Pour voir le texte Cliquez ici La précocité de Liszt et sa maîtrise de la langue française. Liszt en son temps de Pierre Antoine Huré et Claude Knepper editions Hachette Littérature Pour accéder au texte cliquez sur le livre ci-dessus La précocité de Liszt et sa maîtrise de la langue française. Ses dons et sa précocité ne concernèrent pas que la musique mais se retrouvèrent dans bien d’autres domaines de sa personnalité, ainsi dans sa maîtrise de la langue française. Franz fut élevé dans un contexte germanophone, sa mère Anna et son père Adam ne parlaient qu' un allemand dénaturé (celui du Burgenland). Ce dernier échouant à l’apprentissage du hongrois, il ne l' inculqua donc pas à son fils. En outre au XIXe siècle, La Hongrie était sous domination autrichienne. Peut-être Liszt avait-il eu quelques notions de français avant d’arriver à Paris puisqu' en ce début du XIXe siècle toute l’Europe aristocratique et artistique était encore sous primauté linguistique française. Citons Adam Liszt, père de Franz: " je suis venu à Paris (.....) pour perfectionner le talent de mon fils par l’audition des grands artistes que cette capitale renferme en si grand nombre et pour lui faire cultiver la langue française dont il a déjà quelques notions et que l' on peut appeler à juste titre la langue européenne. " A son arrivée à Paris en décembre 1823, il vient d' avoir 12 ans, et 4 mois plus tard, en mars 1824, il maîtrise déjà honorablement le français. Comme en témoigne cette lettre touchante écrite à Londres par le jeune Franz et citée dans le Liszt de Alan Walker tome I. " Monsieur, je vous serai infiniment obligée si vous voudrais bien vous donner la peine de venir me voir aujourd'hui à trois heures et quart ayant quelques morceaux de fini, et comme je désire de les faire graver je m' adresse à vous en vous priant de bien vouloir les entendre pour que vous n' achetez pas le chat dans le sac,…" Entre cette lettre et celle inédite ci-dessous datée du 1er juin 1826 concernant un concert qu’il a donné à Lyon et dont nous pouvons vous offrir la primeur sur ce site grâce à Stéphane Monier , membre des Lisztomanias International, qui en a fait l' acquisition, il ne s' est écoulé que 2 ans. Années bien remplies, avec des tournées en Angleterre et en Suisse ainsi qu' une activité musicale importante en concerts et en compositions, son opéra "Don Sanche" écrit à 13 ans produit à l'Académie Royale de Paris et la composition et publication de son Étude pour le piano en 12 exercices (48 initialement prévus) qui deviendront plus tard Les Études d' exécution transcendante. Liszt a ensuite vécu une douzaine d' années à Paris où il a pu s' imprégner de la culture française; il a toujours préféré s' exprimer en français qu' il maîtrisait mieux que la langue allemande comme le prouve la quantité d'œuvres, essais et prose écrits dans un excellent français. Rappelons néanmoins qu' il s'est toujours défini comme " magyar" et qu' il se sentait avant tout Hongrois , nationalité qu’il revendiquait pour ses trois enfants. Françoise Quédeville Marmey Lettre inédite du 1 juin 1826, Liszt à 14 ans (voir ci contre) Voir ci-dessous commentaire de Stéphane Monier que nous remercions pour son intéressante contribution. LETTRE INEDITE DE FRANZ LISZT ECRITE DANS SA QUINZIEME ANNEE En l’an 1826 le jeune Liszt effectua une tournée de concerts dans le sud de la France. Il se produisit en effet dans les villes de Bordeaux, Marseille et Lyon. Dans la « Cité des Gaules » Liszt se présenta trois fois en public : le mardi 23 mai, le mercredi 31 mai, puis, suite à l’insistance du Préfet, du Maire et du Lieutenant général, le mardi 13 juin, invariablement à 8 heures du soir dans l’ancienne salle de la bourse au Palais Saint-Pierre. Cette lettre, écrite le lendemain du deuxième concert, témoigne de la maturité du jeune Liszt et de sa maîtrise (déjà) de la langue française. Grâce à un article de Antoine Salles, conseiller municipal de Lyon, publié en 1911 pour le centenaire de la naissance de Liszt, nous en savons un peu sur l’organisation et la teneur de ces concerts. Des personnalités musicales de la ville telles que Mrs Baumann et Donjon, l’un premier violon, l’autre flûtiste à l’orchestre du Grand-Théâtre et Mlle Falleville qui quelques semaines plus tôt avait créé « la Dame blanche » (François Adrien Boieldieu) s’étaient mis à sa disposition pour l’encadrer et le seconder. Le prix des places était modeste, fixé à 3 francs. Le programme du 31 mai comprenait une étude de piano probablement extraite de la première mouture des futures études d’exécution transcendante publiée chez Boisselot à Marseille en cette année 1826 sous le n° d’opus 6 - en fait 1- et dédiée à une jeune bossue Lydia Garella, son premier amour ! Figurait également un pot-pourri dans lequel s’enchaînaient des motifs du chœur des Montagnards écossais de la Dame blanche, un air des Noces de Figaro et divers autres morceaux connus. Enfin, une ouverture, celle de Don Sanche, jouée auparavant le 20 juin 1825 à Manchester. Lors de ce concert, Donjon exécuta des variations sur la flûte et Mlle Falleville chanta un air des Folies amoureuses. Que faut-il entendre par le terme « brioches » à prendre au sens figuré ? Certainement la fantaisie et les acrobaties pianistiques auxquelles le public était peu accoutumé à cette époque. Il faut remarquer aussi l’ardent et précoce désir du jeune Liszt de s’imprégner de la culture française. Le destinataire de la lettre « Mon cher Monsieur Fouquet » n’a pas été identifié. Stéphane Monier (membre de "Sur les pas de Liszt" ) Franz Liszt jeune musicien en 1825 Pour un texte agrandi cliquer ici Où Franz Liszt doit-il être inhumé ? Une querelle sans fin entre Weimar, Bayreuth et Budapest Après sa mort survenue le 31 juillet 1886 à Bayreuth où Cosima, sa fille, avait exigé, peut-on dire, que son père, bien malade, assista à la première représentation de Tristan au Festspielhaus, sa dépouille fut l' objet de querelles concernant son lieu d' inhumation. Qui furent les protagonistes qui " combattirent " pour s' approprier le corps du défunt? - Weimar , que Liszt ne cessa de fréquenter sur plus de 40 ans, faisant de cette ville une capitale musicale de premier ordre attirant l’élite mondiale des artistes de l’époque - Budapest : Liszt est Hongrois, il est né à Doborjàn aujourd'hui Raiding. Il fit maints séjours en Hongrie au cours de sa vie prouvant son attachement pour ce pays. - Bayreuth ou plutôt, devrions nous dire, Cosima qui tenait à ce que son père y soit inhumé et qui a fait ce qu' il fallait pour éliminer les deux autres compétiteurs. Concernant Weimar, elle exigea que son père fut enterré dans le caveau royal avec Goethe et Schiller, ce qui fut refusé et pour La Hongrie, elle prit ombrage d'un discours malencontreux du Premier Ministre de l' époque doutant du patriotisme de Liszt pour refuser jusqu' à la fin de ses jours qu' il y fut transféré. Finalement le mausolée fut construit à Bayreuth mais la querelle ne cessa pas et dura encore une quarantaine d' années. Même à ce jour certains Hongrois n'ont toujours pas perdu espoir. Que voulait Liszt? Peut-être est-il un peu responsable de cette situation puisqu'il a souvent donné des informations contradictoires quant à son lieu d’inhumation. Tout d’abord à Caroline Sayn-Wittgenstein et plus tard à son Valet Milka, il déclara qu'il souhaitait être enterré là où il mourrait. Puis d' autres fois il déclara que ce serait à Rome où il a souvent séjourné « si j’avais le choix de ma sépulture se serait au cimetière de Tivoli » ou à st Tropez, Blandine sa fille y avait acheté une maison juste avant de décéder. Cosima, selon Alan Walker, voyait en Liszt une ombre pour la renommée posthume de Wagner. La comparaison s' il était inhumé à Bayreuth, en bas de la colline, serait sans conteste favorable à Wagner. D'un côté le Festspielhaus consacré à l' œuvre de son mari, Wahnfried leur magnifique demeure (aujourd'hui musée) et le tombeau de Wagner dans le beau Parc. Pour Liszt, Juste de l'autre côté de la rue Siegfriedstrasse , un modeste appartement loué dans la maison de Frau Fröhlich, où il avait été hébergé durant ses derniers jours (Cosima n' en avait pas voulu à Wahnfried ) aujourd'hui transformé en un modeste musée et son mausolée au cimetière municipal de Bayreuth. Ainsi pour les visiteurs de la postérité, l'avantage en terme d’image serait à Wagner. Vengeance de la part de Cosima ? Liszt, son père, s’il ne manqua jamais de soutenir ses enfants matériellement, sur le plan affectif ne fut pas à la hauteur puisqu' il resta par exemple près de 9 ans sans venir les voir lorsqu'ils étaient à Paris élevés par leur grand-mère bien qu’ils ne cessèrent de le réclamer comme en témoignent leurs nombreuses lettres. Cosima n’a-t-elle pas écrit dans son Journal "qu’elle n' avait eu ni père ni mère et que seul Wagner l' avait aimé...". Pour en savoir plus, un livre incontournable, base pour tous ceux qui s' intéressent à Franz Liszt, le Liszt d’Alan Walker aux éditions Fayard en deux volumes. A lire les trois derniers chapitres du tome II relatant de façon très émouvante les derniers jours de ce grand musicien. Ouvrage bien documenté, sérieux, il se lit comme un roman, ce que fut la vie de Liszt. "en septembre 1887, le monument était en place. Au- dessus de l’entrée, on avait placé une inscription reproduisant une phrase du Nouveau Testament : " Ich Weiss dass mein Erlöser lebt " ( je sais que mon Rédempteur est vivant ). Le bâtiment fut endommagé au cours des dernières semaines de la Deuxième Guerre mondiale et le cercueil de Liszt fut provisoirement exhumé avant d’être réenterré au même endroit, recouvert cette fois d’une simple pierre tombale. En 1978, la ville de Bayreuth a restauré le mausolée d' origine qui est toujours en place aujourd'hui ." Extrait de Liszt d' Alan Walker tome 2 Fayard Copyright FQM Le Mausolée de Franz Liszt à Bayreuth "Ich Weiss dass mein Erlöser lebt" "Je sais que mon rédempteur est vivant" La tombe de Daniel Liszt à l'ombre du Mur de Berlin Une nouvelle contribution pour notre site de la part de Christine van Zandijcke (Belgique) fidèle lisztienne, qui lors d’un déplacement récent à Berlin s’est mise en quête de la tombe de Daniel, fils de Franz Liszt, qui est située là où passait le « mur » ! Voici ce que Christine nous écrit : « Dans Alan Walker j'avais lu que Daniel était décédé chez sa sœur Cosima à l’époque épouse de Hans von Bülow à Berlin. Walker (dans sa première édition, quand la RDA existait encore) écrivait aussi que le Mur de Berlin passait littéralement sur sa tombe. Avant de partir pour Berlin, j'ai consulté ce site: https://www.findagrave.com/memorial/29634052/daniel-liszt C'est au nord de Berlin-Mitte, métro (U-Bahn - ligne U6) Schwarzkopffstraße, pas loin du Museum für Naturkunde, à 3 stations au nord de Friedrichstr., dans la Liesenstraße nº6 , à droite dans la rue en venant du métro/Musée. Une partie du vieux Domfriedhof contient une section de la communauté française: c'est là ! Belle journée ! Christine van Zandijcke » Daniel Liszt est le troisième et le dernier enfant que Franz Liszt eut avec Marie d Agoult. Né le 9 mai 1839 à Palestrina près de Rome, il ne vécut qu’une vingtaine d’années, anéanti par une phtisie galopante en décembre 1859. Sa vie avait bien mal commencé, pendant ses deux premières années, il fut « abandonné » par ses parents chez une nourrice qui le laissa mourir de faim. Heureusement son parrain, le célèbre peintre et ami du couple, Henri Lehmann le retira à temps et le « ressuscita » alors que Marie d’Agoult semblait l’avoir déjà abandonné. N’écrira-t-elle pas à Lehmann : « Les nouvelles de Daniel me donnent une grande joie. Toutefois je vous défends absolument d’y retourner avant votre départ. C’est une vraie folie et au fond une folie sans résultat. Cet enfant est forcément confié à la Providence et au hasard, ce que j’ai de mieux à faire est d’y penser le moins possible ». Il fut ensuite confié à sa grand-mère Anna Liszt à Paris qui finit par le requinquer et le choya en lieu et place de ses parents. Liszt qui assura le bien-être matériel de ses enfants fut un père absent puisqu‘il resta, à partir de 1844, près de 9 ans sans venir les voir tout en refusant à Marie le droit de s’en occuper. Daniel fréquenta plus tard le lycée Bonaparte, aujourd’hui lycée Louis le Grand. Après des débuts un peu difficiles, il se révéla être un brillant élève faisant la fierté de sa famille. Pour le récompenser, Liszt le fit venir à l’Altenburg. Ainsi à 15 ans il rejoignit à Weimar son père qu’il va enfin découvrir et admirer. En 1857 il partit pour Vienne afin de faire des études de droit qui ne l’enthousiasmaient pas. Il passera ses vacances d’été à Berlin chez Cosima encore mariée avec Hans von Bülow et c’est chez elle qu’il mourut de phtisie le 15 décembre 1859. Son père alerté par Cosima eut juste le temps d’arriver 2 jours avant sa disparition. Il se serait endormi dans ses bras et ses derniers mots auraient été : « je vais préparer vos places ». Cosima fut très marquée par le décès de son frère et appela sa première fille Daniela. L’enterrement eut lieu le 15 décembre au cimetière catholique de Berlin. En 1860, Liszt composa « les Morts », ode funèbre à la mémoire de Daniel. Comme nous le montre la photo envoyée par Christine, une grande croix blanche se dresse sur la tombe portant cette inscription : Daniel Liszt Né à Rome le 9 mai 1839 Mort à Berlin le 13 décembre 1859 Daniel Liszt Né à Rome le 9 mai 1839 Mort à Berlin le 13 décembre 1859 Crédit photo : Christine Van Zandijcke Musée virtuel Richard Wagner : Daniel Liszt à 15 ans lors de son séjour à Weimar (médaille) Les voyages de l'association "Sur les pas de Liszt" sur les rives du Danube juin 2019 Il y a eu tant de bons moments au cours de cette croisière lisztienne sur le Danube, tant de moments magiques sublimés par les 170 croisiéristes choristes, pianistes, mélomanes embarqués, qu’il est difficile d’en faire un résumé. Nous allons donc nous limiter pour ce site à quelques évocations purement lisztiennes de notre parcours, mais avant remercions les Listomanias International et en particulier Alain Rechner qui nous a donné la chance du 24 juin au 1er juillet dernier de passer des moments inoubliables en compagnie de Liszt bien sûr mais aussi de Beethoven, Schubert, Bartock, Offenbach et de tant d’autres. C’était un voyage de plus, organisé à la perfection par LI qui chaque année nous permet de découvrir Liszt dans de nouveaux environnements et de mieux comprendre ce compositeur virtuose. Raiding / Doborjan Lieu de naissance de Liszt le 22 octobre 1811. Ce petit village hongrois qui faisait jadis partie de l’Empire austro-hongrois sous le nom de « Doborjan » est aujourd’hui appelé « Raiding » et se situe en Autriche. Sous un soleil éclatant, nous avons visité la maison, bien restaurée convertie en lieu de souvenir. Nous avons essayé d'oublier le nouvel auditorium qui le jouxte et où chaque année a lieu le « Liszt Festival Raiding » pour ne voir que la petite église à quelques pas et le ru qui passe au fond du jardin et imaginer le petit Franciscus attentif aux leçons de musique de son père. Au retour, nous avons pu apercevoir au loin le Château des Esterhazy à Eisenstadt, employeurs d'Adam Liszt, le père nommé Intendant des Bergeries qui s'était fait tant d'amis parmi les musiciens de la cour. Szekszard Petite ville située au sud-ouest de la Hongrie à 140 km de Budapest le long du Danube. En 1838, Liszt a 27 ans et va revenir en Hongrie pour la première fois depuis son départ. Les grandes inondations du Danube qui ont dévasté Budapest l’incite à quitter Marie d’Agoult pour quelques concerts d’ entraide. Il y reçoit un accueil extraordinaire et il rencontre le Baron Antal Augusz ami indéfectible qui lui remettra le fameux sabre. A chaque fois que Liszt reviendra en Hongrie il sera reçu par Antal et souvent hébergé dans la propriété de ce dernier à Szekszard où plusieurs fêtes seront données en l’honneur de Liszt qui tentera d’en faire un petit « Altenburg ». Tous les musiciens, peintres, sculpteurs passaient pour le rencontrer. Même Olga Janina qui tenta de le tuer parce qu’il refusait ses avances. En 1871 Liszt y effectua un exode de 8 mois en raison de la guerre franco-prussienne. Lorsqu’ Antal décède, en 1878, Liszt dira « Nous ne faisions qu’une âme ». Nous avons visité la demeure d'Antal aujourd'hui école de musique Franz Liszt. Une statue du compositeur est à découvrir entre les branches du petit parc qui jouxte le bâtiment. Puis nous sommes allés voir le Palais du Gouvernement Provincial ancienne préfecture sur les ruines d'une Abbaye qui comprend un petit musée avec une pièce consacrée à Liszt où trônait un des ses pianos Chickering. Dans la grande salle de conseil nous avons pu écouter avec grand plaisir l’une des croisiéristes pianiste, Catherine Joly jouer "sospiro". Estergom Estergom fut la capitale de la Hongrie du X au XIIIème siècle. Sa cathédrale est la plus grande de Hongrie mais également la plus grande basilique d’Europe centrale. Sa construction a été lancée en 1820. Située au bord du Danube et au sein de l’Empire des Habsbourg, son inauguration a été honorée en 1858 par la présence de l’Empereur François Joseph, Liszt y dirigea pour la première fois sa célèbre messe d’Estergom encore appelée « Estergomi Misse » ou « Messe de Gran » ou encore « Missa Solemnis ». Elle fera dire à Liszt « J’ai plus prié cette messe que je ne l’ai composée ». Nous avons tous été touchés d’y entendre sous la direction de Gabriella Boda le « Salve Regina » de Liszt chanté magnifiquement par les choristes de la croisière. Budapest Les séjours de Liszt à Budapest furent nombreux notamment au cours de sa vie trifurquée. A chaque inondation grave du Danube, il y reviendra pour donner des concerts d’entraide, fêté et reconnu comme un héros national. Retenons deux lieux essentiels parmi ceux que nous avons visités. Eglise Saint Mathias Il y fut joué la "Messe hongroise du Couronnement " que Liszt composa pour l’Empereur François Joseph, couronné Roi de Hongrie. Liszt très controversé à l’époque en raison de son soutien aux patriotes hongrois n’eut pas la chance de diriger son œuvre et ne reçut même pas d’invitation officielle. Il fut néanmoins ovationné selon Alan Walker, biographe de Liszt, presqu'autant que l'Empereur et s'en retourna à son domicile, les appartements de l’Eglise paroissiale de Pest, à pied après avoir franchi le fameux pont des Chaines. Rien n'ayant beaucoup changé, il était si facile de l'imaginer. Réconciliation fut faite peu après avec l’Empereur François Joseph qui le décora. Liszt Memorial Museum Construit en 1881, ce bâtiment appelé "Vieille Académie de musique" , accueille le mémorial et le centre de recherche Franz Liszt. C'est une composante de l’Académie de musique de Budapest (aussi nommée Université de Musique Franz Liszt). Liszt y a vécu au premier étage de 1881 à 1886 année de sa mort à Bayreuth, dans un appartement qui a été reconstitué en 1986 et qui accueille le musée Franz Liszt de Budapest. Sans doute l'endroit le plus émouvant en raison de la présence de Liszt que l'on sentait dans chaque pièce où étaient disposés tant de souvenirs qui l'ont accompagné de son vivant, des tableaux dont des dessins de Gustave Doré, des portraits, des tapisseries de la princesse Carolyne, des bustes de Beethoven, Schubert et Weber, des meubles et surtout plusieurs instruments de musique, harmonium, harmonica en verre, pianos orgues, un Bôsendorfer et deux grands pianos Chickering dont un spécialement fabriqué pour Liszt sur lequel Nicolas Stavy a joué avec émotion quelques mesures de la consolation n°3. Bratislava Presbourg ou Pozsony du temps de Liszt. Dans cette ville le souvenir de Liszt est à chaque coin de rue omniprésent. En grande pompe avec une statue sur le fronton de l’opéra aux côtés de Mozart, Beethoven… ou plus modestement par un buste ou une plaque commémorative dans la ville ou même par quelques affiches taguées. Cette croisière nous a permis beaucoup d’autres visites très enrichissantes, Melk, Dürnstein et des rencontres inoubliables avec les croisiéristes ; Pierre Reach, Nicolas Stavy, Nicolas Dufetel avec une arrivée magistrale en bateau sur la basilique d'Estergom lors d'une de ses conférence évoquant le lieu, Katalin Vâmosi, Yanis et Marouan Benabdallah et surtout Gabriella Boda qui de main de maître a dirigé nos chanteurs venus des quatre coins du monde ; 14 nationalités représentées. Nous attendons avec impatience la prochaine croisière sur le Rhin, toujours à la rencontre de Liszt et surtout de Beethoven en cette année 2020, année anniversaire de sa naissance. FQM Maison de naissance de Franz Liszt à Raiding Maison d'Antal Augusz à Szekszard La basilique d'Estergom Basilique d'Estergom : les choristes croisièristes Eglise Saint Mathias La statue de Liszt, place Liszt devant l'Académie Royale Consolation n°3 par Nicolas Stavy sur le piano Chickering fabriqué pour Liszt Cliquez ici Affiche taguée dans une rue piétonne de Bratislava Franz Liszt fut-il un "séducteur"? Il fut une des premières victimes du « Rock Star System ». Bel homme, très séduisant, musicien doué, cultivé et éclectique dans ses savoirs, célèbre, charismatique et généreux, il ne lui manquait rien pour être courtisé à outrance, aujourd’hui nous dirions harcelé. Tous ceux qui le rencontraient étaient séduits. Parmi les multiples éloges, retenons en un tout simple, celui de l’écrivaine Georges Eliott en 1854 lors d’un voyage à Weimar, Liszt avait 43 ans : « Génie, bienveillance et tendresse rayonnent de toute son attitude, il maniait l’instrument avec calme et aisance et son visage était tout simplement magnifique » (1). Il fréquentait les salons, les milieux huppés où l’on rencontrait les femmes qui par leur fortune pouvaient être les plus élégantes, les plus séduisantes et les plus cultivées. Il avait l’embarras du choix et on lui a prêté beaucoup de conquêtes, cela continue encore aujourd’hui. Il existe un site faisant l’inventaire de toutes les femmes qu’il a côtoyées ou avec qui il a vécu sans faire le distingo sous le titre, Liszt, « Unions et enfants » Pour accéder à ce site cliquez ici Il avait un type de femme, pas toujours les plus jolies, mais toutes intelligentes et cultivées, avec souvent un faible pour les femmes inaccessibles soit par leur rang, soit par leur engagement dans leur mariage (Caroline de Saint Cricq, la Comtesse Marie d’Agoult, la Princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein ) . Il fut donc harcelé, courtisé jusqu’ à la folie, on ramassait ses bouts de cigare, lui coupait les cheveux, on l’observait au télescope, on l’épiait, le surveillait, on se pâmait. Et il en fut ainsi même dans sa vieillesse, citons Adelheid von Schorn, écrivaine allemande : « Je n ai jamais vu qu’avec dégout ce don qu’avait Liszt d’attirer les femmes. Cela n’eut point de cesse même dans sa vieillesse et il était pénible de constater qu’il se trouvait des femmes capables de regarder le vieillard comme une proie désirable….malheureusement je n’ ai vu que trop souvent comment les femmes se jetaient sur lui, si bien qu’ on aurait pu penser que les rôles étaient inversés » (2). Fut-il sensible à toutes ces démonstrations ? En profita-t-il ? A t-il eu ce que l’on appelle aujourd’hui une vie de coureur ? Que disent les principaux exégètes de Liszt ? Opposons ceux dont les ouvrages font référence sur notre compositeur. Si Serge Gut dans son livre Liszt est le plus accusateur et lui prête maintes conquêtes, Alan Walker dans son Franz Liszt considère qu’on lui en a données beaucoup trop sans preuves ; « pas une seule pièce véritablement probante n’a été mise à jour qui prouve que le lien de Liszt avec l’une de ces femmes a été de nature sexuelle ». Nous ne les départagerons pas, d’autant qu’il y a eu tant d’autres biographes qui se sont penchés sur la question sans trouver un consensus, même après avoir décortiqué sa volumineuse correspondance. Liszt n’était pas du genre à étaler ses exploits amoureux, restant toujours discret. Il faudrait définir par quoi démarre l’engagement amoureux. A la lecture de la pléthorique correspondance romantique, on se rend compte de l’emphase qui était mise dans les rapports humains, beaucoup de pleurs, d’embrassades et de mots d’amour sans qu’il n’y ait eu quoi que ce soit. Ainsi, citons George Sand concernant Liszt : « j’aime Franz c’est une partie de mon propre sang ». Liszt n’a jamais attrapé la syphilis contrairement à nombre de ses « collègues » artistes, pour ne citer que ceux qu’il a connus ou qui lui ont été contemporains : Beethoven, Paganini, Schubert, Heinrich Heine, Schumann, Flaubert, Baudelaire, Jules de Goncourt, Alphonse Daudet, Nietzsche, Gauguin, Guy de Maupassant, Rimbaud, Manet… Que disent celles qui l’ont bien fréquenté ? Marie d’Agoult et sa fameuse phrase : « je veux bien être votre maitresse, pas une de vos maitresses », Carolyne Sayn-Wittgenstein : « il aimait la compagnie des femmes parce qu’elles l’adulaient, le valorisaient et lui apportaient la consolation dont il avait besoin de l’acharnement dont il était victime de la part de la critique et de tant d’autres qui le jalousaient et n’avait de cesse de l’assassiner » (1). Lorsque vieillissante à Rome, jalouse et alimentée par toutes les rumeurs qui lui parvenaient elle lui écrivait, lui reprochant ses tardives aventures ; « cela gâtera votre biographie » (3). Enfin ses élèves disaient qu’il était de nature affectueuse avec la gente féminine et sans prêter à mal. Il a sans aucun doute été un grand séducteur, écartelé entre ses sentiments et sa vocation religieuse, mais pas un grand collectionneur ni un grand libertin. Les séducteurs n'ont pas forcément de rapports sexuels avec toutes celles qu'ils séduisent. Comme le dit la Princesse, Liszt était trop pris par son travail, sa musique et ses appétences religieuses. Ne serait-ce pas en raison de ce dernier élément qu’il suscita tant de rumeurs ? Franz Liszt a rejoint les franciscains en 1865, ne recevant que les ordres mineurs mais portant la soutane et il continuait à séduire parfois à son corps défendant comme ce fut le cas avec Olga Janina (voir ci-après). Peut-on imaginer plus croustillant pour alimenter les rumeurs et les conversations de salon, et cela continue encore aujourd’hui ! Alan Walker Franz Liszt Fayard Serge Gut Liszt Editions de Fallois Guy de Pourtales 1926 La vie de Franz Liszt ebooks-bnr.com Françoise Quédeville Marmey Un cas d’harcèlement : Olga Janina Olga Janina, sous le pseudonyme de Robert Franz, raconte dans un livre pamphlet intitulé Souvenirs d’une cosaque comment souffrant d’une addiction pathologique à l’égard du compositeur, elle harcela « X », en fait Liszt, jusqu’a à y laisser toute sa fortune. Janina dans ce roman autobiographique se venge, comme Marie d’Agoult l’a fait avec Nélida. Les faits : en 1869 Liszt a 58 ans, il porte la soutane et se voit harcelé par une de ses élèves Olga Janina, prétendue Comtesse cosaque de 26 ans. Après avoir tenté de le tuer parce qu’il ne voulait pas répondre à ses avances elle se voit expulsée de Budapest. L’ouvrage : on se l’arrache dès sa première publication en 1874, et il rencontra un tel succès qu’il n’y eut pas moins de 13 éditions sous différents titres et différents pseudonymes. Liszt et la Princesse Sayn-Wittgenstein en furent meurtris, citons cette dernière dans un courrier à Edouard Liszt : « le monde sait bien que le pamphlet de Janina est plein de fausseté ; mais qu’on dit que ce sont les détails qui sont faux » (1) Petit roman agréable à lire en raison de l’humour dont fait preuve l’auteur, ainsi évoquant Weimar « petite ville où les chaussettes du souverain sèchent sur les haies des frontières ». Janina est ouverte, intelligente et presque féministe. La première rencontre avec « X » (Liszt) donne le ton au roman, c’est un coup de foudre : « je revins malade, fascinée, éblouie ». Commence un harcèlement qui va durer des mois et qui la mène partout où Liszt de sa vie trifurquée se trouve, à Weimar, en Hongrie, à Rome : « je ne pouvais aimer qu’avec violence, frénésie … il serait à moi ou je le tuerai ». Elle nous fait découvrir son acharnement au travail et sa religiosité : « j’assistais tous les jours à la messe de 6 heures, placée dans l’ombre d’un confessionnal, je le regardais prier ». Son addiction la conduira à tous les excès : « je m’abaissais à un triste espionnage et ne cessait de l’épier jour et nuit jusqu’ à l’épuisement … enfin « X » paraissait. J’oubliais mon mal et ma douleur, je l’avais vu ! Je m’en retournais consolée, guérie, pour recommencer le lendemain » Elle dépense toute sa fortune et plus tard celle de sa fille pour séduire « X », elle le couvre de fleurs et va jusqu’ à le harceler à la Villa d’ Este où il s’ est réfugié. De toute évidence et à l’aveu de Janina, il refusait de donner suite. A l’époque, les lois contre le harcèlement sexuel n’existaient pas. Comment cela s’est il terminé ? « X » a-t-il cédé ? elle mentionne à la fin du livre une scène qui a fait scandale où « X » après la messe du Vendredi Saint l’enlace et l’étouffe de baisers. C’est la scène la plus chaude du livre, il n’y a aucune mention de rapports sexuels . Compte tenu de ses confessions débridées, s’ils avaient eu lieu, elle les aurait bien complaisamment mentionnés. Elle termine son livre méchamment comme marie d’Agoult avec Nélida en nous montrant un Liszt vaniteux, hypocrite, qui l’a ruinée parce qu’il aimait le luxe et tous ses raffinements « il m’a aimée pour ma richesse ». A-t-elle confondu Liszt avec Wagner ? Faut-il la croire ? Toute sa vie selon les biographes, n’est que mensonges. Les grands moments de son enfance qu’elle décrit dans les premiers chapitres font douter de la véracité des faits. Laissons à Olga Janina les derniers mots de cette histoire qu’elle place dans la bouche de « X », trop content de s’en être débarrassé après qu’elle eut tenté de le tuer parce qu’il refusait de répondre à ses avances : « la violence de vos sentiments trouble la paix qui est une des conditions de mon existence. Souffrez donc que je m’abstienne de recevoir vos étranges élucubrations jusqu’ au moment où vous aurez compris qu’il n’y a pas de bonheur possible en dehors de l’observation des lois divines. Il faudra aussi vous réconcilier avec votre sort, qui n’est d’ailleurs que le fruit de vos diverses imprudences ». Souvenirs d’une Cosaque par Robert Franz deuxième édition, librairie internationale Lacroix et Cie, éditeurs 1874 (1) Serge Gut Liszt FQM Franz Liszt fut-il un "séducteur"? Il fut une des premières victimes du « Rock Star System ». Bel homme, très séduisant, musicien doué, cultivé et éclectique dans ses savoirs, célèbre, charismatique et généreux, il ne lui manquait rien pour être courtisé à outrance, aujourd’hui nous dirions harcelé. Tous ceux qui le rencontraient étaient séduits. Parmi les multiples éloges, retenons en un tout simple, celui de l’écrivaine Georges Eliott en 1854 lors d’un voyage à Weimar, Liszt avait 43 ans : « Génie, bienveillance et tendresse rayonnent de toute son attitude, il maniait l’instrument avec calme et aisance et son visage était tout simplement magnifique » (1). Il fréquentait les salons, les milieux huppés où l’on rencontrait les femmes qui par leur fortune pouvaient être les plus élégantes, les plus séduisantes et les plus cultivées. Il avait l’embarras du choix et on lui a prêté beaucoup de conquêtes, cela continue encore aujourd’hui. Il existe un site faisant l’inventaire de toutes les femmes qu’il a côtoyées ou avec qui il a vécu sans faire le distingo sous le titre, Liszt, « Unions et enfants » Pour accéder à ce site cliquez ici Il avait un type de femme, pas toujours les plus jolies, mais toutes intelligentes et cultivées, avec souvent un faible pour les femmes inaccessibles soit par leur rang, soit par leur engagement dans leur mariage (Caroline de Saint Cricq, la Comtesse Marie d’Agoult, la Princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein ) . Il fut donc harcelé, courtisé jusqu’ à la folie, on ramassait ses bouts de cigare, lui coupait les cheveux, on l’observait au télescope, on l’épiait, le surveillait, on se pâmait. Et il en fut ainsi même dans sa vieillesse, citons Adelheid von Schorn, écrivaine allemande : « Je n ai jamais vu qu’avec dégout ce don qu’avait Liszt d’attirer les femmes. Cela n’eut point de cesse même dans sa vieillesse et il était pénible de constater qu’il se trouvait des femmes capables de regarder le vieillard comme une proie désirable….malheureusement je n’ ai vu que trop souvent comment les femmes se jetaient sur lui, si bien qu’ on aurait pu penser que les rôles étaient inversés » (2). Fut-il sensible à toutes ces démonstrations ? En profita-t-il ? A t-il eu ce que l’on appelle aujourd’hui une vie de coureur ? Que disent les principaux exégètes de Liszt ? Opposons ceux dont les ouvrages font référence sur notre compositeur. Si Serge Gut dans son livre Liszt est le plus accusateur et lui prête maintes conquêtes, Alan Walker dans son Franz Liszt considère qu’on lui en a données beaucoup trop sans preuves ; « pas une seule pièce véritablement probante n’a été mise à jour qui prouve que le lien de Liszt avec l’une de ces femmes a été de nature sexuelle ». Nous ne les départagerons pas, d’autant qu’il y a eu tant d’autres biographes qui se sont penchés sur la question sans trouver un consensus, même après avoir décortiqué sa volumineuse correspondance. Liszt n’était pas du genre à étaler ses exploits amoureux, restant toujours discret. Il faudrait définir par quoi démarre l’engagement amoureux. A la lecture de la pléthorique correspondance romantique, on se rend compte de l’emphase qui était mise dans les rapports humains, beaucoup de pleurs, d’embrassades et de mots d’amour sans qu’il n’y ait eu quoi que ce soit. Ainsi, citons George Sand concernant Liszt : « j’aime Franz c’est une partie de mon propre sang ». Liszt n’a jamais attrapé la syphilis contrairement à nombre de ses « collègues » artistes, pour ne citer que ceux qu’il a connus ou qui lui ont été contemporains : Beethoven, Paganini, Schubert, Heinrich Heine, Schumann, Flaubert, Baudelaire, Jules de Goncourt, Alphonse Daudet, Nietzsche, Gauguin, Guy de Maupassant, Rimbaud, Manet… Que disent celles qui l’ont bien fréquenté ? Marie d’Agoult et sa fameuse phrase : « je veux bien être votre maitresse, pas une de vos maitresses », Carolyne Sayn-Wittgenstein : « il aimait la compagnie des femmes parce qu’elles l’adulaient, le valorisaient et lui apportaient la consolation dont il avait besoin de l’acharnement dont il était victime de la part de la critique et de tant d’autres qui le jalousaient et n’avait de cesse de l’assassiner » (1). Lorsque vieillissante à Rome, jalouse et alimentée par toutes les rumeurs qui lui parvenaient elle lui écrivait, lui reprochant ses tardives aventures ; « cela gâtera votre biographie » (3). Enfin ses élèves disaient qu’il était de nature affectueuse avec la gente féminine et sans prêter à mal. Il a sans aucun doute été un grand séducteur, écartelé entre ses sentiments et sa vocation religieuse, mais pas un grand collectionneur ni un grand libertin. Les séducteurs n'ont pas forcément de rapports sexuels avec toutes celles qu'ils séduisent. Comme le dit la Princesse, Liszt était trop pris par son travail, sa musique et ses appétences religieuses. Ne serait-ce pas en raison de ce dernier élément qu’il suscita tant de rumeurs ? Franz Liszt a rejoint les franciscains en 1865, ne recevant que les ordres mineurs mais portant la soutane et il continuait à séduire parfois à son corps défendant comme ce fut le cas avec Olga Janina (voir ci-après). Peut-on imaginer plus croustillant pour alimenter les rumeurs et les conversations de salon, et cela continue encore aujourd’hui ! Alan Walker Franz Liszt Fayard Serge Gut Liszt Editions de Fallois Guy de Pourtales 1926 La vie de Franz Liszt ebooks-bnr.com Françoise Quédeville Marmey Yuncham Lim jeune pianiste virtuose mais déjà un immense interprète de Liszt Yuncham Lim jeune pianiste virtuose mais déjà un immense interprète de Liszt Je suis un paragraphe. Cliquez ici pour ajouter votre propre texte et me modifier. C'est facile.
- Sociètés et associations | Lola
Sociétés et associations lisztiennes dans le monde L'œuvre et la personnalité de Franz Liszt ont suscité dans de nombreux pays la création de sociétés et d'associations qui contribuent à faire vivre son héritage. Leurs activités sont multiples : concerts, festivals, conférences, publications, concours, actions pédagogiques, recherches musicologiques, rencontres entre interprètes et mélomanes ou encore préservation des lieux et documents liés au compositeur. Le répertoire présenté ici rassemble les principales organisations lisztiennes que nous avons pu identifier . Il n'a pas la prétention d'être exhaustif : certaines associations ont disparu, d'autres se sont transformées et de nouvelles initiatives continuent de voir le jour. FRANCE Sur les pas de Liszt Créée en 2012, l'association a pour ambition de mieux faire connaître la vie, l'œuvre et l'extraordinaire parcours européen de Franz Liszt. Elle organise notamment rencontres, conférences musicales et voyages sur les traces du compositeur. Sur les pas de Liszt Cliquer ici Les Lisztomanias de Châteauroux Créée en 2001, l'Association des Lisztomanias de Châteauroux œuvre à la connaissance et au rayonnement de Franz Liszt. Son festival, créé l'année suivante, associe concerts, conférences, rencontres, académies et actions de transmission auprès de nouveaux publics. Les Lisztomanias de Châteauroux Cliquez ici HONGRIE Liszt Ferenc Társaság — Société Franz Liszt La Hongrie, patrie de Liszt, possède naturellement l'une des plus importantes sociétés consacrées au compositeur. La Liszt Ferenc Társaság contribue à la connaissance et à la diffusion de son œuvre par des concerts, rencontres, publications et différentes manifestations musicales. Elle entretient également des relations avec les grandes institutions lisztiennes hongroises et avec le réseau international des sociétés Franz Liszt. Ferenc Liszt Society, Budapest. Cliquer ici AUTRICHE Franz Liszt-Verein Raiding Établie à Raiding, village natal de Franz Liszt, cette association autrichienne œuvre à la conservation, à l'étude et au rayonnement de son héritage. Sa situation au cœur même du lieu de naissance du compositeur lui confère naturellement une place particulière dans le réseau international lisztien. Franz Liszt-Verein Raiding Cliquez ici ALLEMAGNE Deutsche Liszt-Gesellschaft La Société allemande Franz Liszt rassemble interprètes, chercheurs et amateurs autour de la connaissance de la vie et de l'œuvre du compositeur. Très liée à Weimar, ville essentielle dans la carrière de Liszt, elle organise rencontres et manifestations et participe activement à la recherche et à la diffusion des connaissances. Elle publie notamment le Liszt-Jahrbuch et Forum Liszt. Deutsche Liszt Gesellschaft. Cliquer ici ROYAUME-UNI The Liszt Society Fondée à Londres en 1950 à l'initiative du compositeur et musicologue Humphrey Searle, puis reconstituée en 1970, la Liszt Society britannique compte parmi les plus anciennes sociétés lisztiennes toujours actives. Elle encourage l'étude de la vie et de l'œuvre de Liszt ainsi que l'interprétation, l'enregistrement et la publication de sa musique. Ses activités comprennent concerts, concours, conférences et publications. The Liszt Society, Londres. Cliquer ici ÉTATS-UNIS The American Liszt Society Fondée en 1964, l'American Liszt Society constitue l'un des réseaux lisztiens les plus importants hors d'Europe. Elle rassemble pianistes, enseignants, chercheurs, étudiants et mélomanes et possède plusieurs sections régionales aux États-Unis. Festivals, récitals, conférences et concours accompagnent une importante activité éditoriale, notamment à travers le Journal of the American Liszt Society. American Liszt Society Cliquer ici ITALIE Fondazione Istituto Liszt. Fondé en 1997 à l'initiative de la musicologue Maria Rossana Dalmonte, l'Istituto Liszt de Bologne est devenu en 2010 la Fondazione Istituto Liszt. Il constitue aujourd'hui l'un des principaux centres italiens consacrés à Franz Liszt et à son environnement musical européen au XIXᵉ siècle. La Fondation développe conjointement recherche musicologique et interprétation. Elle dispose d'une bibliothèque et d'archives spécialisées, organise concerts, conférences et colloques internationaux, publie les Quaderni dell'Istituto Liszt, attribue un Prix Liszt consacré à la recherche et soutient différentes initiatives musicales et universitaires. Très présente dans le réseau lisztien italien et international, elle a également apporté son concours ou son patronage à diverses manifestations consacrées au compositeur, notamment au Festival Liszt de Grottammare. Fondazione Istituto Liszt Cliquez ici POLOGNE Towarzystwo imienia Ferenca Liszta — Société Ferenc Liszt de Pologne Installée à Wrocław, la Société Ferenc Liszt de Pologne contribue à faire connaître l'œuvre du compositeur auprès du public polonais. Elle organise notamment les Wieczory Lisztowskie — « Soirées Liszt » — consacrées à Liszt et au répertoire pianistique qui l'entoure. Société Ferenc Liszt de Pologne Cliquer ici SUISSE Schweizerische Liszt-Gesellschaft — Société suisse Franz Liszt La Société suisse Franz Liszt participe au réseau international des organisations consacrées au compositeur. Elle contribue, par ses activités et ses échanges avec les autres sociétés européennes, à maintenir vivante la présence de Liszt auprès du public suisse. Société suisse Franz Liszt Cliquez ici PAYS-BAS Liszt Kring Le Liszt Kring rassemble aux Pays-Bas des musiciens et amateurs de Franz Liszt. Il contribue à la connaissance de son œuvre et s'inscrit dans le réseau européen des associations et sociétés consacrées au compositeur. Liszt Kring Cliquez ici CHINE The Liszt Society China Une branche chinoise de la Liszt Society britannique témoigne du développement considérable de l'intérêt pour Liszt en Asie. Elle participe à la diffusion de son œuvre et aux échanges entre le monde musical chinois et le réseau international lisztien. The Liszt Society China Cliquez ici JAPON The Liszt Society Switzerland–Japan Cette société originale établit un lien entre la Suisse et le Japon autour de Franz Liszt. Elle favorise la connaissance et l'interprétation de sa musique ainsi que les échanges culturels internationaux, notamment à travers concerts, rencontres et voyages. The Liszt Society Switzerland–Japan Cliquez ici UN RÉPERTOIRE APPELÉ À S'ENRICHIR La présence de Franz Liszt dans le monde ne se limite naturellement pas aux organismes mentionnés ici. Des associations locales, festivals, cercles de mélomanes et initiatives nouvelles poursuivent également son œuvre de transmission. Nous avons volontairement privilégié les sociétés et associations dont l'existence et l'activité ont pu être suffisamment établies, plutôt que de reproduire des annuaires anciens dont certaines références sont aujourd'hui incertaines. Vous représentez une société ou une association consacrée à Franz Liszt qui ne figure pas dans ce répertoire ? Nous serons heureux de compléter cette page. Vous pouvez nous communiquer le nom de votre organisation, son pays, ses principales activités ainsi que l'adresse de son site Internet. Pour nous contacter Cliquez ici Retour vers connaître Liszt Cliquez ici
- Liszt et Rome inspirations | Lola
Les pistes d'inspiration de Franz Liszt à Rome À Rome, plusieurs lieux sont directement liés aux séjours de Franz Liszt, surtout à partir des années 1860, lorsqu’il partage son temps entre Rome, Weimar et Budapest. Voici les principaux sites à retenir : Villa d’Este à Tivoli — probablement le lieu d’inspiration lisztienne le plus important autour de Rome. Liszt y séjourne régulièrement comme invité du cardinal Gustav Adolf Hohenlohe. Les jardins, les jeux d’eau et les fontaines nourrissent notamment Les Jeux d’eaux à la Villa d’Este, pièce du troisième volume des Années de pèlerinage. C’est le site incontournable si votre intérêt porte sur le rapport entre paysage et musique. Église Santa Francesca Romana — Liszt y reçoit les ordres mineurs en 1865. Le lieu témoigne de la dimension religieuse de sa période romaine, essentielle pour comprendre ses œuvres sacrées et la spiritualité de ses dernières décennies. Basilique San Giovanni in Laterano — le monde religieux romain et la liturgie catholique occupent une place importante dans la vie de Liszt à Rome. Saint-Jean-de-Latran fait partie de cet environnement spirituel et artistique qui accompagne son projet de renouvellement de la musique d'Église. Madonna del Rosario à Monte Mario — Liszt loge dans le monastère de Santa Maria del Rosario sur le Monte Mario à partir de 1863. Le calme du lieu, alors nettement plus retiré du centre urbain qu'aujourd'hui, correspond à sa recherche de solitude, de contemplation et de travail. Le Vatican et la basilique Saint-Pierre — Liszt fréquente les milieux ecclésiastiques romains et rencontre le pape Pie IX. Rome représente pour lui non seulement une ville d'art, mais aussi le centre d'une réflexion sur la musique sacrée et la foi catholique. Le Colisée et la Rome antique — les monuments antiques participent à l'imaginaire romain de Liszt. Plus largement, ruines, art chrétien, légendes et histoire de l'Italie avaient déjà nourri le deuxième volume des Années de pèlerinage consacré à l'Italie. Il faut distinguer Rome même de Tivoli, située à une trentaine de kilomètres : pour une visite véritablement « sur les traces de Liszt », je privilégierais Monte Mario → centre religieux de Rome → Tivoli/Villa d’Este, cette dernière offrant le lien le plus immédiatement perceptible entre un lieu précis et une œuvre de Liszt. la villa d'Este à Rome La Villa d'Este ne se trouve pas dans le centre de Rome, mais à Tivoli, à environ 30 km à l'est de Rome. C'est l'une des plus belles excursions à faire depuis la capitale italienne. Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2001, elle est célèbre pour ses jardins Renaissance et ses centaines de fontaines monumentales, alimentées uniquement par la gravité, sans pompes mécaniques. Elle est considérée comme un chef-d'œuvre de l'art des jardins italiens et a inspiré de nombreux parcs en Europe. Parmi les incontournables : la Fontaine de Neptune ; l'Allée des Cent Fontaines ; la Fontaine de l'Orgue, qui produit de la musique grâce à un ingénieux système hydraulique ; les salons du palais, décorés de magnifiques fresques du XVIᵉ siècle. Comment s'y rendre depuis Rome : en train depuis Roma Termini jusqu'à Tivoli, puis environ 15 minutes à pied ; ou en bus depuis la station Ponte Mammolo (métro ligne B). Si vous disposez d'une journée, il est également possible de combiner la visite avec la Villa Adriana (Villa d'Hadrien), un autre site exceptionnel de Tivoli. Souhaitez-vous un itinéraire d'une journée au départ de Rome incluant la Villa d'Este et la Villa Adriana ? pistes d'inspiration de liszt à la villa d'este La Villa d'Este a profondément marqué le dernier Liszt. À partir des années 1860, il séjourne régulièrement à Tivoli, invité par le cardinal Gustav Adolf von Hohenlohe, qui résidait dans la villa. C'est là qu'il compose plusieurs pages de la Troisième année des Années de pèlerinage, où le paysage devient une véritable méditation spirituelle. Les principales sources d'inspiration sont les suivantes : Les fontaines Les cascades, les jets d'eau et leurs jeux de lumière inspirent Les Jeux d'eaux à la Villa d'Este (Les jeux d'eau à la Villa d'Este). Les arpèges scintillants du piano évoquent le ruissellement de l'eau, mais l'œuvre dépasse la simple peinture sonore : Liszt y associe une dimension mystique en inscrivant en exergue une citation de l'Évangile selon saint Jean (« l'eau vive »), symbole de la vie éternelle. Les cyprès Les immenses cyprès de la villa inspirent les deux pièces Aux cyprès de la Villa d'Este I et II (Thrénodies). Chez Liszt, ces arbres deviennent des symboles de mémoire, de deuil et d'éternité. Leur verticalité semble relier la terre au ciel dans une méditation sur la mort et la transcendance. Le jardin comme lieu de contemplation Contrairement au Liszt virtuose de sa jeunesse, le Liszt des années 1870 recherche le silence et la réflexion. Les promenades dans les terrasses, les perspectives et les jeux d'ombre des jardins nourrissent une musique beaucoup plus épurée, où chaque harmonie semble suspendre le temps. La spiritualité Après avoir reçu les ordres mineurs en 1865, Liszt est profondément marqué par sa foi. La Villa d'Este devient pour lui un lieu où la beauté de la nature révèle le divin. Les fontaines ne représentent plus seulement l'eau, mais aussi la grâce, le baptême et le renouveau spirituel. Une œuvre visionnaire Les harmonies de Les Jeux d'eaux à la Villa d'Este annoncent déjà l'impressionnisme de Debussy et surtout de Ravel. Beaucoup de musicologues considèrent cette pièce comme l'une des œuvres qui ont ouvert la voie à une nouvelle écriture pianistique, fondée sur la couleur sonore plus que sur la virtuosité. Vous pouvez également écouter cette œuvre : En visitant la Villa d'Este, il est intéressant de suivre un parcours « lisztien » : commencer par les cyprès, descendre vers l'Allée des Cent Fontaines, puis terminer devant la Fontaine de Neptune. On comprend alors comment Liszt a transformé l'eau, la lumière et le paysage en une musique d'une modernité étonnante.
- Les trois études de concert | Lola
Les trois études de concert Un sospiro Cette pièce appartient à la veine sentimentale de Liszt. D’ailleurs, l’édition française lui donne le titre de Caprice poétique. On y entend toujours le même motif, mais avec des expressions différentes : gracieux, harmonieux, passionné, impétueux, languide … À l’interprète de faire en sorte que l’on ne ressente pas de monotonie. Mais c’est aussi une étude, de concert, donc destinée à être jouée en public, ce qui signifie une difficulté technique à vaincre. Ici le thème est accompagné de grandes vagues de harpe réalisées aux deux mains. Et chaque note du thème est jouée alternativement par chaque main lorsqu’elle n’est pas occupée à l’accompagnement. Ce véritable tour de prestidigitation est appelé le procédé de la « troisième main ». Il a été abondamment utilisé par son rival Thalberg, et inspiré par un harpiste virtuose, Parish Alvars. La difficulté pour le pianiste est qu’une main ne bouge pratiquement pas (la droite) alors que l’autre effectue de grands déplacements (la gauche), et que cela ne doit pas nuire à la fluidité de la mélodie. La ronde des lutins Cette pièce est ce qui a été fait de mieux dans le genre léger et bondissant. On y admire aussi les sons que Liszt tire du registre aigu du piano. Signalons que le titre original allemand est « Gnomenreigen », la ronde des gnomes. Ce qui veut dire que ces lutins ne sont pas forcément des créatures bienveillantes. Aussi cela grince au début, par des frottements de dissonances. Puis on entend des éclats de rire, et la pièce est en fait une alternance de moments grinçants et d’éclats de rire. Quant à la difficulté technique, il n’y a qu’à regarder et écouter pour comprendre pourquoi cette pièce est si appréciée des virtuoses.
- autour de Liszt
Décourir Liszt, ses oeuvres sa vie, ses amis ses amours ... Lang Lang joue Czerny Lang Lang "l'école de la vélocité" Czerny Op. 299, 1. Presto Voir sur YouTube Cliquez ici Carl Czerny : Piano Concerto N°.1 in D minor Allegro molto agitato Concession Naxos of America Pour écouter sur You Tube Cliquez ici Franz Liszt au piano "Ein Matinée bei Liszt" -1846 Face à lui, Czerny et Berlioz Liszt et Sainte Cécile L'histoire de Saint Cécile Ste Cécile qui vécut à Rome avait réussi à préserver sa virginité bien que mariée et à convertir son mari et d´ autres au christianisme ce qui lui valut d'être condamnée à mort. Le légende raconte qu’ allant au martyre elle entendit une musique céleste. Cette anecdote en fera la patronne des musiciens . En 1585, quelques siècles après, elle fut faite patronne de la fameuse Académie nationale de Rome consacrée à la musique, l’ une des plus anciennes sociétés musicales du monde qui gère aujourd’hui hui l’ Orchestre nationale de Sainte Cécile . Cette consécration faite à Sainte Cécile, une femme, n’ a pas sauvé Maria Rosa Croccia (1759-1833) grande musicienne et compositrice italienne. En 1716 le Pape Clément Xl avait décrété que toute personne pratiquant la musique devait s´inscrire à l'Accademia et réussir l’ examen pour devenir Maître de Chapelle. A 16 ans Maria Rosa Croccia réussit brillamment cet examen mais l’ entrée lui en fut interdit parce que femme. On y joua néanmoins quelques unes de ses pièces. Liszt Écrivain et la Sainte Cécile de Raphaël Liszt y consacre la 11ieme Lettres d’ un Bachelier ès musique . Marie d’ Agoult l’ aurait écrite sous l´égide de Liszt. La première fois que le couple vit ce tableau à Bologne en 1839, ils n’ en furent pas enchantés surtout Marie qui le critiqua vivement et Liszt à qui le visage de Ste Cécile ne plaisait pas trop. Or la surprise arrive lorsque quelques mois plus tard, Liszt et Marie écrivent la fameuse 11ieme lettre du bachelier, très élogieuse à l’ égard du tableau de Raphaël . Nous citons…. "je crus reconnaître un symbolisme admirable et complet de l’ art auquel nous avons voué notre vie.. " "N’ eussiez - vous pas vu ainsi que moi dans cette noble figure le symbole de la musique à son plus haut degré de puissance". Pourquoi, que s’ est il passé entre temps ? Ceux qui auront la chance de faire le voyage en Italie avec Le conférencier, écrivain Jean-Claude Menou, pourront découvrir le tableau et peut être percer le mystère Voir le programme du voyage "Sur les pas de Liszt et Marie d'Agout en Emilie Romagne et Toscane en mai 2021 "Pour en savoir plus Cliquez ici Liszt compositeur inspiré par Sain te Cécile Deux œuvres : - La transcription pour piano de Liszt, librement inspirée de la Messe de Sainte Cécile de Gounod , que vous pouvez suivre tout au long de sa partition Cliquez ici - Une œuvre composée en 1875 pour soprano solo et orchestre, en langue française et très rarement interprétée, mais qui a été chantée par Karine Deshayes sous la direction de Laurence Equilbey, La légende de Sainte Cécile Cliquez ici Maria Rosa Coccia, 1759-1833 claveciniste et compositrice italienne Sainte Cécile par Raphaël Cosima Liszt Wagner, comment déshériter sa fille, un sujet toujours d'actualité Cosima Liszt Wagner, comment déshériter sa fille, un sujet toujours d'actualité Franz Liszt appelait sa fille « ma terrible fille » Le fut-elle jusqu’ à déshériter sa propre fille Isolde, la première qu’elle eut avec R.Wagner tout en étant encore mariée et vivant avec son premier mari Hans Von Bülow qui reconnut Isolde, prêt à tout pardonner à Cosima ? Isolde eut la fâcheuse idée d’épouser un chef d’orchestre suisse Franz Beidler qui risquait de faire de l’ombre à Siegfried, le dernier rejeton que Cosima eut avec Wagner et l’unique de sexe masculin de ses cinq enfants *. C’est donc à ce dernier, Siegfried qu’il incombait d’assurer une « digne » descendance d’autant qu’il a choisi de travailler dans le même secteur que papa, la musique et qu’il se piquait d’être chef d’orchestre comme Franz Beidler, mari d’Isolde. Il y en avait un de trop, ce fut Franz qui fut chassé de Bayreuth par sa belle mère Cosima. En 1909, Isolde très fâchée, intenta un procès à sa mère pour être reconnue fille biologique de Wagner, ce qu’elle était, et avoir sa part d’héritage. Hélas Hans Von Bülow l’ayant déclarée comme sa fille, elle fut déboutée. Cette affaire poussa enfin Siegfried toujours célibataire à 46 ans à se marier et à avoir des enfants. Ouf la descendance est assurée mais plus jamais on osa évoquer le nom d’Isolde sur la colline. A lire Cosima Wagner, la maitresse de la colline par Oliver Hilmes *Pour mémoire, les deux premières dont le père est Hans Von Bülow, Daniela 1860/1940 et Blandine 1863/1941 et les trois derniers dont le père est Richard Wagner, Isolde 1865/1919, Eva 1867/1942 et Siegfried 1869/1930 Liszt et Wagner Cosima avec son fils Seigfried, le futur chef d'orchestre Isolde, fille de Cosima, épouse de Franz Beidler, chef d'orchestre Un sujet qui déchaîne parfois les passions. En effet, il y a encore quelques wagnériens passionnés (voire intégristes ?) qui opposent Liszt à Wagner en mettant à mort le premier pour mieux glorifier le second ... Sujet à mon avis bien stérile sur lequel je n' épiloguerai pas, ils sont incomparables. Néanmoins, je soumets à votre réflexion la dernière page de l' avant-propos de Georges Liébert à la passionnante Correspondance Franz Liszt / Richard Wagner, édition Gallimard 2013, présentée et annotée par Georges Liébert: "aujourd'hui, si le canon de la littérature pianistique comprend plusieurs œuvres de Liszt, ses ouvrages symphoniques et choraux (...) ont presque disparu des programmes de concerts mais l’homme est quasiment sanctifié, tandis que Wagner dont les opéras ne quittent pas l’affiche, est diabolisé. Notre époque a donc plus d’indulgence pour les défauts et les faiblesses de Liszt que pour les qualités de Wagner. Puisse cette édition de leur correspondance contribuer à rétablir entre eux l' équilibre". Et Liébert d' enchaîner dans une note en bas de page sur l' œuvre en deux volumes d' Alan Walker ...en la qualifiant « d' hagiographie lisztienne entachée de nombreuses erreurs ». Reprenant ainsi la critique de Serge Gut auteur d’un des livres concurrents intitulé Liszt. Toujours dans la veine Liszt et Wagner : Les deux mages de Venise de Philippe André éditions Le Passeur 2015 qui conte « le récit du périple imaginaire de deux génies romantiques Liszt et Wagner dans le labyrinthe vénitien » Pour en savoir plus consultez sur le net « Luminesciences » le Blog de Jean-Pierre Luminet astrophysicien qui vous donnera vraiment envie de le lire. https://blogs.futura-sciences.com/luminet/2015/02/22/les-deux-mages-de-venise-par-philippe-andre/ FQM liszt-franz.com Jean-Yves Clément ; "Les romantiques étaient les premiers écologistes" Propos recueillis par Claire Julliard BIBLI OBS Philosophe, musicien, auteur d’essais sur Liszt et Chopin, le co-fondateur du Passeur Editeur est aussi le directeur artistique du «Nohant Festival Chopin» présidé par Yves Henry. Dans le domaine de George Sand, au charme champêtre intact, celui-ci convie chaque année en juin et juillet des talents internationaux. A travers causeries-rencontres et spectacles littéraires et musicaux, la manifestation propose sa vision d’« un romantisme nature». Entretien avec Jean-Yves Clément. BibliObs. Qu’est-ce qui vous a conduit à reprendre ce festival, dont ce sera cette année la 52e édition ? Jean-Yves Clément. Je suis depuis toujours amoureux de Chopin. J’allais chaque année comme en pèlerinage à Nohant, à une heure de Bourges où je suis né. Je m’imprégnais de l’atmosphère de ce lieu magique où il a composé ses plus grands chefs d’œuvre entre 1839 et 1947, à son retour de Majorque avec George Sand. Je n’imaginais pas alors reprendre un jour le festival ! Nous y avons été nommés ensemble en 1995, Yves Henry et moi. Nohant c’est à la fois le piano, la littérature, l’art… on n’était pas trop de deux pour s’en occuper. A l’époque, la manifestation occupait les week-ends de juin. On l’a prolongée jusqu’au 24 juillet et on y a introduit des causeries avec des écrivains, des penseurs des musiciens, des comédiens, Jean-Claude Brialy, Régine Desforges, Françoise Chandernagor pour ne citer qu’eux. Par la suite j’ai aussi lancé «lesLisztomanias» à Châteauroux dans la même région En savoir plus... . Liszt est venu deux fois à Nohant, où George Sand avait créé de manière spontanée la première communauté naturelle artistique de l’histoire. On sent chez vous une admiration pour George Sand… Oui j’admire sa modernité, sa liberté d’esprit qui pouvait en remontrer à tous les hommes qu’elle croisait. Balzac, Flaubert ou Delacroix faisaient quarante heures de diligence pour rendre visite à cette femme d’un mètre cinquante qui les toisait avec affection. Cette romancière de valeur était dotée d’un incroyable magnétisme, d’une grande vivacité, d’une générosité d’âme et d’un sens de l’amitié inégalable. Elle était supérieure à tous ces hommes sur tous ces points. Flaubert se faisait tout petit devant elle. Le Passeur republie leur correspondance en octobre. C’est une véritable leçon de vie. Dans cet échange entre deux génies, Sand a toujours le dernier mot avec sa vision de la vie, qui, pour elle, est plus grande que l’art. Les plus grands écrivains de l’époque la tenaient en grande estime. Balzac souhaitait qu’elle préface «La Comédie humaine». Hugo a fait son éloge funèbre. Vous reconnaissez-vous dans le Romantisme ? Oui, mais pas au sens convenu du terme. Le Romantisme est un mouvement de révolte contre l’ordre établi, il a parfois pris une tournure violente comme lors de l’insurrection de 1830. Liszt est allé au chevet des Canuts de Lyon, il est monté sur les barricades. Sand s’est engagée dans la Commune. Les Romantiques étaient des êtres audacieux, téméraires, rebelles, anti-bourgeois. Les valeurs qu’ils ont exaltées au XIXe siècle restent des valeurs éternelles. Je me sens proche de cette subjectivité romantique qui est au cœur de l’homme et qui a engendré des chefs d’œuvre. Pour le festival, j’ai inventé ce slogan de «romantisme nature» car les Romantiques étaient les premiers écologistes. Ils ont aimé la nature, y ont trouvé refuge et l’ont exaltée dans leurs œuvres. Le Domaine de Nohant à lui seul symboliserait-il ce mouvement ? Oui, le lieu-dit est connu dans le monde entier. La gentilhommière a gardé son charme initial, sa simplicité. Sa grande bergerie a été rénovée, elle contient quatre cents places. C’est là que sont donnés les concerts. Les plus grands pianistes y sont venus: Cziffra, Samson François, Rubinstein. L’édition 2018 accueillera entre autres pianistes Fazil Say, Marc-André Hamelin, Seong-Jin Cho. Fabrice Luchini s’y produira pour un concert littéraire avec Henri Demarquette au violoncelle et Vanessa Benelli Mosell au piano. Pour son «récit initiatique» autour de Chopin, Eric-Emmanuel Schmitt sera accompagné par Nicolas Stavy au piano. Et Marie-Christine Barrault donnera une lecture musicale des romans champêtres de George Sand avec Yves Henry au piano. Grâce à eux, l’esprit de la Bonne Dame reste présent à Nohant. Propos recueillis par Claire Julliard BIBLIOBS https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20180430.OBS5965/les-romantiques-etaient-les-premiers-ecologistes.html Jean-Yves Clément a fait paraître en 2017 une édition revue et augmentée de son essai Les Deux Âmes de Frédéric Chopin (le Passeur Editeur) Informations pratiques : www.festivalnohant.com Gravure Maurice Sand - Domaine de Nohant "Le Monde illustre" de 1857. "Il y a des heures où je m'échappe de moi, où je vis dans une plante, où je me sens herbe, oiseau, cime d’arbre, nuage, eau courante, horizon, couleur, formes et sensations changeantes, mobiles, indéfinies ; des heures où je cours, où je vole, [...], où je brille avec les étoiles et les vers luisants, où je vis enfin dans tout ce qui est le milieu qui est comme une dilatation de mon être". George Sand Ecoutez "Le monde en un jardin" sur France Culture Cliquez ici... George Sand Festival Nohant Chopin Chaque année en juin et juillet www.festivalnohant.com Nicolas Dufetel : Richard Wagner par Franz Liszt Merci Nicolas, ce sont tout à fait les informations que nous apprécions pour la dynamique de ce site. Un livre que nous allons vite acquérir en attendant la correspondance entre Liszt et le Grand-Duc de Saxe-Weimar FQM "Chers amis, un grand bravo pour ces belles initiatives! Je réagis juste : il n’y a pas de « secret » de recherches, puisque justement, tout est publié publiquement! Vous en trouverez la liste ici (livres, articles) : http://www.iremus.cnrs.fr/fr/membres-permanents/nicolas-dufetel . Juste deux petites précisions: 1) je vous signale mon édition des textes de Liszt sur Wagner chez Actes Sud, avec un essai sur le rapport entre les deux musiciens, et 2) il n’y a pas de traduction à faire de La Mara : ses volumes (qu’on trouve en ligne maintenant, sur archive.org notamment) contiennent les lettres de Liszt dans les langues qu’il a utilisées (français et allemand). Malheureusement, ces volumes sont loin de contenir toutes les lettres qu’il a écrites, et La Mara a opéré des censures, modifications, etc. Je m’occupe actuellement de la correspondance entre Liszt et le grand-duc de Saxe-Weimar, Carl Alexander, 598 lettres (quand La Mara en a publié seulement 203 il y a un peu plus de 100 ans!). Au plaisir de vous retrouver aux Lisztomanias, avant la croisière! Bien amicalement". Nicolas Dufetel Franz Liszt et la science Liszt contemporain de Charles Darwin (1809- 1882), d' Alfred Wallace ( 1823-1913), esprit éclectique dans un siècle riche en découvertes et en progrès, l' électricité, la locomotive, le téléphone ... quels furent ses contacts avec les scientifiques, a-t-il eu connaissance des théories de Darwin, a t' il participé aux débats évolutionnistes suite à la parution en 1859 de l' Évolution des Espèces? Ce sujet m' intéresse beaucoup, s'il a été abordé dans l' une de vos lectures je serais ravie que vous m' en donniez les références. Allez à la rubrique "commentez/contribuez" et laissez votre message FQM Les femmes de Liszt, thème du festival des Lisztomanias de Châteauroux octobre 2023 Lisztomanias 2023, un très grand crû Un avis unanime au niveau de tous les spectateurs qui ont eu la chance d’ assister aux Lisztomanias 2023 « les femmes de Liszt » dont les concertistes furent toutes des femmes. Cela nous a permis de constater qu’ il y a de grandes lisztiennes parmi les pianistes d’ aujourd’hui qui, avec un supplément d’ âme et d’ engagement, nous permettent de goûter différemment les œuvres du grand compositeur . Les Lisztomanias 2023 ont ainsi compensé le festival 2022 où il n’ y eut qu’ une seule invitée femme, Marie Vermeulin. Nous pouvons espérer que l’ an prochain, il y aura la parité à Châteauroux comme elle existe pour d’ autres festivals consacrés à Liszt ainsi de « Liszt en Provence » ou de la biennale Listz à Weimar. Françoise Quédeville Marmey Vous avez besoin de vous remémorer la place des femmes dans la vie de Liszt Cliquez ici Pour accéder au site internet des Lisztomanias de Châteauroux Cliquer ici Les très riches heures des Lisztomanias 2023 Le "billet" de Marie Hutin Pouvions-nous imaginer au XIXe siècle un tel enchantement musical deux cents ans plus tard ? Pouvions-nous imaginer que Franz Liszt, « la plus grande force musicale du XIXe siecle » selon Nicolas Dufetel, lors de cette rencontre internationale 2023 susciterait autant de considération et d'échanges ? Sous le signe de l'excellence, osons le dire, les Lisztomanias ont eu à cœur , cette saison, d'aborder le sujet des femmes qui ont été proches de notre compositeur, ont œuvré pour lui, ont su transmettre sa mémoire et furent connues grâce à lui: Inspiratrices, épistolières, romancières ,... femmes aimées, créatrices, amies ,... femmes demeurées dans son rêve ...; élèves, disciples, « membres de la petite église dispersée » (1) , mécènes, confidentes ; femmes pianistes, compositrices, cantatrices,... soutenues par Liszt, encouragées, recommandées et admirées. « Quand on ouvre une partition, on est devant du beau » (2) … Au cœur et à la source de notre séjour lisztien, les Cours d'Interprétation de Bruno Rigutto, épiphénomènes de sa réflexion et de son intériorité artistique, n'ont eu de cesse, à travers trois jeunes pianistes au féminin, de nous rendre plus familières encore les œuvres jouées. Au sein de cette Chapelle où règne une alchimie toute lisztienne, l'exigence de l’interprétation transmise par Bruno Rigutto fût dotée du don d'élever le jeu sans jamais vouloir changer la particularité de chacune. De Bach à Prokofiev, Rameau, Haydn, Chopin, Shumann, Liszt, Franck,Debussy , Ravel … Et pour terminer ce voyage musical du XVIIe au XXe siècle, le Concerto n° 2 de Rachmaninov sur deux pianos, … moment intense, dans la pensée que nous étions de cette rencontre prévue à la fin de l'année 1886 entre F. Liszt et le tout jeune Rachmaninov et qui n'a pu avoir lieu... « Liszt est plus que la musique, Liszt va au-delà de la musique ». Ces mots de Nicolas Dufetel nous invitent à nous pencher vers le regard qu'il nous propose, regard incarné, regard sensible sur l'homme qui rassembla en lui l'art virtuose, la création dans toute sa splendeur, l'écriture, mais aussi le questionnement intérieur, secret, constant,... et l'élan spirituel, source intarissable de son œuvre. Tout ce qu'il porte en lui, il le donne. Et c'est ici que Nike Wagner dans un dialogue avec N. Dufetel nous a offert des éléments de réflexion précieux, indispensables à notre compréhension de l'histoire lisztienne et de Liszt lui-même. Les liens entre Liszt et Clara Schumann, éclairés par Brigitte François-Sappey , nous ont montré à quel point Liszt était non seulement concerné par les artistes de son époque, mais nourrissait des liens tangibles, affectueux, amicaux , reconnaissants. La ville aux six pianos... Les pianos de Vincent Bergerault, spécialement dédiés aux Lisztomanias, posés ici et là, au fil des évènements, en toute discrétion. De la Chapelle F. Liszt, au Saint Hubert, à l'Equinoxe et autres lieux, Châteauroux fait sonner en son sein le rêve de Liszt et de George Sand. Six pianos réglés avec finesse ont reçu la pensée musicale de pianistes, si différentes les unes des autres et dédiant à nos sens leur propre rencontre avec Franz Liszt, Clara Schumann, Sophie Menter, Adèle aus der Ohe, etc... La reconnaissance de Franz Liszt pour ses pères, les sources littéraires, spirituelles et émotionnelles dont il s'imprègne, l'envie d'être acteur de cette offrande musicale ravive en nous ce moment unique du récital d'Anne Queffelec, évoquant le monde dans lequel nous vivons , puis jouant dans un recueillement collectif – silence absolu chargé de sens, des transcriptions de Bach, Haendel, ainsi que Scarlatti et Beethoven. Le décor est posé. Tout au long de cette semaine d'octobre, les sons s'envolent puis retombent, s'enfouissent et se posent et viennent chercher en nous l'écho... tout comme peut-être nous cherchons en eux la vibration intérieure. Noblesse de Véronique Bonnecaze dans Liszt , Chopin, Rachmaninov et Schubert … Fraîcheur et profondeur de Lynn Renouil-Hata, seize ans, en duo avec Eliane Reyes dans l'Elégie n° 1 pour violoncelle et piano de Liszt. Enfin, dans un partage chaleureux de ce qui l'anime, Béatrice Berrut a joué cet « élan d'amour » de Robert pour Clara Schumann qu'est la sonate en fa dièze mineur op.11, intitulée « Pour Clara... », ainsi que les deux ballades de Liszt. Toutes ces œuvres aimées, travaillées et pensées venant s'unir au passé musical de la Chapelle Franz Liszt. Dans une mise en scène étincelante, sombre ou chatoyante , mouvante et parfois symbolique, les récitals de L'Equinoxe de Châteauroux ont suscité l'enthousiasme d'un public curieux , souvent connaisseur à qui était proposé l'argument d'un émerveillement nouveau. Mariam Batsashvili, habitée par Liszt, théâtrale et authentique, nous a donné l'impression d'un jeu au delà du jeu, nous faisant peut-être approcher le sentiment de la « Lisztomanie » provoquée voici deux siècles par le jeu de Liszt lui-même... Autre période de la vie de Liszt, tant espérée, tant attendue par lui-même, celle de l'écriture de son œuvre. « Les harmonies poétiques et religieuses », sous les doigts de Saskia Giorgini suggérant avec art l'atmosphère de chaque poème de Lamartine, de chaque prière. Son jeu, empreint de délicatesse, de profondeur, de vérité et de fluidité nous entraîne loin en nous-mêmes et au-delà de nous-mêmes dans cette vision poétique. Enfin, les doigts de velours de Etsuko Hirose , irisent et scintillent, effleurent les touches dans la lumière dorée, éveillant notre admiration, retenant notre souffle, comme un rêve, entre temps et éternité, entre matière et immatérialité … Les perceptions erronées et les légendes cèdent désormais la place à une appréciation nouvelle de l'étendue de la personnalité de Liszt ainsi que de l'ampleur de son oeuvre. Et pour conclure notre sujet, nous aimons à dire que les liens avec Marie d'Agoult d'une part, puis avec Carolyne de Sayn-Wittgenstein d’autre part, furent instigateurs d’une force créatrice considérable et indomptable. « La musique de Liszt est une musique ouverte » nous dit Serge Gut, « il ouvre des voies, conclut N.Dufetel, qui ont permis à d'autres de s'en inspirer ». Il y aurait encore tant à dire, mais il y eut tant à vivre ! Marie Hutin, membre de SPL (1) : F. Liszt (2) : B. Rigutto Marie Hutin Nicolas Dufetel et Nike Wagner Brigitte François-Sappey Anne Queffelec Etsuko Hirose Françoise Quédeville Marmey Lisztomanias
- Introduction | Lola
CONNAITRE LISZT Bibliographie Nous avons sélectionné pour vous 70 ouvrages dans l'immensité des publications qui ont été réalisées sur Franz Liszt. Ces ouvrages ont servi à constituer ce site de vulgarisation et sont accessibles chez différents éditeurs que vous retrouverez facilement sur le Web. Pour faciliter votre accès à la "matière" lisztienne nous avons mis en oeuvre une classification : une selection d'ouvrages pour une première découverte, des ouvrages de référence, les correspondances de Franz Liszt, les oeuvres littéraires de Franz Liszt et tous les autres ouvrages qui ont été écrits à son sujet. Pour en savoir plus Cliquez ici Sur le Web Internet est aujourd'hui une formidable porte d'entrée dans l'univers de Franz Liszt. Émissions de radio, podcasts, documentaires, concerts, guides d'écoute, partitions, manuscrits et correspondances permettent de découvrir Liszt de multiples façons — et le plus souvent gratuitement. Cette sélection privilégie des ressources accessibles et de qualité pour tout niveau, susceptibles de donner envie de découvrir Liszt ou d'approfondir sa connaissance. Pour en savoir plus Cliquez ici Musées lisztiens Grand voyageur et Européen avant l'heure, Franz Liszt a partagé sa vie entre de nombreux pays. De Raiding, où il naquit en 1811, à Bayreuth, où il mourut en 1886, ses traces sont aujourd'hui dispersées à travers l'Europe et bien au-delà. Plusieurs maisons dans lesquelles il a vécu sont devenues des musées. Ailleurs, bibliothèques, archives et institutions musicales conservent ses manuscrits, sa correspondance, ses partitions, ses instruments, ses objets personnels et une abondante documentation. Pour en savoir plus Cliquez ici Festivals Près d'un siècle et demi après sa disparition, Franz Liszt continue de réunir musiciens, musicologues et mélomanes à travers le monde. De son village natal de Raiding à Budapest, de Weimar à Châteauroux, de l'Italie aux États-Unis, festivals, rencontres, académies et concours entretiennent la présence de son œuvre et permettent de la redécouvrir sous des éclairages toujours renouvelés. Pour en savoir plus Cliquez ici Concours La musique pour piano de Franz Liszt demeure, près d'un siècle et demi après sa mort, l'un des grands défis proposés aux pianistes. Mais jouer Liszt ne consiste pas seulement à faire preuve de virtuosité. Derrière les difficultés techniques parfois redoutables se trouvent une extraordinaire diversité de styles, une connaissance profonde de la littérature et des arts, une recherche permanente de nouvelles sonorités et une conception presque orchestrale du piano. Il n'est donc pas étonnant que plusieurs concours internationaux aient choisi Franz Liszt comme figure tutélaire. Pour en savoir plus Cliquez ici Sociétés et associations L'œuvre et la personnalité de Franz Liszt ont suscité dans de nombreux pays la création de sociétés et d'associations qui contribuent à faire vivre son héritage. Leurs activités sont multiples : concerts, festivals, conférences, publications, concours, actions pédagogiques, recherches musicologiques, rencontres entre interprètes et mélomanes ou encore préservation des lieux et documents liés au compositeur. Pour en savoir plus Cliquez ici Iconographie Réalisées à l'attention des lisztiens plusieurs vidéos qui circulent à présent sur les réseaux sociaux et qui font appel aux technologies du morphing. Pour en savoir plus Cliquez ici
