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- Liszt et les femmes | Lola
Liszt et les femmes Franz Liszt, homme d'honneur et catholique fervent souffre d’une réputation de Don Juan, séducteur aux incessantes aventures amoureuses, ce qu’il n’a jamais été. Pourquoi cette réputation d’homme à femmes s’est-elle enkystée dès le XIXᵉ siècle, et comment se perpétue-t-elle ? Liszt, les femmes et le point d'honneur Voici ce que Charles-Alexandre grand-duc de Saxe-Weimar Eisenach écrivit à Liszt : "L’ expression Pundonoroso, (Point d’ honneur) me parait si applicable à vous même, elle me parait tellement caractériser votre individualité comme votre vie que je ne puis m’ empêcher de vous attacher cette expression. Ainsi recevez mon cher Pundonoroso toute la reconnaissance etc… » C’est ce point d’honneur qui servira de fil conducteur à l’examen des relations féminines de Liszt. Non pas pour l’absoudre ou l’idéaliser, mais pour comprendre comment un homme aspirant à la légitimité du mariage, profondément croyant, a pu se trouver engagé dans des relations paradoxales et pourquoi ces paradoxes ont nourri, bien plus que les faits eux-mêmes, la légende du Don Juan romantique. Pour en savoir plus Cliquez ici Liszt féministe C’est surtout dans le soutien actif aux femmes musiciennes que s’exprime le féminisme le plus tangible de Liszt. Aucun autre compositeur célèbre du XIXᵉ siècle n’a soutenu avec autant de constance trois générations de femmes artistes, dans un contexte profondément misogyne, encore dominé par les idées de Rousseau, pour qui « les femmes n’ aiment aucun art, ne s’ y connaissent en aucun, n’ ont aucun génie » Pour en savoir plus Cliquez ici Don juan ? Mythes et réalités « La relation de Liszt avec les femmes a fait couler dans la presse des encres plus ou moins bienveillantes à l’égard du musicien, construisant le génie virtuose auquel nul individu de sexe féminin ne peut résister ; c’est un des clichés les plus éculés et des plus lucratifs de la littérature légère à propos de l’homme. » Grégoire Caux, musicologue chercheur Pour en savoir plus Cliquez ici La femme dans l'œuvre de Liszt Dans l’œuvre de Liszt, la femme n’est jamais un simple personnage. Elle est symbole, médiatrice, tentatrice, rédemptrice. Qu’elle soit sainte, muse, amante ou sirène, elle incarne toujours un passage : de la faute au pardon, de la chute à l’élévation ou de l’ élévation à la chute. À travers elle, Liszt met en musique son propre combat intérieur — celui d’un homme cherchant désespérément à réconcilier l’amour humain, l’art et Dieu. Pour en savoir plus Cliquez ici
- La Glanzperiod (1840-1847) | Lola
Le virtuose flamboyant, la Glanzperiod 1840 - 1847 Pendant dix ans, Liszt va enflammer l’Europe, recueillant des succès délirants, dignes de ceux des pop ou rock stars d’aujourd’hui. On compte qu’il aura donné près de mille concerts, soit en moyenne un tous les deux ou trois jours. Il a sillonné toute l’Europe, du Portugal à l’Irlande jusqu'à la Turquie, en comptant bien sûr la France, l’Italie, l’Allemagne, la Russie … Le chemin de fer n’existant pas encore, tous ses déplacements se faisaient en diligence, dans des conditions de confort et même de sécurité précaires (il eut un poignet foulé lors d’un accident). C’est donc une véritable « Lisztomania » qui a déferlé sur l’Europe : ce fut le délire en Hongrie (à Budapest on lui a remis un sabre d’honneur), à Berlin. Des centaines de personnes l’attendaient à son arrivée dans les villes et l’accompagnaient à son hôtel. Cela tournait au fétichisme : on voulait toucher ses vêtements, on recueillait les résidus de ses tasses de thé, les cendres de ses cigares (on raconte qu’une dame d’une cour princière en portait dans un médaillon sur la poitrine). On ne compte plus les décorations qu’il a reçues. Seules ombres au tableau : il a été sifflé une fois à Leipzig et les Anglais lui ont toujours réservé un accueil froid. On lui doit une innovation : le « récital », c’est-à-dire le concert donné par un seul instrument. À son époque, le concert de musique classique était un interminable patchwork de morceaux d’orchestre, de piano, de violon, de musique de chambre, de chant … On ne jouait d’ailleurs pas toujours les œuvres en entier. Liszt a d’abord utilisé le mot de « soliloque », puis a emprunté à l’anglais le mot de « recital » qui signifie « narration ». Il a aussi inauguré le programme consacré à un unique compositeur. Il a également systématisé d’autres pratiques : le programme joué entièrement de mémoire, sans partition. Le piano (à queue) placé de profil, alors qu’auparavant il était disposé la pointe vers le public. Ses détracteurs ont prétendu que c’était pour mettre en valeur son profil ! En fait c’est la meilleure position pour l’acoustique, puisque le son, réfléchi par le couvercle ouvert, est projeté vers le public. Et enfin, les concerts devant un public nombreux, jusqu’à plusieurs milliers de personnes. Que jouait-il ? Bien sûr il jouait ses œuvres : il avait des programmes spectaculaires qui se terminaient par un Grand Galop Chromatique qui mettait le public en délire. Mais il jouait aussi le répertoire, de Scarlatti à Schubert, Beethoven beaucoup, et aussi la musique de ses contemporains qu’il cherchait à promouvoir inlassablement : Chopin, Schumann … Enfin on peut se demander pourquoi il avait accepté de mener cette vie éprouvante pendant ces dix ans, alors que, d’après son témoignage, il ressentait une certaine lassitude à être « le valet du public ». Trois réponses peuvent être apportées. La première c’est que c’était dans sa nature : il était fait pour la scène. La deuxième, c’est qu’il avait besoin de gagner de l’argent pour mener la grande vie avec Marie qui ne pouvait disposer de la fortune de son mari, compte tenu de leur situation. De savants calculs ont montré qu’il gagnait de 3 500 à 9 000 € par concert. Mais il donnait aussi beaucoup de concerts de bienfaisance. Mais surtout, la raison la plus profonde, c’est qu’il réalisait ainsi le premier but de son programme : « Faire de l’artiste un Roi ». C’est pourquoi il tenait tant à côtoyer les têtes couronnées et acceptait toutes les décorations. Mais il ne faisait preuve d’aucune flagornerie. En témoignent ses démêlés avec le tsar de Russie. Déjà celui-ci lui avait savoir « qu’il n’aimait ni ses longs cheveux, ni ses idées politiques ». Et un jour où Liszt donnait un récital devant la Cour à Saint-Pétersbourg, le tsar se met à parler avec son aide de camp. Liszt s’arrête de jouer. Le tsar : « pourquoi avez-vous interrompu votre jeu ? ». Liszt : « quand l’empereur parle, même la musique doit se taire ». Au cours de ses tournées, il est bien sûr revenu en Hongrie et il a visité son village natal. Il en a profité pour retrouver ces tziganes qui l’avaient tant impressionné dans son enfance. Ils lui inspireront une série de Mélodies Hongroises qu’il remaniera plus tard et publiera sous le titre de Rhapsodies Hongroises en même temps qu’un volumineux ouvrage intitulé Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie. Il voulait rendre hommage aux tziganes et à leur musique. Malheureusement ce ne fut pas le succès espéré, en raison d’un malentendu d’ordre ethnomusicologique : la confusion entre musique tzigane et musique hongroise, la même que fera Brahms avec ses Danses Hongroises . Une telle vie aventureuse n’est pas de nature à cimenter un couple, et les confits avec Marie seront fréquents. Même si Liszt a eu sûrement moins d’aventures qu’on lui en a prêtées, elles furent l’occasion de la rupture. « Je veux bien être votre maîtresse, mais pas une de vos maîtresses », lui dira Marie. La séparation ne fut pas particulièrement sereine et les tractations au sujet des enfants seront difficiles. Marie se vengera en écrivant un roman, Nélida, dans lequel elle met en scène un peintre qui perd l’inspiration lorsqu’il se sépare de sa compagne. L’avenir prouvera qu’elle s’était trompée ! Et cette vie flamboyante, cette période brillante (la « Glanzperiod », comme Liszt l’a qualifiée lui-même) prendra fin aussi soudainement qu’elle avait commencé. Liszt est en Ukraine où il donne un concert de bienfaisance. Par curiosité, il examine la liste des souscripteurs (c’était l’usage de souscrire aux concerts de bienfaisance) et il remarque qu’une personne anonyme a versé une somme très importante. Il charge son secrétaire de la retrouver et c’est ainsi qu’il fera la connaissance de la princesse Carolyne Sayn Wittgenstein qui deviendra sa deuxième compagne et qui le convaincra d’arrêter sa carrière de virtuose pour approfondir son art, et également… de l’épouser. À partir de ce moment, une fois donnés les quelques concerts pour lesquels il s’était engagé par contrat, il ne donnera plus jamais de concerts publics payants ; il ne se produira plus qu’en privé ou pour des actions de bienfaisance. Paul Hubert des Mesnards Extraits de Franz Liszt L'artiste Roi Collection Les Portraits Musicaux - Les éditions Marinières Musique tsigane Carolyne Sayn Wittgenstein Caricature, Borszem Yanko RETOUR A LA BIOGRAPHIE Cliquez ici
- Liszt postume , rehabilitation | Lola
Liszt posthume : une réhabilitation progressive Après sa mort, Liszt connut l’oubli et le mépris. Mais, à partir du début du XXᵉ siècle, plusieurs grands compositeurs, sur les traces de Camille Saint-Saëns, qui ne mourut qu’en 1921, se sont battus pour faire reconnaître que Liszt avait été bien plus qu’un virtuose spectaculaire. Il a été un visionnaire, un novateur majeur de l’harmonie, de la forme et de l’orchestration, dont toutes les audaces ont profondément marqué l’évolution de la musique occidentale. Bartók ira jusqu’à le qualifier de « véritable père de la musique moderne » , soulignant que son influence dépasse celle de nombreux contemporains. "Son génie était trop vaste; les contemporains n'en pouvaient apercevoir qu'une partie à la fois, il a fallu le recul du passé pour qu'on en découvrit l'ensemble prodigieux." Louis Lalloy, actes du colloque international Franz Liszt 1986 Quelques citations Bartók Bela « Les compositions de Liszt ont exercé une influence plus féconde sur la génération suivante que celles de Wagner. » Il soulignait également que l’audace harmonique et formelle de Liszt ouvrait la voie à la musique du XXᵉ siècle. Busoni Ferrucio Busoni a rendu de superbes hommages à Franz Liszt. « Bach est le fondement du jeu de piano, Liszt le sommet. Les deux rendent Beethoven possible. » « Liszt fut prince et artiste, et, déjà de son vivant, une légende. » Debussy Claude À propos de Mazeppa : « La fièvre et le débraillé, atteignant souvent au génie chez Liszt, sont préférables à la perfection, même en gants blancs. » Dukas Paul Grand défenseur de Liszt: "La richesse de son vocabulaire n'est comparable qu' à celle de son orchestration" Ravel Maurice À propos du poème symphonique Die Ideale : « Que nous importent les défauts de cette œuvre, de l’œuvre entière de Liszt ? N’y a-t-il pas assez de qualités dans ce tourbillonnement tumultueux, dans ce vaste et magnifique chaos de matière musicale, où puisèrent plusieurs générations de compositeurs illustres ? » Richard Strauss À propos de la Sonate en si mineur : « Si Liszt n’avait écrit que cette Sonate en si mineur, œuvre gigantesque issue d’une seule cellule, cela aurait suffi à démontrer la force de son esprit. » Mais ... D'Indy Vincent n'appréciait pas Liszt ; "Les productions de Liszt ne sont pas de l'ordre de celles qui s'imposent à jamais dans l'histoire de l'art". Témoignages plus tardifs du XXᵉ siècle Quelques grands pianistes … Tout d’abord, honneur à quelques grands virtuoses visionnaires disparus, qui n’ont cessé de défendre et d’interpréter l’art de Liszt. Alexandre Glazounov Il admirait Liszt qu'il rencontra à Weimar et lui écrivit l' élégie opus 17, Une Pensée à Franz Liszt. Il lui dédia sa symphonie n°2 en Fa dièse mineur en hommage à son soutien bienveillant. Sergueï Rachmaninov Une admiration constante pour l’œuvre et la personnalité musicale du compositeur hongrois. « J’ai toujours eu un amour profond pour l’art de Liszt. Son extraordinaire dextérité et son originalité dans le traitement du médium du piano ont fait une impression indélébile sur moi. » Marguerite Long « J’aime la musique de Liszt pour sa belle franchise, son élan, son émotion. Je l’aime en elle-même, en un mot, et tout à fait en dehors des géniales inventions pianistiques qui, en qualité de pianiste, m’intéressent pourtant particulièrement. Celles-ci ont révolutionné la technique du piano et ouvert la voie à l’écriture moderne de l’instrument. D’une manière générale, du reste, je crois fermement que l’influence de Liszt a été considérable et même capitale sur les destinées de la musique contemporaine. » Alfred Cortot Liszt est présent très tôt dans sa carrière, il a enregistré plusieurs de ses oeuvres dont la Rapsodie hongroise n° 11 cinq fois. Cortot louait "le génie créateur du compositeur qui permettait au pianiste de faire vibrer sous ses doigts les multiples voix de l'orchestre ? " Fasciné par la Sonate en Si mineur il en a acheté le manuscrit. Wilhelm Kempff Plusieurs enregistrements majeurs des œuvres de Liszt. Claudio Arrau Un lisztien convaincu, avec une version légendaire de la Sonate en si mineur, enregistrée en 1969. Jorge Bolet Un grand maître de la musique de Liszt, un pianiste au style hérité de la grande tradition romantique issu des élèves de Liszt. En ce milieu des années 70, l’œuvre de Liszt n’est pas toujours appréciée par les mélomanes. On lui reproche une extériorité facile, une virtuosité sans profondeur et beaucoup de technique pour peu de fond. Jorge Bolet s’attache à réhabiliter cette œuvre pour en montrer tous les aspects et en magnifier la poésie. Georges Cziffra Célèbre pour ses interprétations des œuvres virtuoses de Franz Liszt, qu’il n’a cessé d’interpréter et de promouvoir toute sa vie, et qui lui valurent le surnom de « réincarnation de Liszt ». Il est le créateur de la Fondation Cziffra, qui a soutenu de nombreux jeunes talents, dont beaucoup devinrent de grands pianistes. À écouter sur Fréquence protestante : les trois émissions consacrées à Cziffra et Liszt par Christian Lorandin. Interview de Christian Lorandin sur Fréquence protestante Cliquez ici Aldo Ciccolini L’un des premiers à enregistrer les Années de pèlerinage. Lazar Berman Lazar Berman était l’un des plus grands interprètes de Franz Liszt, célèbre pour sa force technique et sa maîtrise des Études d’exécution transcendante ainsi que des Années de pèlerinage. [1, 2, 3] Il avait une force digitale impressionnante, adaptée aux exigences orchestrales du piano de Liszt. Alfred Brendel "Il n'est pas de compositeur que j'aurais eu plus de plaisir à rencontrer." " Liszt fut l’un des plus extraordinaires révolutionnaires de toute l’histoire de la musique, et le pianiste doit en apporter la preuve à lui-même et à son public. Il doit faire entendre les audaces harmoniques de Liszt avec une telle fraîcheur que l’auditeur en oublie que plus d’un siècle d’évolution harmonique s’est écoulé depuis. Que ses dernières œuvres paraissent modernes ! Ce n’est pas un hasard si deux pionniers aussi considérables que Busoni et Bartók défendirent sa musique avec tant de vigueur." France Clidat France Clidat, surnommée « Madame Liszt » pour sa maîtrise de l’œuvre de Liszt, a été la première à enregistrer la quasi-totalité de ses œuvres pour piano seul. « Le travail que j’ai fait a permis de se rendre compte que Liszt n’était pas simplement un musicien pour virtuoses, avide de succès d’estrade, mais avant tout un compositeur total, complet, merveilleux prophète aux mille facettes. Si j’ai pu contribuer à cela, merci mon Dieu ! » Vladimir Horowitz – L'association de Vladimir Horowitz et de Liszt représente l'un des sommets de l'interprétation pianistique du XXe siècle, marquée par la virtuosité incandescente, le contraste entre le feu démoniaque et la tendresse élégiaque, ainsi que des enregistrements de référence. Sa Sonate en si mineur est considérée par de nombreux critiques comme une référence absolue. Chez Horowitz, Liszt n’est jamais seulement un virtuose : derrière l’éblouissement pianistique apparaissent le visionnaire, le poète et le compositeur des abîmes. Maurizio Pollini Maurizio Pollini a enregistré un album marquant associant la Sonate pour piano en si mineur à des œuvres tardives et sombres du compositeur. Et un philosophe ... Vladimir Jankélévitch A joué un rôle déterminent dans la réhabilitation critique de Liszt trop réduit à un virtuose de salon clinquant et superficiel en redonnant à ce compositeur sa stature de penseur musical révolutionnaire, de père de la modernité et de poète de l'éphémère . "Le culte de la virtuosité est en quelques sorte un hommage à la profondeur paradoxale de l'apparence ". Jankélévitch, Vladimir, Liszt et la rhapsodie. Essai sur la virtuosité, Paris, Plon, 2019. Pour en savoir plus: Franz Liszt, Lectures et Écritures sous la direction de Florence Fix, Laurence Le Diagon-Jacquin et Georges Zaragoza , éditions Hermann, Paris 2012 Trois chapitres à distinguer : -À la recherche du poétique feuilleton lisztien, Timothée Picard y aborde notamment la présence de Liszt dans les productions des écrivains et des philosophes mélomanes et le maniement à l’ égard du compositeur tantôt du panégyrique et du plaidoyer, tantôt du portrait à charge avec des caricatures aux accents hoffmaniens - De la prima voce à la "seconde main": la figure de Liszt dans quelques oeuvres littéraires et cinématographiques contemporaines, Nathalie Vincent-Arnaud -Dire Franz Liszt dans la France contemporaine. Danièle Pistone Actes du colloque international Franz Liszt . La Revue musicale, Paris 1986 La perception de Liszt dans le temps -Liszt et Paris au XXe . Par Daniele Pistone -Liszt tel qu’ on l’ a vu, Images allemandes de Liszt en 1911, 1936 et 1961 par Dorothée Redepenning Retour à la page "Aimez-vous Liszt Cliquez ici
- Liszt vu par ses comptemporains | Lola
Saint Saens Témoignages de ses contemporains sur le musicien et l'homme. Auriez-vous aimé Liszt à son époque ? "Deux tiers de siècle, où que l'on se trouve, qui que l'on considère, toujours il est là, toujours on tombe sur lui, sur sa haute et mince silhouette, sur son profil noble et impérieux, sur sa longue chevelure, tant le passage graduel au gris, puis au blanc, semble jalonné le passage même de ce siècle, le dix-neuvième dont il est l'épicentre ou le nombril" Harry Halbreich (Crescendo Magazine) mai 2020 Quelques citations Balakirev « Je considère Liszt comme le Beethoven de notre époque. » Berlioz « Il a su prendre un essor si extraordinaire, il s’est élancé avec une telle vélocité, loin au-dessus de toutes les cimes connues, qu’à tous ceux qui ne l’ont pas entendu dans son dernier jeu, on peut dire hardiment : “Vous ne connaissez pas Liszt […]” On avait le droit de tout attendre de lui comme compositeur. » Borodine « Liszt est un véritable Balakirev. Quel homme de cœur ! Voilà, comme tu dis, “des amis vraiment amicaux” ! À Weimar, on dirait le Venusberg de Tannhäuser, où le rôle de Vénus serait rempli par Liszt. Jusqu’à présent, je suis sous le charme. » Chopin « Je voudrais lui voler la manière de rendre mes propres études. » Saint-Saëns « … Liszt, celui qu’on s’obstine à nommer le grand pianiste pour ne pas être obligé de convenir qu’il est un des premiers compositeurs de notre époque. » Robert Schumann « Liszt m’a, ces derniers jours, jeté hors de mes habitudes. Il est vraiment extraordinaire ! Je n’ai jamais rien entendu de tel. » Wagner « Connaissez-vous un musicien qui soit plus musical que Liszt, qui renferme en soi, avec plus de richesse et plus de profondeur que lui, toute la puissance de la musique, qui sente avec plus de subtilité et de tendresse, qui sache et qui puisse d'avantage, qui soit plus doué par la nature et plus fortement développé par la culture que lui ? Pouvez-vous m'en nommer un autre ? Oh ! confiez-vous donc à cet homme unique (qui est en outre un homme beaucoup trop noble pour vous tromper), et soyez certains que cette confiance vous donnera la plus grande richesse, à vous qui craignez maintenant d'être appauvris ! ». « Liszt, le plus musicien de tous les musiciens que je connaisse… » « Depuis que j’ai pris connaissance des compositions de Franz Liszt, je suis devenu, comme harmoniste, un tout autre personnage que je ne l’étais auparavant. » À propos des poèmes symphoniques : « Un repaire de voleurs où chacun puise sans cesse son inspiration. » Baudelaire « Cher Liszt, à travers les brumes, par-delà les villes où les pianos chantent votre gloire, où l’imprimerie traduit votre sagesse, en quelque lieu que vous soyez, dans les splendeurs de la Ville éternelle ou dans les brumes des pays rêveurs que console Cambrinus, improvisant des chants de délectation, d’ineffable douleur, ou confiant au papier vos méditations abstruses, chantre de la Volupté et de l’Angoisse éternelles, philosophe, poète et artiste, je vous salue en l’immortalité. » Victor Hugo « Bonjour et merci. Votre lettre est charmante. Je vous aime toujours de tout mon cœur. J’y vois à peine clair pour vous écrire, excusez-moi. Je crois par moment que je deviendrai aveugle ; mais la seule chose qui m’affligerait, quand je pense à vous, ce serait de devenir sourd » . (Juin 1834) Lamartine « Liszt est un musicien métaphysique. Semblable à ses compatriotes Mozart et Beethoven, il chante plus de symphonies du ciel que de mélodies de la terre. » Lamennais « Je suis charmé que M. Litz (sic) soit connu de vous et de vos connaissances. C’est une des plus belles et des plus nobles âmes que j’ai rencontrées sur cette terre, où elles ne sont pas excessivement communes. » George Sand « Artiste puissant, sublime dans les grandes choses, toujours supérieur dans les petites, triste pourtant et rongé d’une plaie secrète… » « Certes, il y avait en lui un monde de belles idées et de bons sentiments. Il s’est égaré quelque temps dans des riens et des vanités. Mais une si belle nature devait retrouver sa route. Si vous lui écrivez, dites-lui que je l’aime toujours… » George Sand à Pauline Viardot Charles-Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach « Il y a quarante ans à peu près que je connais Liszt, et je puis vous affirmer que, durant tout ce temps, il ne m’a jamais donné ni un mauvais conseil ni un conseil intéressé. » Mais il eut aussi des détracteurs, parmi lesquels les plus acharnés furent : François-Joseph Fétis, à Liszt, avril 1837 : « Vous êtes l’homme transcendant de l’école qui finit et qui n’a plus rien à faire, mais vous n’êtes pas celui d’une nouvelle école. Thalberg est cet homme : voilà toute la différence entre vous deux. » Joseph Joachim « Les œuvres de Liszt ne sont que de petites choses chétives. » Johannes Brahms, à propos de Liszt : « La peste se propage toujours plus loin, dure, déprave les oreilles d’âne du public et corrompt la jeunesse. » Clara Schumann , à propos de la Sonate en si mineur, dédicacée à Robert Schumann, écrivit dans son journal : « Ce n’est que bruit aveugle : plus la moindre idée saine, tout est embrouillé, impossible de trouver la moindre suite harmonique claire, et il me faut pourtant l’en remercier. C’est vraiment trop épouvantable. » Pour approfondir Camille Saint Saëns (1835 - 1921) "On entre dans la région de l'exécution supérieure où Listz règnait en souverain avec une aisanse divine. La puissance, la délicatesse, l'accent du rythme, le charme, il avait tout, avec une chaleur inouie, une impeccable précision, possédant en outre ce don de suggestion qui fait les grands orateurs, les tribuns, les entraineurs de foules." Camille Saint-Saëns Pianiste virtuose, organiste, compositeur, Liszt a toujours été un grand admirateur de Camille Saint Saëns et l'a toujours soutenu et encouragé : "Le premier organiste du monde dira-t-il de lui ". Comme on peut le lire dans l'extrait suivant, Saint Saëns ne fut pas un ingrat de Liszt, l'admiration fut réciproque. Pour accéder à l'extrait de l'article issu de la revue Musica d'octobre 1911 sur le témoignage de Saint Saëns Cliquez ici Saint Saëns fera jouer à ses propres frais plusieurs œuvres de Liszt dont L es Poèmes symphoniques qui ne lui semblaient pas reconnues à leur juste valeur. La vie de Camille Saint Saëns présente plusieurs similitudes avec celle de Liszt, sa générosité, son ouverture à l'égard des autres compositeurs, son éclectisme, ses dons de pianiste, d' organiste et de compositeur, ses voyages et même hélas l'échec de sa vie familiale. Sauf que Saint Saëns a connu de son vivant une consécration et un succès plus unanime, même s'il eut à souffrir à l'aube du XXème siècle des changements de goût du public pour une autre musique plus moderne (Schonberg, Ravel, Debussy). A remarquer que Camille Saint Saëns et Berlioz souffre en France d'une reconnaissance qui n'est pas à la hauteur de leur génie, comme le regrette Sir Simon Rattle directeur musical de l'orchestre symphonique de Londres après avoir été pendant 14 ans le directeur musical de l'orchestre philharmonique de Berlin. A l'étranger ils sont bien plus appréciés et bien plus joués. Victor Hugo (1802 - 1885) Un tableau célèbre de Josef Dannhauser illustre Liszt au piano en communion avec Beethoven et entouré de ceux qui ont beaucoup compté dans sa vie, Paganini, G Sand, Dumas, Rossini, Marie d’Agoult et bien sûr Victor Hugo. Victor Hugo ne semblait pas trop apprécier que l’on mette ses œuvres en musique, n’est-il pas supposé avoir dit : « Défense de déposer de la musique au pied de mes vers » ? Qu’en fut-il avec Liszt ? Tout d’abord il faut dire qu’il y avait une grande admiration réciproque. Victor Hugo n’avait-il pas surnommé Liszt l’Orphée de Weimar ? Leur relation remonte à l’époque parisienne de Liszt où il fréquentait assidûment les salons parisiens, notamment celui de Victor Hugo (1827 à 1838). Liszt a donné des leçons de piano au célèbre écrivain qui était moins doué en musique qu'en littérature. Ainsi peut-on trouver dans une correspondance de Louise Bertin du 22 mai 1835 : « Hugo commence à exécuter avec un doigt d’une manière satisfaisante un extrait de l ´opéra Armide de Gluck grâce aux leçons de piano que lui donnent sa fille et Liszt ». Hugo aimait entendre Liszt jouer sa transcription du Roi des Aulnes de Schubert. Victor Hugo ne s’est pas opposé à ce que Liszt dépose de la musique au pied de ses vers ainsi de ses nombreux lieder inspirés de ses différents poèmes notamment : -Oh quand je dors -S’il est un charmant gazon -Comment disaient-ils -Enfant si j’étais roi Ajoutons à cela une mélodie religieuse Le crucifix et les deux grands Poèmes symphoniques inspirés de l’œuvre de Hugo. - Ce qu’on entend sur la montagne d’après un poème des Feuilles d’automne - Mazeppa inspiré d’un des poèmes des Orientales et peut être que tous deux, Victor et Franz furent aussi inspirés par le poème éponyme de Lord Byron que Liszt admirait, antérieur d’une dizaine d’années. Les échanges entre Victor Hugo et Franz Liszt étaient très cordiaux comme en témoignent les lettres suivantes : Lettre de Liszt écrite à Hugo du 31 mai 1834 alors qu’il était en voyage en Normandie pour des concerts. Pour accéder au texte de la lettre du 31 mai 1834 Cliquez ici Voir aussi ci-dessous, la réponse de Victor Hugo datant de juin 1834. « Bonjour et merci. Votre lettre est charmante. Je vous aime toujours de tout mon cœur. J’y vois à peine clair pour vous écrire, excusez moi. Je crois par moment que je deviendrai aveugle ; mais la seule chose qui m’affligerait, quand je pense à vous, ce serait de devenir sourd » . Terminons par une citation de Pascal Bergerault, musicologue et critique littéraire, concernant nos deux personnages : « Outre l’amitié qui a su les unir, il existe entre Victor Hugo et Franz Liszt une grande parenté en matière de création (…) Tous deux traversèrent magistralement leur siècle en le marquant de leur art novateur. L’un, par ses audaces verbales, ouvre des voies nouvelles à la poésie (…). L’autre révolutionne l’art musical du 19eme siècle par sa richesse d’invention qui fait éclater les cadres et bouscule l’harmonie par son perpétuel questionnement du langage musical qui le conduit à l’ atonalité » Et pourtant … Franz Liszt, les amitiés trahies "le but de ma vie c'est d'être digne en amitié" Liszt ( 1811/1886 ) a traversé les 3/4 du XIXème siècle, ce qui pour l' époque est une belle performance , nombre de compositeurs aussi célèbres n' ont pas eu cette chance *, sillonnant toute l'Europe jusqu'en Orient. Faisant partie de l’aréopage musical, il a rencontré les plus riches, les plus érudits, les plus grands artistes dans toutes les cours et dans les salons les plus cotés. Sa virtuosité, son érudition, son charisme ont fait qu’il a été sollicité, admiré, adulé jusqu'à la folie. C’est pour lui que le terme de Lisztomania décrivant l’état d’hystérie collective de ses "fans "a été inventé par Heinrich Heine. Peu de musiciens compositeurs se sont autant impliqués que lui dans de difficiles batailles pour défendre les chefs d’œuvre du passé et de l’avenir en s’oubliant lui- même. Il demeura jusqu’ à sa mort "un révolutionnaire de l’art, toujours prêt à découvrir le génie des autres" . ** Alors pourquoi autant de trahisons de ceux qui l' ont entouré et qui ont fait dire à Serge Gut dans son Liszt " on constatera avec amertume qu' avec Chopin comme avec Berlioz, comme avec Joachim, comme avec Schumann, comme avec bien d' autres, l' amitié a été mal partagée , c' est toujours Liszt qui aime, admire, réconforte, protège et se dévoue sans qu' on ne lui rende la pareille ". Dans la carrière de Liszt, il faut distinguer deux grandes périodes. La première, celle du virtuose prodige de 1823, date de son arrivée en France, à 1847, date de son dernier grand concert public et la deuxième période à partir de 1848, date à laquelle il se fixa à Weimar pour privilégier la composition, fatigué de sa vie de saltimbanque : " t oujours des concerts, toujours faire le valet du public(...) quelle fatigue, quel métier ! ". Durant le premier quart de siècle, hormis de nombreuses caricatures, il a été difficile de le dénigrer sérieusement dans son métier de virtuose tant il surpassait ses rivaux sans jamais oublier de jouer, de mettre en avant, de transcrire la musique des autres en bon propagandiste qu’il fut. Même si ses transcriptions d’un niveau rarement atteint, lui seront reprochées plus tard par certains parce que trop nombreuses, elles furent fort utiles pour promouvoir la musique des autres. Il n' existait pas à l' époque d' enregistrement et beaucoup de compositeurs dont Wagner, Berlioz l' ont sollicité pour ce travail qui permettait de faire connaître leur musique là où elle ne pouvait être jouée qu'au piano. Les inimitiés qu'il suscita durant la première partie de sa carrière furent plutôt dues à la jalousie. Il irritait par ses succès, les honneurs qu’il recevait, son enrichissement et ses innovations musicales. Conscient de son talent, il faisait montre parfois d’un certain orgueil dont il se départit ensuite. Ainsi il déclara à Schlesinger directeur de La Gazette musicale, l’un de ses premiers amis/ennemis, qui lui reprochait notamment de se mettre seul en scène " Ma position n'est pas celle de tout le monde, mon talent et mon ambition non plus.. .". *** Frédéric Chopin une amitié à sens unique Dans cette période, seul Chopin et Thalberg pouvaient rivaliser mais, avec ce dernier, Liszt entra en concurrence frontale tandis qu'il devint l'ami de Chopin qu'il admirait et qu’il fréquenta de façon plus intime. Ainsi quelques phrases célèbres de Chopin à l’égard de Liszt « j'aime ma musique quand elle est jouée par Liszt » ou en 1833 parlant de Liszt " je voudrais lui voler la manière de rendre mes propres études. " Pourtant cette amitié fut superficielle, distante de la part de Chopin. Malgré la reconnaissance du talent de virtuose de Liszt, il restait sur ses gardes et ne voulait pas reconnaître ses talents de compositeur. Cette jalousie latente va s'exacerber davantage dans le cadre des relations rivales George Sand / Marie d Agoult. Dès la première brouille en 1839, Chopin prend ses distances avec Liszt et sa jalousie éclatera au grand jour lorsqu’ après le concert qu’il donna le 26 Avril 1841 dans les salons Pleyel, Liszt assurera la critique. Celle-ci fut évidemment excellente mais Chopin en eut un ressentiment négatif, il ne l’apprécia pas ayant eu l’impression d’être annexé par Liszt : " il me fait un beau royaume, mais dans son empire " dit-il au critique Ernest Legouvé. Chopin continua à se détacher de Liszt qui ne cessa de l’admirer et de le jouer : "Ce ne fut plus qu’une amitié à sens unique ". **** Après le décès de ce dernier, Liszt publia un livre éponyme à la gloire du compositeur et continua à l’encenser et à le faire travailler par ses élèves jusqu'à la fin de ses jours. * (Mozart 1756/1791), Schubert (1797/1828 ) Bellini (1801/1835) Mendelssohn (1809/1847) Chopin (1810/1849) Bizet (1838/1875) J.Strauss 1 (1804/1849), Moussorgski (1839/1881) ** Émile Haraszti « Franz Liszt » édition A & J Picard 1967 *** cité par Jacqueline Bellas Littératures 1965 **** Serge Gut " Franz Liszt " éditions de Fallois 1989 Les trahisons des classiques, la querelle des clans ! " Au milieu du chemin de sa vie " Liszt s’installa à Weimar comme Kappelmeister afin de consacrer beaucoup plus de temps à la composition tout en s’investissant dans de multiples activités avec sa légendaire générosité dont il avait déjà fait preuve pendant sa période de virtuose. À Weimar, il reçut toute l’élite musicale et artistique de l'époque en essayant d'aider ceux qui en avaient besoin. Financièrement, comme il le fit avec Wagner en puisant sur ses propres deniers ou en assurant leur propagande, ce qu’il savait fort bien faire et qu’il avait expérimenté pendant sa période de virtuose. Il fit découvrir maintes œuvres, en les montant et en les dirigeant lui-même malgré l’opposition d'un public souvent hostile, en transcrivant maintes compositions, en donnant des opportunités de carrière grâce à ses relations. Il y poursuivit aussi une activité de pédagogue exemplaire sans jamais faire payer ses cours et ce, jusqu’ à la fin de sa vie. Alors pourquoi fût-il aussi souvent critiqué, trahi? A partir du milieu du XIXème siècle, une véritable guerre de chapelle s’engagea entre les romantiques classiques de Leipzig et les partisans d’une musique plus moderne autour notamment de Schumann qui dirigeait la Neue Zeitschrift für Music . C’est alors qu'arrive Liszt à Weimar qui, avec Berlioz et Wagner vont s’opposer à leur tour aux modernes "timorés" de Leipzig pour promouvoir une musique encore plus innovante, alors que le public était loin d’être assez mûr pour l'accepter. Pendant près de 40 ans, les 2 écoles vont s’opposer. Lutte entre l’école classique de Leipzig/Vienne tenue par Hanslick, qui regroupera notamment les Schumann, Robert et Clara (surtout Clara, Robert étant décédé en 1856), Joseph Joachim, Johannes Brahms et les romantiques réformateurs au sein la Neue Zeitschrift für Music désormais tenue par Karl Franz Brendel promouvant le clan de Weimar autour de Liszt. Robert et Clara Schumann Au départ les relations avec Schumann furent cordiales, Liszt contribuait à la réputation du compositeur en jouant ses œuvres aussi souvent que possible. Ils s’appréciaient l’un et l’autre et firent cause commune avec Mendelssohn, Chopin, Berlioz, Hiller pour la promotion de la musique moderne contre les conservateurs de Leipzig. Schumann ne présida-t-il pas la Neue Zeitschrift fur Music jusqu’ en 1846, ou découragé et déjà malade, il laissa la place à Franz Brendel, fervent soutien de Liszt et de l’école de Weimar. Le schisme se mit en place sur fond d’une véritable jalousie qui tenaillait depuis longtemps le couple devant le succès considérable de Liszt. Il ne faut pas oublier que Clara était aussi une pianiste virtuose qui se posait en rivale. Et puis il y eut la fameuse réception de Clara Schumann à Dresde en 1848, où Liszt arriva en retard accompagné de Wagner. Au cours de cette soirée, une dispute s'articula autour de Mendelssohn et de Meyerbeer. Schumann et Liszt s’emportèrent et ce dernier partit en claquant la porte, ce qu’il regrettera plus tard. Clara déclara " je ne veux plus jamais entendre parler de lui " et sa haine pour Liszt, quoiqu’ il fit ensuite pour aider le couple, lui tint au corps jusqu' à la fin de ses jours. " je méprise Liszt du plus profond de mon âme " écrira-t-elle. Le couple s' alliera avec Brahms et Joachim dans le cadre de la querelle des modernes contre les anciens pour fustiger Liszt, parangon de l'école de Weimar et lui refuser tout talent de compositeur. Quelle fut l’attitude de Liszt à leur égard ? Et bien comme si rien ne s'était passé. Alors qu'il continuait à recevoir des coups de leur part, il fit preuve d’une grande mansuétude en ne cessant de promouvoir la musique de Schumann. A Weimar, Il dirigea notamment les Scènes de Faust , Manfred , monta l’opéra Genoveva . Lorsque Clara se retrouva seule après le décès de son mari avec 7 enfants à charge, Liszt essaya de faire le maximum pour l'aider en lui donnant notamment des opportunités de jouer en concert, mais rien n’y fit, sa haine restera inextinguible. " c’était un éminent virtuose du clavier, mais un dangereux exemple pour la jeunesse. (...) En tant que compositeur, il était épouvantable" écrira-t-elle dans son journal au lendemain de la mort de Liszt*. On ne saurait parler de la mésalliance du couple Schumann/ Liszt sans évoquer les autres partenaires du clan de Leipzig, Mendelssohn, Brahms, Hiller et surtout Joachim. *cité par Alan Walker Liszt Fayard 1990 Félix Mendelssohn Les rapports avec Mendelssohn fluctuèrent au cours des années, petite suite de brouilles et de réconciliations. Comme d'habitude, cela a commencé par une belle amitié, mais Mendelssohn n’appréciait pas la musique de Liszt et le lui fit savoir. Liszt, comme d'habitude, ne tint pas compte de ses jugements négatifs et fit plusieurs transcriptions de la musique de Mendelssohn, le considérant comme un des plus grands compositeurs allemands. Johannes Brahms La force de la haine qu’il éprouvait envers Liszt fut au nombre des points communs qu'il eut avec Clara Schumann. Ils eurent tout d'abord des rapports cordiaux. Lorsqu' ils se rencontrèrent, Liszt déchiffra à première vue une composition de Brahms, reconnaissant sa grande qualité. Il l'hébergea 3 semaines en 1853 à l'Altenbourg mais Brahms le romantique classique (von Bülow n'a-t-il pas dit en dirigeant sa Symphonie n° 1 que c'était la dixième de Beethoven ?) haïssait Liszt et la nouvelle école de Weimar. C'était un fer de lance du clan opposé à la musique du futur. Il lança son manifeste contre la musique de l'avenir en 1860 et parlant des compositions de Liszt, il écrivit "la peste se propage toujours plus loin, dure, déprave les oreilles d'âne du public et corrompt la jeunesse ". Liszt pour une fois ne semble pas avoir pardonné et préféra rester silencieux à son sujet tout en lui enviant les décorations qu'il avait obtenues avant lui. Stephen Heller Compatriote hongrois ami de Liszt après son arrivée à Paris en 1938 mais qui critiqua sévèrement sa virtuosité, n'écrira t-il pas au décès de Liszt : "qu'il repose en paix, lui qui n'a tenté que le bruit. " Pourtant Liszt a toujours estimé ses talents de musicien et de pédagogue Ferdinand Hiller Ferdinand Hiller, pianiste, compositeur, chef d’orchestre, professeur de musique allemand fréquenta Paris de 1829 à 1836 et fut un ami de Liszt pendant cette période parisienne. Émile Haraszti, dans son Franz Liszt, nous révèle qu’il fut aussi un soupirant de Marie d'Agoult. De retour en Allemagne, il s'acharna à démontrer que Liszt était un mauvais compositeur et chef d’orchestre, allant même jusqu'à siffler outrageusement Liszt lors d' un concert qu' il dirigeait . Joseph Joachim Joseph Joachim fut un violoniste virtuose. Quand il rencontre Liszt, il a 17 ans et a déjà passé un peu de temps à Leipzig auprès de Schumann et Mendelssohn. Liszt lui proposa un poste de Konzertmeister à Weimar, ce qu’il accepta tout de suite tant il était heureux de pouvoir travailler avec le Maître à qui il s’attacha profondément. N’écrira –t-il pas « ce qui m’attire principalement à Weimar, c’est l’occasion de vivre et de collaborer avec Liszt car plus je le vois et plus je l’aime ». Il aida Liszt à orchestrer ses poèmes symphoniques et ce dernier ne cessa de lui apporter tout son soutien. Amitié solide, un rapport père/fils jusqu' à ce que Joachim se détacha du Maître de Weimar en le dénigrant férocement par derrière et ce pendant près de 7 ans, avant d'avoir eu le courage de lui avouer toute l' aversion qu' il avait pour ses œuvres et de rejoindre le clan opposé de Brahms. Il signa même le manifeste de 1860 contre la musique nouvelle (ce qu' il fit avec mauvaise conscience tant il reconnaissait la bonté et la générosité dont Liszt avait fait preuve à son égard). En 1857, il écrira à Liszt « La persévérance de la bonté pleine de confiance avec laquelle toi, vaste esprit audacieux, tu te penches vers moi, pour me voir intégré au cercle des amis qu’anime ton énergie, me rend quelque peu honteux d’avoir retenu si longtemps ma franchise (…) Aussi ne veux-je pas me taire plus longtemps, je le confesse et l’avoue, (…) je suis complètement inaccessible à ta musique »*. Dans son éternel pardon pour ceux à qui il a accordé son amitié et sa confiance, Liszt répondit "Joachim reste un grand artiste et un noble esprit ". C’était une façon de tendre l’autre joue car Joachim va surenchérir en disant que les œuvres de Liszt n’étaient que "de petites choses chétives ". On ne saurait mieux conclure cette suite d'inimitiés en citant Liszt qui écrivit à Wagner en 1860 : " Plusieurs de mes amis assez intimes, Joachim par exemple et autrefois Schumann avec tant d'autres encore se sont montrés très réservés, ombrageux, presque hostiles à mes productions musicales. Je ne leur en veux nullement et ne puis leur rendre la pareille, parce que leurs œuvres n'ont jamais cessé de m'inspirer un intérêt aussi vif que sincère ". *cité par Alan Walker et Serge Gut Les trahisons des amis de l' œuvre d'art de l'avenir Si le ressenti négatif des musiciens que nous venons d’évoquer peut se comprendre s’inscrivant dans une querelle des courants type Hernani matinée d'une certaine jalousie, la trahison de ceux que nous allons voir est plus difficilement compréhensible. Hector Berlioz Liszt fut un propagateur acharné des œuvres de Berlioz, dès 1830 il eut un coup de foudre pour la Symphonie fantastique qu'il transcrivit et pour laquelle il se battit. Amitié profonde comme en témoignent les mots doux qu'ils utilisèrent à l’égard l’un de l’autre, ainsi de Berlioz à Liszt " mon cher sublime ". Attachement profond de la part de Liszt envers Berlioz dont il ne cessa de promouvoir les œuvres, montant et dirigeant plusieurs de ses opéras à Weimar et cela dura près de 30 ans. Mais Berlioz devint jaloux de l’amitié et du soutien que Liszt portait à Wagner. Ajoutés à cela les insuccès de Berlioz, qui le rendaient de plus en plus aigri et ses problèmes de santé qui l’incitèrent à se replier sur lui-même. Il se mit alors à ne plus supporter les audaces harmoniques de Liszt et, jaloux, commença lui aussi à nier ses talents de compositeur. N’écrira-t-il pas en 1866 à propos de la messe de Gran. " Hier on a donné à St Eustache la Messe de Liszt. Il y avait une foule immense. Mais, hélas quelle négation de l’art !" Liszt en fut très meurtri mais comme d’habitude, il pardonna et continua jusqu’ au bout à admirer le génie de Berlioz : " Ma profonde conviction pour le génie de Berlioz demeure intacte… " "Quoique Berlioz m' ait tristement renié en 1866 à Paris, j' affirme constamment mon admiration pour son génie " écrira-t-il à la princesse Sayn-Wittgenstein. Joseph d'Ortigue Ami écrivain et biographe du Liszt virtuose, il s'acoquina avec Berlioz pour le saborder. Serge Gut cite cette phrase de Liszt toujours meurtri, qui écrivit à la princesse le 2 avril 1886 quelques mois avant sa mort et après l’exécution de la messe de Gran à Saint Eustache de Paris qui eut un énorme succès ; « À midi, deuxième exécution de la messe de Gran désormais réhabilitée, malgré l'opinion contraire de Berlioz en 66, et de son scribe d'Ortigue, bon catholique et mon ami de jeunesse ! ». Richard Wagner Liszt apprécie Rienzi dès 1844, mais c’est surtout à partir de 1848 que les deux compositeurs s’engagent dans une relation forte. Cette année, Liszt dirige le Tannhäuser à Weimar. L'année suivante, Wagner, inculpé lors de l'insurrection de Dresde (épisode du Printemps des peuples) et recherché par la police, est hébergé à l’Altenbourg chez Liszt qui le couvre jusqu' en Suisse. Ce dernier n'a cessé de le soutenir financièrement, Wagner était dépensier et réclamait souvent (voir la correspondance Liszt/ Wagner), il n'a cessé de le promouvoir, de jouer ses œuvres notamment lorsqu'il était à Weimar, de les transcrire pour les faire connaître, d'être son chantre en tous lieux et en toutes circonstances. Admirateur inconditionnel, acceptant tout de Wagner même parfois de se faire dépouiller musicalement. Leur amitié a tenu malgré de longues périodes où ils ne se voyaient pas, malgré l' inimitié de la princesse Sayn-Wittgenstein à l' égard de Wagner, surtout quand celui-ci prit pour maîtresse puis épousa Cosima la propre fille de Liszt, déjà mariée à von Bülow. Amitié brisée mais suivie d'une réconciliation en 1872. Wagner en 1876 reconnaîtra toute l' aide que Liszt lui a apportée en portant un toast à son ami et désormais beau-père : "Ici se trouve celui qui, le premier m' a soutenu de sa foi (…) et sans lequel vous n' auriez peut être aujourd'hui entendu aucune note de moi, mon cher ami Franz Liszt . " Wagner appréciait certaines œuvres de Liszt mais il était certes moins dithyrambique que Liszt ne l' était à son égard . D'ailleurs en tant que chef d'orchestre Wagner ne l'a jamais mis à l'un de ses programmes. C'est en lisant le journal que tenait Cosima Wagner que nous voyons la double face de Wagner affectant en réalité un certain mépris pour l’œuvre de son beau-père. Il n'appréciait pas trop les Poèmes symphoniques ni la musique religieuse de Liszt (Wagner l’agnostique Liszt le croyant catholique) ni ses œuvres de vieillesse. Dans son journal, à Cosima qui lui demandait ce qu'il pensait du délicat et très innovant « Weihnachtsbaum » (l’arbre de Noël)* que Liszt avait dédié à sa petite fille Daniela von Bülow, il répondit laconiquement "ce serait trop cruel ". Cosima n'a jamais bien défendu son père, préférant son mari qui, disait-elle, était le seul à l'avoir aimée. Elle a souvent évoqué dans ses écrits la jalousie dont Wagner ne s'était jamais départi à l’égard de son père. Wagner ne pouvait admirer que le pianiste. De la part de Wagner, ce n’est pas étonnant, contrairement à Liszt qui est toujours resté trop modeste à l’égard de ses propres œuvres, ce que reconnaissait Cosima dans son journal, voire complexé, Wagner n’a quasiment jamais douté de lui et n’a jamais hésité à détruire ses relations dans le monde musical lorsqu’ elles lui faisaient de l’ombre. Ainsi de Meyerbeer qui l'a pourtant aidé sans compter. Pourtant Wagner a beaucoup emprunté à Liszt. Comme d’habitude, ce dernier ne lui en voulut pas et continua à encenser son génie alors qu’il savait que Wagner le dénigrait. Un jour que Wagner lui disait que pour sa Walkyrie il avait volé un de ses motifs, Liszt répondît, "tant mieux au moins ma musique sera jouée " ou lorsque on lui fit remarquer que Wagner lui avait emprunté le fameux accord de Tristan, il répondit "que m' importe d’être copié par un génie". « Ce que j’aime en Wagner, c’est Liszt » C’est ainsi que s’exprime le compositeur Philippe Hersant cité dans un livre contradictoire mais réjouissant, L’anti Wagner sans peine de Pierre René Serna qualifié « d’impertinent et salutaire, coup de pied dans la fourmilière des pèlerins de Bayreuth » par la critique. Serna dénonce dans l’une des rubriques « Emprunts » ceux de Wagner à ses devanciers ou contemporains tels que Mozart, Beethoven, Meyerbeer, Mendelssohn, Berlioz et Liszt. Pour continuer dans le sens de l’emprunt, mentionnons une intéressante conférence donnée dans le cadre du Cercle Wagner de Lyon par Christophe Looten : « Ce que nous apprend le journal de Cosima Wagner » : Le 25 janvier 1875 Richard et Cosima viennent de recevoir un oratorio de Liszt Les Cloches de la cathédrale de Strasbourg qui les déconcerte, il ne leur plait pas plus que ne leur ont plu les Poèmes symphoniques de Liszt. Et pourtant à bien écouter le début de l’Excelsior de l’oratorio, on retrouve le thème du Saint Graal que Wagner développera pendant cinq heures dans Parsifal (1877-1882). Le 27 avril 1878, Cosima après avoir évoqué l’indicible modestie de son père cite Wagner qui reconnait avoir volé bien des choses chez Liszt. Un peu plus tard Wagner dira « tout est noble, princier, grandeur en lui ». Wagner admire l’homme mais moins le compositeur et C Looten nous fait sentir à la lecture du journal le complexe d’infériorité, voire la jalousie de Wagner à l’encontre de son beau-père. Pour l’accès à la conférence de C. Looten Cliquez ici Si vous n’avez pas le temps d’écouter l’intégralité de la conférence, allez de la minute 49 à la 58 qui vous permettront une comparaison auditive des deux œuvres avec le commentaire du très pro wagnérien C. Looten. Qu’en pensait le premier intéressé ? Franz Liszt a toujours été un admirateur indéfectible de l’œuvre de Wagner. Nicolas Dufetel en témoigne dans son livre original Tout le ciel en musique * dans lequel il cite les « pensées intempestives » de Franz Liszt : « Si j’avais un livre à faire sur Wagner, je prendrais volontiers pour épigraphe ce mot de Victor Hugo au sujet de Shakespeare : « j’admire tout-j ‘admire comme une brute ». « Il est des moments où je remercie Dieu de mon existence ; Wagner me les a fait ressentir plus intensément qu’aucun grand génie, ses confrères ». Prêt à tout pardonner à son gendre, Liszt, quand ses élèves lui faisant remarquer que Wagner l’avait encore copié, répondait que c’était flatteur d’être copié par un génie. Pour compléter vos connaissances sur ces deux grands musiciens, conférence « Liszt et Wagner » faite par le musicologue François Sabatier à l’église Saint- Eustache de Paris le 13 mai 2018 Pour avoir accès à la conférence de François Sabatier Cliquez ici Quelques ouvrages Franz Liszt Richard Wagner Correspondance Editions Gallimard 2013, nouvelle édition annoté Georges Liébert Cosima Wagner Journal , Editions Gallimard 1979 Franz Liszt, Trois opéras de Richard Wagner considérés de leur point de vue musical et poétique annotés par Nicolas Dufetel, Actes Sud 2013 *Tout le ciel en musique , pensées intempestives, Nicolas Dufetel, éditions Le Passeur 2016 Hans von Bülow Encore un surdoué que Liszt aida dans sa vocation de pianiste virtuose et chef d'orchestre, et prit sous son aile pendant de nombreuses années " mon protecteur et Maître Lisz t" disait-il. Liszt en fit un excellent pianiste et le lança dans la carrière. Fervent adepte de la musique du futur, il travailla aussi beaucoup pour Wagner. Il devint le gendre de Liszt puisqu' il épousa Cosima sa fille. Liszt le considérait comme son fils et son successeur. Il l'aida même à dépasser sa dépression lorsque sa fille le quitta pour Wagner. Néanmoins à partir de 1876, von Bülow commence à se détacher de Liszt et à le critiquer. Il dira de son ex beau-père" il est toujours le merveilleux enchanteur d’autrefois, (...) mais je ne suis pas capable de le suivre dans ses métamorphoses de Protée, je le trouve franchement inquiétant- il m'est devenu totalement étranger ". Liszt, pourtant très peiné de sa désaffection continue à l’aimer aussi chaleureusement que par le passé et lui trouve des circonstances atténuantes dans ses maladies, ses dépressions. En fait von Bülow s'était rapproché du courant classique de Leipzig et plus particulièrement de Brahms, qui haïssait Liszt. Le coup de grâce fut donné un mois après la mort de Liszt, il écrivit : " j'ai parcouru à nouveau La Dante Symphonie qui a provoqué en moi une grimace à la Joachim. Il y a de quoi se pendre (...) oh pauvre imbécile que j'ai été pendant un quart de siècle - quelle énorme désillusion ! Au diable la non -musique, toute anti- musique " *. Bülow n'avait pas un caractère facile, très peu diplomate, à la dent dure , n'a-t-il pas accusé Verdi de corrompre le goût artistique en Italie ! *cité par Richard du Moulin Eckart, Neue Briefe (1927), lettres inédites de Hans von Bülow Autres cercles, autres inimitiés Henrich Heine Il a entretenu avec Liszt une relation d'admiration mutuelle et d'amitié à Paris dans les années 1830 et 1840. En 1836, le poète allemand écrit à son ami Franz Liszt : "vous êtes un homme d'exception et je vous aime comme un frère". C'est encore Heine qui invente le terme de Lisztomania pour ensuite s'adonner à des portraits et commentaires caustiques concernant Liszt. Honoré de Balzac Balzac et Liszt furent amis et se fréquentèrent. Balzac appréciait ses talents de pianiste :" je l'aime beaucoup et trouve son talent sublime comme celui de Chopin et celui de Paganini " , il lui a même dédié son roman La Duchesse de Langeais . Néanmoins, plus tard son personnage l'irrita profondément, comme on peut le lire dans les lettres envoyées à Mme Hanska. Il pasticha son couple avec Marie d'Agoult dans Béatrix, faisant un portrait à charge de Liszt dans le personnage de Gennaro Conti, Mme de Rochefide étant Marie d'Agoult. Franz comme d'habitude refusa de se voir dans ce portrait satirique et voulut éviter de se fâcher avec Balzac. On dit que c' est George Sand qui aurait soufflé à Balzac les grandes lignes des deux personnages du roman. Peut-on dans le cas de Balzac se rapprocher de la thèse de Sylvie Delaigue Moins dans son livre Franz Liszt et George Sand * ? Elle montre, au travers des lettres envoyées à Mme Hanska un Balzac jaloux du charismatique Liszt d'autant que Mme Hanska se disait subjuguée par le personnage. *Sylvie Delaigue-Moins, Franz Liszt et Georges Sand Edition Lancosme 2000 George Sand Il est indéniable qu’elle fut amoureuse de Liszt qui lui préféra Marie d’Agoult . Jalouse de l’écrivaine, cette dernière contribua à gâter leurs bonnes relations malgré tous les efforts de Liszt pour tempérer les échanges pleins d’acrimonie de sa compagne. Après sa rupture avec Marie, Liszt fit de son mieux pour se réconcilier avec George et l’assurer de son attachement. Il la félicita à chacune de ses nouvelles œuvres. Mais elle ne répondait pas à ses lettres, lançant de temps en temps quelques piques comme « je n’aime pas plus Liszt que les épinards ». En 1844, Liszt écrira à G Sand:" croyez bien que le souvenir de votre amitié est resté profond dans mon cœur et que les jours passés ensemble y ont laissé de nobles et sérieuses traces " . Mais là encore, ce fut à sens unique, l’écrivaine ne répondit jamais. Néanmoins elle ferait amende honorable bien plus tard en écrivant à Pauline Viardot : " certes il avait en lui un monde de belles idées et de bons sentiments. Il s’est égaré quelques temps dans les riens et les vanités. Mais une si belle nature devait retrouver sa route. Si vous lui écrivez, dites-lui que je l’aime toujours "*. Pour Liszt c’était peut-être trop tard et c 'est avec un certain humour qu’il épinglera la vie amoureuse de G Sand : " Elle engluait un papillon et l' apprivoisait dans sa boîte, en lui donnant des herbes et des fleurs,- c'était la période de l' amour , puis elle le piquait avec son épingle, alors qu' il se débattait,- c'était le congé venant toujours de sa part. Alors elle en faisait la vivisection et l’empaillait pour la collection de héros de roman. C’est ce trafic des âmes qui s’étaient données à elle sans réserve qui m’a finalement dégoûté de son amitié ." * Sylvie Delaigue-Moins, Franz Liszt et Georges Sand Edition Lancosme 2000 A écouter ; France Musique, George Sand et Franz Liszt une amitié absolue, épisode 3/7, Charlotte Landru- Chandez Cliquez ici Liszt, un roi Lear Don Quichotte ? En résumé, on pourrait dire que les trahisons se sont cristallisées autour de l’opposition à ses compositions, sur fond de querelle romantique à la Hernani, le tout mâtiné d’un peu de jalousie à l’égard d’un pianiste virtuose que l’on n’avait guère envie de voir sortir de sa boîte. Émile Haraszti, dans son Franz Liszt , Editions Picard 1967 écrit : « Ce n’est qu’à la fin des années 70 que Paris consentit à le considérer comme un compositeur. Car jusque-là, selon le mot d’un spirituel musicien, Liszt compositeur égalait Thiers astronome ou Ingres violoniste ! » Liszt avait évidemment conscience que sa musique dérangeait et que, pour calmer le jeu, il aurait pu composer différemment. Ainsi écrivait il en 1860 : « Si lors de ma fixation ici en 48 [à Weimar] j’avais voulu me rattacher au parti posthume en musique, (…) rien ne m’était plus facile (…) j’y aurais certainement gagné en considérations et agréments : les mêmes journaux qui ont pris à charge de me dire force sottises et injures m’auraient vanté et célébré à l’envi, sans que je me donne grand-peine pour cela (…) Mais tel ne devait pas être mon lot ; ma conviction était trop sincère, ma foi dans le présent et l’avenir de l’art trop ardente. » Ainsi, roi Lear autant que Don Quichotte, même trahi, il resta fidèle à ses convictions et à sa conception de « l’œuvre d’art de l’avenir ». Pourtant, les trahisons répétées et la remise en cause de son talent de compositeur finirent sans doute par l’affecter. On peut penser qu’ elles contribuèrent à aggraver son état dépressif et le démoralisèrent au point qu’il finit par perdre confiance en lui et par se livrer à une autocritique dommageable. Il s’effaça devant ceux qu’il admirait et se désavoua à tel point qu’ il devenait plus facile pour nombre de critiques de surenchérir dans ce sens : « Sans compter les grands maîtres, tels que Palestrina, Lassus, Bach, Mozart, Beethoven- je me reconnais très inférieur à leurs successeurs, Weber, Meyerbeer, Schubert, Chopin, etc…et m’ incline profondément devant l’ immense génie du double aigle, Wagner, Wort und Tondichter, poète des mots et des sons, comme l’ intitulait le Roi Louis de Bavière » Il est difficile de sortir indemne d’un processus répété de critiques négatives. Il se produit alors un phénomène de rejet particulièrement préjudiciable à celui qui en est victime: les aspects positifs sont occultés, tandis que le négatif s’autoalimente jusqu’à devenir seul visible. Liszt est ainsi resté « entaché » de cette mauvaise image pendant plusieurs décennies. Aujourd’hui encore, si ses œuvres pour piano sont universellement reconnues et jouées par les pianistes du monde entier, ses œuvres symphoniques et religieuses demeurent relativement sous-estimées, portant toujours, dans une certaine mesure, les traces du rejet dont elles furent victimes au XIXe siècle. Pourtant, lorsqu’on examine les avis négatifs alors formulés , on s’aperçoit qu’ils visent souvent des œuvres aujourd’hui considérées comme des incontournables de la musique romantique mais trop novatrices à l’ époque. Ainsi de la Sonate en si mineur, la Faust-Symphonie, la Dante Symphonie, les poèmes symphoniques, les pièces dites tardives etc… qui bousculaient les habitudes et les conventions de leur temps. Pourtant, ces œuvres annonçaient par leurs audaces formelles, des évolutions qui s’épanouiront dans la musique du XXe siècle. Quelle aurait donc été la réaction de ceux qui défendaient les positions les plus conservatrices — autour de Hanslick notamment— à l’écoute des musiques qui allaient apparaître juste après la mort de Liszt, celles de Janáček, Debussy, Scriabine, Schönberg ou Ravel, sans oublier, dans un tout autre univers musical, Scott Joplin ? Heureusement, Liszt eut aussi de nombreux admirateurs et des inconditionnels qui lui restèrent fidèles jusqu’au bout. Certains de ses anciens opposants ou sceptiques devinrent même, plus tard, d’ardents défenseurs de son œuvre, tels Busoni ou Richard Strauss. Bartók verra en Liszt l’un des véritables pères de la musique moderne. Les musiciens qui, de son vivant, reconnurent son importance, furent bien plus nombreux que ne pourrait le laisser croire la seule histoire de ses querelles avec ses détracteurs. Rossini, Gounod, Pauline Viardot, César Franck, Smetana, Borodine, Saint-Saëns, Moussorgski, Massenet, Gabriel Fauré, Debussy, Richard Strauss etc …surent reconnaître la valeur et la nouveauté de ses compositions. Le dernier mot peut revenir à celui que Liszt admira, soutint et défendit plus que tout autre : Wagner. Celui-ci écrivait en 1849 : « Est-il trop aimant et fait-il, comme Jésus sur la Croix, le sauveur de tous qui ne veut pas se sauver lui-même ? » Cette interrogation de Wagner résume peut-être l’un des paradoxes les plus profonds de Liszt : Roi Lear par les trahisons qu’il eut à subir, Don Quichotte par sa fidélité obstinée à un idéal artistique, il consacra une grande partie de sa vie à défendre les autres et la musique de l’avenir, parfois au détriment de sa propre œuvre et de sa propre postérité. Copyright FQM Sources bibliographiques Alan Walker Liszt tome 1 et 2 éditions Fayard Serge Gut Liszt éditions de Fallois Émile Haraszti Franz Liszt Éditions À et J Picard 1967 Sylvie Delaigue-Moins Franz Liszt et George Sand éditions Lancosme Correspondance Franz Liszt Richard Wagner Gallimard 2013 Balzac Béatrix Folio Classique Roland de Candé La vie selon Franz Liszt éditions du Seuil Nicolas Dufetel, Franz Liszt Tout le ciel en musique éditeur Le passeur Le Journal de Cosima Wagner, Gallimard La Revue Musica - Edition fac-similé d'octobre 1911 de la Fondation Cziffra - Senlis/Budapest 1986 à l'occasion du centième anniversaire de la mort de Franz Liszt Camille Saint Saëns 1835-1921 Victor Hugo jeune, estampe d’Achille Devéria, 1829. Huile sur bois.1840 de Josef Danhauser Liszt au piano. Face à la statue de Beethoven , Liszt au piano entouré d'Alexandre Dumas et de George Sand assis, debout à l'arrière Victor Hugo , Niccolo Paganini, Gioachino Rossini et au sol Marie d'Agoult . Chopin jeune aquarelle de Wodzinska 1836 Félix Mendelson 1809-1847 Johannes Brahms 1833-1897 Liszt, en 1846, un an avant l'abandon de sa carrière de virtuose lithographie par Joseph Kriehuber Robert de Clara Schumann Ewelina Hanska 1801-1882 Portrait par Holz Sowgen vers 1825. Richard Wagner 1813-1883 par Auguste Renoir , 1882 . « Don Quichotte dans sa bibliothèque », dessin de Gustave Doré trad. Viardot, Paris, Hachette, 1863). George Sand 1804-1876 esquisse de Delacroix 1838 Béla Bartok 1881-1945 photographie 1927 Ferrucio Busoni 1866-1924 photographie 1890 Hans von Bulow 1830-1894 Joseph d'Ortigue 1802-1866 Josep Joachim, jeune 1831-1907 Stephen Heller 1813-1888 par Charles Vogt Richard Strauss 1864-1949 photographié 1910 Hector Berlioz 1803-1869 Retour à aimez-vous Liszt Cliquez ici
- Connaitre liszt | Lola
CONNAITRE LISZT Bibliographie Nous avons sélectionné pour vous 70 ouvrages dans l'immensité des publications qui ont été réalisées sur Franz Liszt. Ces ouvrages ont entre autres servi à constituer ce site de vulgarisation et sont accessibles chez différents éditeurs que vous retrouverez facilement sur le Web. Pour faciliter votre accès à la "matière" lisztienne nous avons mis en oeuvre une classification : une selection d'ouvrages pour une première découverte, des ouvrages de référence, les correspondances de Franz Liszt, les oeuvres littéraires de Franz Liszt et les autres ouvrages. Pour en savoir plus Cliquez ici Sur le Web Internet est aujourd'hui une formidable porte d'entrée dans l'univers de Franz Liszt. Émissions de radio, podcasts, documentaires, concerts, guides d'écoute, partitions, manuscrits et correspondances permettent de découvrir Liszt de multiples façons — et le plus souvent gratuitement. Cette sélection privilégie des ressources accessibles et de qualité pour tout niveau, susceptibles de donner envie de découvrir Liszt ou d'approfondir sa connaissance. Pour en savoir plus Cliquez ici Musées lisztiens Grand voyageur et Européen avant l'heure, Franz Liszt a partagé sa vie entre de nombreux pays. De Raiding, où il naquit en 1811, à Bayreuth, où il mourut en 1886, ses traces sont aujourd'hui dispersées à travers l'Europe et bien au-delà. Plusieurs maisons dans lesquelles il a vécu sont devenues des musées. Ailleurs, bibliothèques, archives et institutions musicales conservent ses manuscrits, sa correspondance, ses partitions, ses instruments, ses objets personnels et une abondante documentation. Pour en savoir plus Cliquez ici Festivals Près d'un siècle et demi après sa disparition, Franz Liszt continue de réunir musiciens, musicologues et mélomanes à travers le monde. De son village natal de Raiding à Budapest, de Weimar à Châteauroux, de l'Italie aux États-Unis, festivals, rencontres, académies et concours entretiennent la présence de son œuvre et permettent de la redécouvrir sous des éclairages toujours renouvelés. Pour en savoir plus Cliquez ici Concours La musique pour piano de Franz Liszt demeure, près d'un siècle et demi après sa mort, l'un des grands défis proposés aux pianistes. Mais jouer Liszt ne consiste pas seulement à faire preuve de virtuosité. Derrière les difficultés techniques parfois redoutables se trouvent une extraordinaire diversité de styles, une connaissance profonde de la littérature et des arts, une recherche permanente de nouvelles sonorités et une conception presque orchestrale du piano. Il n'est donc pas étonnant que plusieurs concours internationaux aient choisi Franz Liszt comme figure tutélaire. Pour en savoir plus Cliquez ici Sociétés et associations L'œuvre et la personnalité de Franz Liszt ont suscité dans de nombreux pays la création de sociétés et d'associations qui contribuent à faire vivre son héritage. Leurs activités sont multiples : concerts, festivals, conférences, publications, concours, actions pédagogiques, recherches musicologiques, rencontres entre interprètes et mélomanes ou encore préservation des lieux et documents liés au compositeur. Pour en savoir plus Cliquez ici Iconographie réalisé à l'attention des lisztiens plusieurs vidéos qui circulent à présent sur les réseaux sociaux et qui font appel aux technologies du morphing. Pour en savoir plus Cliquez ici Lla Hofgärtnerei devenue Musée Liszt à Weimar L'altenburg à Weimar Le jury du concours international Liszt à Utrecht Le studio de Fréquence Protestante Retour à la page d'accueil Cliquer ici
- Don Juan? Mythes et réalités | Lola
Liszt Don Juan ? Entre mythes et réalités Quelles sont alors les conquêtes que l’on prête à Liszt et qui lui valent cette réputation. Des points de vue divergents s’affrontent. Il y a ceux qui reprennent, comme le font beaucoup de biographes, ce qui a été dit par les prédécesseurs sans vérifier l’information, sans aller à la source. Ainsi Rémy Stricker, musicologue et écrivain, de dire : « Il est plus facile d’accréditer une vie orgiaque d’un livre à l’autre et plus difficile à prouver par des documents précis. » Ceux-là donnent dans la généralité avec des phrases comme : « La vie de Liszt est animée de nombreuses jolies femmes » ou encore « Le dédale de ses aventures galantes est trop difficile à suivre », sans aucun détail explicatif à titre de preuve. Il y a ceux qui vont essayer d’interpréter chaque petit indice pour y voir une aventure galante. Ainsi, des annotations de Liszt sur ses partitions — Hortense à 15 h, Émilie à 18 h — alors qu’il s’agissait non pas de rendez-vous galants mais des leçons de piano qu’il donnait. Ceux-là vont fouiller derrière chaque mot, les interpréter dans le sens d’un Liszt libertin et culpabiliser les autres chercheurs qui auraient un avis contraire en les traitant d’hagiographes. Ceux qui, pour alimenter la presse à sensation, voient une relation charnelle dans chaque salonnière qu’il fréquente ou dans chaque femme à qui il donne le bras ou dont il vante les mérites. Et puis il y a des musicologues, des biographes qui ont fait de sérieuses recherches et nous apportent un tout autre son de cloche. Ainsi Alan Walker, musicologue, professeur d’université, biographe exigeant qui a consacré une quarantaine d’années de sa vie à Liszt, et qui est arrivé à la conclusion suivante : « Plus de 150 ans se sont écoulés, et pas une seule pièce véritablement probante n’a été mise à jour qui prouve que le lien de Liszt avec l’une de ces femmes n’a été de nature sexuelle. » Citons aussi Grégoire Caux, autre musicologue chercheur : « La relation de Liszt avec les femmes a fait couler dans la presse des encres plus ou moins bienveillantes à l’égard du musicien, construisant le génie virtuose auquel nul individu de sexe féminin ne peut résister ; c’est un des clichés les plus éculés et des plus lucratifs de la littérature légère à propos de l’homme. » Néanmoins, terminons par un petit florilège chronologique des principales conquêtes que l’on prête à Liszt parmi les plus couramment citées, la plupart de ces relations sont sans fondement sur le plan charnel. Il y a des cas assez étonnants. Liszt et ses supposées conquêtes Liszt jeune, avant sa rencontre avec Marie d’Agoult Lydia Garella , pianiste, a été le tout premier et innocent amour de Franz Liszt âgé de 15 ans. Il lui a dédié ses études en douze exercices et la qualifiera d'affection très pure de jeunesse. Caroline de Saint-Cricq (1810-1872) Liszt a 17 ans, il lui donne des leçons de piano il en tombe amoureux avant de se faire éconduire par le père qui ne saurait voir sa fille s'amouracher d'un musicastre sans titre. Euphémie Didier : suite à sa mise à la porte de chez Caroline de Saint-Cricq, la fille du ministre de Charles X, il est dépressif, veut entrer dans les ordres. Sa mère souhaite l’en dissuader et projette pour cela de le marier avec une voisine, Euphémie Didier. Il a 18 ans et n’en est pas amoureux, mais il reste poli et échange quelques lettres sur lesquelles tombera Marie d’Agoult, première scène de jalousie lorsqu’elle découvre les lettres. Adèle de La Prunarède (1808-1874) , encore une comtesse, rencontrée à 19 ans dans un salon. Elle l’invite dans son château de Marlioz, dans les Alpes, en compagnie de son mari. Liszt va y passer un peu plus d’un mois ; il est coincé par la neige et s’y ennuie. Dès que les congères sont fondues et que les chemins sont praticables, il rentre à Paris. On connaît surtout cette liaison par Marie d’Agoult, qui a peur que Franz ne soit de nouveau conquis par ses beaux yeux à chaque fois qu’ils ont l’occasion de la rencontrer. Cristina de Belgiojoso (1808-1871) , princesse, personnalité extraordinaire, femme de lettres, activiste du Risorgimento . Très religieuse, elle adore la musique. Salonnière, elle reçoit tous les grands compositeurs du siècle, dont Liszt, avec qui elle est très amie. Ils se voyaient en fait peu, mais ont entretenu pendant de nombreuses années d’affectueuses relations épistolaires. Là encore, Marie montre une vive jalousie à son égard dans sa correspondance avec Franz. Marie Moke Pleyel (1811-1875) , brillante et belle virtuose. Tous en étaient amoureux ; elle plaisait beaucoup à Chopin, qui lui dédia ses Nocturnes, opus 9. Elle fut fiancée à Berlioz et eut beaucoup d’aventures amoureuses, dont une avec Liszt dans sa grande jeunesse. Concertiste virtuose, elle sera amenée plus tard, dans ses tournées, à rencontrer Liszt sur scène, ce qui suscitait la crainte de Marie d’Agoult. Relations du temps de Marie d’Agoult George Aurore Sand (1804-1875). Elle admirait Liszt. Après lui avoir été présentée par Musset en 1834, elle lui écrira : "J'ai besoin de vous revoir et de vous dire prosaïquement que je vous aime" Franz était alors avec Marie d’Agoult et il n’a pas succombé aux beaux yeux de George, même si cette dernière aurait été consentante. Après une période idyllique entre les trois, Marie d’Agoult, jalouse de George Sand, de la femme autant que de l’écrivaine, provoque la rupture de la belle amitié avec Liszt qui ne cessa jamais de l'admirer. Pour en savoir plus Liszt et George Sand, Les amitiés trahies Cliquer ici Relations entre 1842 et 1844, au moment de la rupture avec Marie (Liszt a 33 ans) Bettina von Arnim (1785-1859) , femme de lettres célèbre en Allemagne, féministe, amie de Beethoven, Karl Marx et Goethe, avec qui elle s’inventa une liaison. Elle fréquenta Liszt à Weimar, alors qu’elle avait 67 ans et Liszt 40 ans. Tous deux partageaient leur passion pour la littérature et la musique. Elle avait sept enfants, dont une fille qu’elle aurait souhaité marier à Liszt. On dit qu’elle était admirative et amoureuse de Liszt avant de se fâcher avec lui, le traitant de jésuite. Voici ce qu’elle lui écrivit, belle surenchère sentimentale du XIXᵉ siècle : « Par où que ce soit que tu me touches, tu éveilles en moi le besoin de me rendre meilleure […] Si je veux penser à toi, je ne peux que rêver. Tu es un organe du temps […] je te veux du bien ; je t’aime. Le temps m’a arrosée de sa frétillante pluie […] c’est grâce à l’écoute de ta musique… » Charlotte von Hagn (1809-1891) , belle et célèbre grande actrice, la Sarah Bernhardt allemande de son temps. Liszt avoue cette liaison à demi-mots dans une lettre à Marie, évoquant la brièveté de cette relation. Ils entretinrent une correspondance pendant de nombreuses années. Quant à Charlotte, elle écrira à Liszt quelques années plus tard : « Bien des années se sont écoulées depuis que je vous ai trouvé et perdu, mais je dois avouer que vous m’avez gâchée pour tous les autres hommes ; car aucun, aucun ne supporte la moindre comparaison. Vous êtes et resterez unique. » Lola Montès (1821-1861) . Danseuse sans talent, célèbre pour avoir été la scandaleuse maîtresse de Louis Ier de Bavière. Sans cesse en mal de renommée que son seul talent ne lui permet pas d’acquérir, elle aurait jeté son dévolu sur Liszt. Lors d’une représentation de Rienzi à Dresde, elle serait sortie de la salle en même temps que Liszt, tentant d’attirer son attention. Première rumeur de liaison dont Wagner se fait l’écho, information qu’il ne reprendra pas dans Ma vie . Les musicologues Pierre-Antoine Huré et Claude Knepper dans Liszt en son temps, soulignent qu'aucun document sérieux de l’époque ne confirme une liaison quelconque entre les deux, hormis un encart que Lola Montez aurait fait paraître elle-même dans la Revue et Gazette musicale, immédiatement suivi d’un démenti : « Les bruits les plus divers ont couru sur un intérêt marqué que M. Liszt aurait porté à une célèbre danseuse. Nous devons affirmer qu’ils sont sans fondement. C’est un hasard si ces deux artistes se sont trouvés au même moment à Dresde. » Elle ne cessera ensuite de le harceler, de le poursuivre dans ses tournées à tel point que la rumeur court que Liszt, excédé, aurait été obligé de payer un directeur d'hôtel pour qu’ il la garde enfermée dans sa chambre. Quant à Lola Montés dans sa très longue biographie en 9 volumes, selon Alan Walker elle n’ a évoqué aucune idylle avec Liszt alors qu’ elle n’y a manqué aucun détail de la moindre de ses aventures galantes. Bien d’ autres preuves infirment cette supposée idylle notamment des non concordances de dates qui nous permettent de conclure que le doute sur cette liaison doit être de mise ce qui n’ empêche pas la rumeur de se perpétuer et de se retrouver encore aujourd’hui sur Wikipédia. Marie Duplessis (1824-1847) , l’ inspiratrice de La Dame aux camélias et de La Traviata , rencontre Liszt et lui demande de l’ emmener avec lui à Weimar puis en tournée à Constantinople . Liszt l’ en dissuade, botte en touche et lui propose Constantinople mais pour l’ année suivante, trop malade, elle mourra avant. Liszt apprenant sa mort en 1847 alors qu’ il est on ne peut plus fâché avec Marie d’ Agoult qui a publié Nelida, se venge en écrivant à Marie: « C’ est la première femme dont j’ ai été amoureux. Ce voyage à Constantinople est une de ces étapes évitée à grand peine, que j’ ai toujours regrettée. » Valentine de Cessiat(1821-1894) Après la rupture avec Marie d’ Agoult, Liszt va donc poursuivre sa GlanzPeriode, sa période brillante de virtuose qui durera une dizaine d’ années. Il est fatigué, épuisé, lassé d' être le valet du public comme il dit, il veut s’ arrêter pour composer et se marier. Il rêve au mariage et à une vie plus tranquille. Il jette son dévolu sur la nièce de Lamartine, Valentine de Cessiat. Mais celle-ci connaissait Marie d’ Agoult et avait lu Nelida, Liszt victime de sa mauvaise réputation bien entretenue par Marie dans tous les salons, sera éconduit, Valentine choisira de rester avec son oncle Alphonse de Lamartine qu'elle accompagnera jusqu'à la fin de ses jours. Relations du temps de la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein Émilie Genast (1833-1905) , célèbre soprano allemande. Elle fut sa muse à une époque où il s’intéressait beaucoup au chant et où il composait ses lieder. Elle fut aussi très appréciée de Richard Wagner. Femme généreuse et dévouée, dont Carolyne a été fort jalouse à Weimar. Agnès Street-Klindworth (1825-1906). Enfin une liaison bien avérée entre 1853 et 1855. Liszt a 42 ans. Voici ce que Pauline Pocknell écrit à son sujet : « Beauté exceptionnelle, grande, blonde, catholique, spirituelle, vivace, d’une politesse exquise, d’un chic parisien, intelligente, musicienne. » Cette relation fut, pour une question d’honneur, la mieux gardée et la plus secrète de Liszt. Souvenez-vous : il se devait de rester loyal envers Carolyne, qui avait tout sacrifié pour lui. De plus, il se préparait à marier ses filles. Il ne pouvait donc vraiment pas se permettre un scandale. Le départ d’Agnès, après une liaison d’à peine deux ans à Weimar, laissera Liszt inconsolable. Il lui écrira : « Ta pensée et ton image ne me quittant point, c’est une inguérissable douleur. » lls correspondront jusqu’aux derniers jours de Liszt, et c’est grâce à cette correspondance du compositeur à Agnès — qu’il lui avait demandé de détruire, ce qu’elle ne fit pas — que cette liaison secrète est connue. Livre conseillé -Franz Liszt and Agnes Street-KlindWorth, a correspondance 1854-1886. annoté par Pauline Pocknell, Pendragon Press, Hillsdale, NY Olga Janina (1845-1914) , Jeune, 24 ans. C’est une élève de Liszt, qui a alors pris les ordres laïcs et s’impose la soutane. Elle est complètement mythomane, excentrique. Elle ne cesse de s’inventer des passés et des titres farfelus. Elle tombe follement amoureuse du compositeur, son professeur de piano, qui, à l’époque, a une soixantaine d’années. Elle le harcèle, le poursuit, pire que Lola Montez. Elle menace même de le tuer s’il n’obtempère pas à ses avances : « Je ne pouvais l’aimer qu’avec violence, frénésie. Il serait à moi ou je le tuerai. » Elle voulut l’empoisonner puis tenta de le tuer avec un pistolet à Budapest en 1871. Liszt finira par la faire expulser de Hongrie. Pour se venger, elle fera comme Marie d’Agoult : elle publiera un livre à charge contre Liszt intitulé Souvenirs d’une cosaque, montrant un homme, l’abbé X, Liszt pris entre ses exaltations mystiques et ses désirs charnels. Ce livre très émoustillant eut plusieurs suites et fut treize fois réédité du temps de Liszt. Best-seller dont Liszt a beaucoup souffert, ainsi que son entourage, notamment Carolyne, à Rome, qui se met à douter. Olga von Meyendorff (1838-1926) Des 1871, après le décès de son mari, elle devint la dame de compagnie de Liszt quand il séjournait à Weimar, Carolyne résidant à Rome depuis plus de dix ans . Relation intellectuelle, aucune preuve qu’ elle ne fut charnelle. Admiratrice de Richard Wagner, amie de Cosima elle fut admise dans la même voiture qu’ elle lors des funérailles de Liszt. ( voir les grandes compagnes de Liszt) Maria Moukanoff Kalergis (1822-1874) Autre grande amie de Cosima et de Richard Wagner, elle eu un faible pour Liszt. Elle lui avoua qu'elle éprouvait à son égard "Un sentiment de jalousie souffrante qui paralysait vis à vis de lui, toute sa spontanéité naturelle." Lina Schmalhausen (1864-1928) , une jeune élève de Liszt qui a une cinquantaine d’années de moins que lui, recommandée par l’impératrice Augusta pour s’occuper de Liszt âgé. Elle remplira sa mission avec dévouement jusqu’à Bayreuth et essaiera de soulager ses souffrances sur son lit de mort, alors que Cosima n’était préoccupée que par la représentation de Parsifal et qu’elle la mettra à la porte. On peut arrêter là cette liste, non pas parce que le secret d’ennuyer est celui de tout dire, comme l’a écrit Voltaire, mais surtout parce que cela revient à examiner, à disséquer, à interpréter les on-dit, les potins, les commérages, les rumeurs de l’époque, ce qui est sans intérêt. Soyons comme Liszt, dans le point d’honneur, et ne refaisons pas la presse à scandale du XIXᵉ siècle. Le but n’est pas de faire l’exégèse des supposées maîtresses de Liszt, mais d’essayer de comprendre ce qui a valu à Liszt, homme d’honneur, cette réputation d’abbé libertin. En résumant on peut dire que, côté cœur, comme nous venons de le voir, malgré sa foi chevillée à l’âme et sa hantise du péché de chair, il n’eut pas une vie monastique, mais il fut très loin des records établis par d’autres de son époque, dont les aventures galantes étaient la norme. Ainsi Alexandre Dumas père, contemporain de Liszt, qui se vantait d’avoir eu 500 maîtresses, ou Chateaubriand, auteur du Génie du christianisme, dont l’objectif est de défendre le christianisme contre l’athéisme et le libertinage. Qui reproche aujourd’hui à Chateaubriand de n’avoir jamais cessé de tromper sa femme, superposant les maîtresses ? Que dire de Victor Hugo, de Musset et de tant d’autres contemporains de Liszt ? Que dire aujourd’hui de Mick Jagger, rock star comme Liszt l’a été, qui se vante d’avoir eu plus de 4 000 maîtresses ? Si Liszt, qui disait ne pas avoir beaucoup croqué à la pomme, l’avait voulu, étant donné le harcèlement dont il a été l’objet, même dans sa vieillesse, il aurait peut-être pu battre un de ces records. Voici une liste de quelques hommes célèbres, contemporains de Liszt, qui ont eu en point commun la syphilis : Beethoven, Paganini, Schubert, Heine, Schumann, Flaubert, Baudelaire, Jules de Goncourt, Alphonse Daudet, Nietzsche, Gauguin, Maupassant, Manet, Verlaine, Toulouse-Lautrec, Donizetti, Hugo Wolf, Smetana, Chabrier… Liszt ne figure pas dans cette liste. Mais ce raisonnement peut être considéré comme fallacieux, puisque A. Dumas, l’homme aux 400 maîtresses, n’y figure pas non plus. Nous venons de le voir : il n’y a donc guère de preuves concernant toutes les femmes qu’on lui prête — il est vrai aussi qu’on ne prête qu’aux riches — et, quand on fait le compte des liaisons strictement avérées, il n’a pas eu à son palmarès plus de femmes dans sa vie que n’en ont eu Wagner, Debussy, Gounod… Comment est né le mythe de Don Juan ? Pourquoi Liszt est-il passé à la postérité sous les traits d’un Don Juan invétéré, voire d'un abbé libertin ? Cette réputation repose beaucoup moins sur les faits que sur une succession de malentendus, de règlements de comptes, de rumeurs et de reconstructions romanesques. Les raisons en sont multiples. Liszt décontenance le public Les grandes compagnes de Liszt ont été deux aristocrates : la première, une comtesse ; la deuxième, une princesse, qui ont tout laissé tomber pour rejoindre Liszt : leur mari, leur famille, leur immense fortune, leur réputation. Quel scandale pour l’époque ! Suivre un musicien, simple roturier qui plus est se positionnait en croyant catholique fervent, il y avait de quoi déconcerter un large public. Le paroxysme fut atteint quand il prit les ordres laïcs en 1865 après l' échec du mariage avec Caroline et qu’ il voulut porter la soutane. Comment un catholique dont la religion a imprégné toute la vie passant d’ un catholicisme libéral, social à un catholicisme intransigeant en vieillissant « Nous devons obéir à l’ Église jusqu’ à la pendaison », écrira t-il, comment un tel homme pouvait il avoir des relations intimes avec des femmes mariées, transgressant ainsi le commandement : « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain » ? De plus, Liszt a prêté le flanc à ces échos et il a sa part de responsabilité. il a toujours été un homme à la recherche de sa voie ne cessant d' exposer son déchirement entre foi amour et musique et de se confesser. Ainsi, à propos de ses deux grandes compagnes, Marie et Carolyne, qui ont quitté leur mari pour lui, il n’a jamais caché son sentiment de culpabilité. Il écrivait à la baronne Meyendorff : « Je continue d’exister avec la plus profonde repentance et contrition d’avoir ostensiblement violé autrefois le neuvième commandement : tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain. » Cette sincérité à livrer les combats intérieurs qui l’ habitaient désarma rarement ses détracteurs. Au contraire, elle leur fournit des arguments supplémentaires et engendra les sarcasmes. Son humour tout aussi paradoxal que sa personnalité contribua également à désorienter le public. Il pouvait, à quelques années d’ intervalle, écrire des formules qui se contredisaient. Ainsi à propos du mariage: "Soyez tranquille, je suis devenu raisonnable. Si j’ enlève une femme, ce sera avec le mari cette fois » Pour affirmer : "Le mariage, la famille, quels plus doux et nobles buts de l’ homme" Avant de lancer cette autre boutade : "Le mariage , où tu n’ es pas , là est le bonheur" Les règlements de compte Pour son malheur, les femmes qui n’ont pu le garder ou le posséder se sont donné à cœur joie dans des publications vengeresses et assassines qui furent des best-sellers et ont considérablement nuit à l’ image du compositeur Tout d’ abord la comtesse Marie d’Agoult avec son livre Nelida qu’ elle publie en 1846 2 ans après sa rupture avec Liszt. Ce roman à clef met en scène un artiste peintre nommé Guermann — on peut y reconnaître Liszt—, décrit comme un Don Juan parvenu, vaniteux, incapable d’ aimer durablement, indifférent à la souffrance de sa compagne, enfin un artiste raté sans inspiration. Le succès du livre fut immense. Il fixa durablement dans l’opinion publique l’image d’un Liszt séducteur, cruel, image d’autant plus crédible qu’elle émanait d’une femme qui l’avait intimement connu. Pourtant Nélida relève davantage de la transfiguration littéraire que du témoignage objectif. Marie d’Agoult y règle ses comptes, reconstruit son rôle, s’arroge la posture de la victime lucide face à un homme dévoyé par la gloire. Elle ne cessa jamais de le dénigrer mais en resta néanmoins amoureuse jusqu' à la fin de ses jours! Liszt, fidèle à son point d’honneur, refusa toujours de se reconnaître dans ce portrait. Il ne répondit ni publiquement ni par écrit, laissant le roman faire son œuvre corrosive. Ce silence, perçu comme un aveu, contribua paradoxalement à la solidification du mythe. Deux décennies plus tard, en 1874, un second ouvrage a alimenté les mille et un ragots des salons et de la presse. Cette fois, son auteur est une jeune femme de vingt quatre ans aussi redoutable que la précédente dans sa vengeance, Olga Janina, exaltée, qualifiée de mythomane par ses contemporains, elle s’ éprend passionnément du compositeur sexagénaire qui porte désormais la soutane « Je ne pouvais l’ aimer qu’ avec violence, frénésie. Il serait à moi ou je le tuerai » ce qu' elle tenta de mettre à exécution jusqu'à ce que Liszt, excédé après maintes péripéties, la fasse expulser de Hongrie. Pour se venger, elle publie un livre à charge contre le compositeur intitulé Souvenirs d’une cosaque, montrant l’abbé X (Liszt) pris entre ses exaltations mystiques et ses désirs sensuels. Ce livre très émoustillant eut plusieurs suites et fut treize fois réédité du vivant de Liszt! Son caractère sulfureux, les allusions sexuelles et le contraste entre la soutane et les prétendues aventures sentimentales assurent son triomphe. L’ ouvrage répond parfaitement aux attentes d’ un public friand de scandales. Peu importe que le récit soit largement romancé, exagéré ou invérifiable, l’ image de « l’ abbé libertin » est née. Elle s’ impose dans l’ opinion et vient renforcer celle, déjà bien installée du Don Juan invétéré. Avec le recul, ces deux livres apparaissent moins comme des sources historiques que comme deux extraordinaires entreprises de fabrication d’ une légende noire. Leur succès montre à quel point une œuvre de fiction, lorsqu’ elle rencontre les préjugés de son époque peut peser davantage sur la mémoire collective que les faits eux-mêmes. Le harcèlement féminin Liszt était ce que nous appelons aujourd’hui une superstar : beau, intelligent, cultivé, charismatique, pianiste d’ excellence à l’ époque du piano roi, il avait tout l’arsenal du séducteur. Faisant l’ objet d’ un véritable culte, il fascinait et déchaînait les foules, d’où le terme de « Lisztomania » forgé par Heinrich Heine. Toute sa vie, Liszt fut entouré, sollicité, adulé et littéralement poursuivi par l’ admiration de ses contemporains et plus particulièrement des femmes qui l’ ont littéralement harcelé, depuis les flatteries qui accueillirent ses premiers concerts d’ enfant prodige jusqu’ aux hommages rendus à ses soixante-quinze ans dans toute l’ Europe. Il n’ y avait pas de « selfies » à l’ époque mais toutes les femmes voulaient être vues avec lui, lui donner le bras et tant rêvaient d’ avoir une aventure avec lui. L’ une d’ elle résumera ce sentiment par cette formule éloquente : « Avoir été aimée de Liszt ne fut ce qu’ une heure était assez de bonheur pour une vie. » Le témoignage d’ Adèle von Schorn, amie commune de la princesse Caroline et de Liszt alors que celui ci avait dépassé la soixantaine, est particulièrement éclairant : « Je n’ ai jamais vu qu’ avec dégoût ce don qu’ avait Liszt d’ attirer les femmes. Cela n’ eut point de cesse même dans sa vieillesse et il était pénible de constater qu’ il se trouvait des femmes capables de regarder le vieillard comme une proie désirable . Que tant de femmes aient voulu son amour, lui aient fait des avances passionnées, n’ est pas particulièrement à la gloire de notre sexe. Les hommes lui en voulaient naturellement terriblement. Liszt respectait chaque femme convenable et m’ a dit un jour- dans ses dernières années d’ un ton grave « Je n’ ai jamais séduit une jeune fille ». Je sais que cette déclaration est vraie. Malheureusement je n’ ai vu que trop souvent comment les femmes se jetaient sur lui, si bien qu'on aurait pu penser que les rôles étaient inversés.. » Cette remarque est importante. Elle vient contredire l’ image du séducteur impénitent. Le témoignage ne provient pas d’ un admirateur aveugle mais d’ une femme qui observa Liszt durant de longues années. Et elle n’ est pas la seule, beaucoup d’ autres témoignent ainsi. Franck Servais , l’ un de ses élèves écrivait : « Liszt exerce d’ ailleurs une fascination extraordinaire […] j’ en puis parler car je la subis moi même […] Mais certaines femmes vont vraiment trop loin : c’ est de l’ idolâtrie, du fétichisme ; elles se disputent une fleur qu’ il a touché, ramassent ses bouts de cigare ; celles qui sont assez indépendantes pour pouvoir le faire, le suivent de ville en ville , tout le long de l’ année » Tchaïkovski fait part du même étonnement quand il rencontre Liszt dans son vieil âge encore poursuivi par de jeunes femmes. Cosima dans son journal de 1881, Liszt a 70 ans, évoque "les filles-fleurs" qui l’ attendent à la sortie du Festspiele (festival) de Bayreuth, je cite « pour pouvoir le voir encore une fois » Enfin, une de ses élèves, Janka Wohl, dira qu’ « il a marché toute sa vie sur des fleurs » tant il a été convoité, désiré, applaudi, malgré les violentes attaques et critiques dont il a été l’ objet, lui et sa musique de l’ avenir. Cette fascination féminine fournissait un terrain idéal à la naissance des rumeurs de liaisons. Paparazzi, rumeurs et jalousie Le XIXème siècle avait déjà une presse à sensation bien opérante. Les salons mondains, les gazettes, les chroniques artistiques constituaient de véritables caisses de résonance. Avec Liszt, le sujet était inépuisable. Parler d' un artiste célèbre, portant la soutane, arborant les décorations de ses nombreuses distinctions, affichant une personnalité hors du commun et en galant homme du 19ème, donnant le bras à de multiples femmes, était très vendeur et galvanisaient les paparazzi. À chaque apparition publique, une nouvelle liaison pouvait lui être prêtée . A chaque éloge ou dédicace adressée à une femme, une aventure sentimentale pouvait être imaginée. A ces récits souvent malveillants, venait s’ ajouter un phénomène inédit. Jamais auparavant - sauf pour Paganini- un musicien n’ avait suscité une telle fascination populaire. Cette célébrité exceptionnelle allait à son tour nourrir tous les fantasmes. Un classement alimenté par le Historical Popularity Index montre que Liszt est resté dans le « top ten » des compositeurs les plus populaires en Europe de 1831 à 1873 soit 42 ans ! Il est resté à la tête de de ce classement pendant 19 ans de 1831 à 1861. Aucun autre artiste de l’ époque n’ a occupé ainsi le devant de la scène avec un tel succès populaire sur une si longue durée. Le "top ten" en vidéo à consulter Cliquez ici Un tel succès ne pouvait manquer de susciter la jalousie. "Liszt fut peut-être l'homme qui a suscité le plus de jalousie de toute l'histoire de la musique". Alfred Brindel Charisme, exceptionnelle virtuosité, richesse de son inventivité musicale , argent qu’ il a gagné, même s’ il le distribuait généreusement, ont engendré beaucoup de jalousie. On se soulageait en le critiquant sévèrement ou en propageant toutes sortes de rumeurs méphitiques. Ainsi des grands critiques et musiciens de l’ époque, Hiller, Hanslick, Heine et de ses amis , citons les plus célèbres, Chopin, Balzac, Heller, Joachim, Berlioz, Clara Schumann, Brahms, Wagner qui vont le jalouser ( voir rubrique Liszt et les amitiés trahies). Wagner a fait courir le bruit concernant Lola Montes et on peut lire dans la dernière année du journal de Cosima Wagner, 1883 , année du décès de Richard qu’ elle s’ attriste de constater la continuelle jalousie de son mari à l' égard de son père, « Richard était jaloux de mon père ». Cet aveu éclaire bien des attaques dont Liszt fut l’ objet. Son immense succès artistique fascinait autant qu’ il irritait. La présence féminine, un baume contre la virulence des critiques il existe un dernier élément qui permet de comprendre la place des femmes dans la vie de Liszt. Il fuyait le péché de chair mais ne pouvait se passer d’ une présence féminine. Toute son existence fut traversée par cette tension entre la foi, l’ élan amoureux et la musique. Il ne cesse de le dire et de l’ écrire : « Deux pôles, deux désespoirs dans ma vie : l’amour et la musique. » Et il écrit à Caroline « Néanmoins, je ne renierai jamais l’amour, malgré toutes ses fausses apparences et ses profanations » L’amour ne doit pas être pris chez lui au sens restrictif d’amour charnel, de libertinage. Liszt était sujet à de graves crises de mélancolie, hanté par le péché, d’une grande humilité mais avec un fort ego ; il avait besoin d’être entouré, flatté, rassuré, aimé au sens large du terme. Ainsi, cette cour féminine, cette dévotion dont il faisait l’objet était comme un baume et le consolait de la critique féroce. La princesse Carolyne l’ excuse en disant que Liszt, s’il n’est pas d’une nature libertine, a besoin de la présence de femmes autour de lui, dont il apprécie la dévotion. Cela lui permet d’oublier les critiques virulentes dont il est sans cesse la cible. Citons Carolyne écrivant à Berlioz, de Weimar : « Sa besogne est rendue très difficile et l’assaut qu’on lui livre est vraiment de la furie. Ni les injures ni les mensonges ne lui sont épargnés ; la rage des classiques monte jusqu’au delirium tremens. » La dévotion des femmes était donc comme un baume pour Liszt, un refuge. Même s’il traitait ses « groupies » de mouches, il en était très flatté et y fut sensible jusqu’à la fin de ses jours. Et que disent celles et ceux dont il a tant affectionné la présence, qui l’ ont si bien connu, ses 400 élèves qu’ il a fréquentés quotidiennement et dont beaucoup se sont empressés d’ écrire leurs souvenirs de retour chez eux? Ils brossent toutes et tous un portrait remarquablement cohérent. Toutes et tous évoquent un homme magnétique, chaleureux, d’ une immense bonté , capable aussi de colères spectaculaires, volontiers tactile mais toujours respectueux. Toutes et tous soulignent son sens excessif du devoir, de l’ honneur et de la délicatesse envers les femmes. Cette unanimité mérite d’ être soulignée . Elle contraste avec le portrait du libertin impénitent légué par certaines œuvres de fiction. Un homme déchiré « Ma vie n’ a été qu’ un long égarement du sentiment de l’ amour. J’ ajoute singulièrement mené par la musique- l’ art divin et satanique à la fois- plus que tous les autres, il nous induit en tentation » Liszt, un tiers franciscain, un tiers mondain, un tiers tzigane, a toujours été un homme déchiré qui, en bon romantique, n’a cessé de faire part de ses atermoiements prêtant ainsi le flanc aux rumeurs qu’ il pouvait alimenter par ses confessions souvent incomprises et sa mauvaise conscience qu’ il étalait. Il ne s’ agit pas de transformer Liszt en saint ni de nier les passions qui traversèrent son existence . Il s’ agit simplement de revenir aux témoignages et de distinguer les faits des légendes et de rendre à un homme infiniment complexe la vérité de ses contradictions. Une de ses élèves, Janka Wohl, a écrit fort joliment : « Liszt était bien la personnalité la plus compliquée, faite d’ombre et de clarté comme pas une ; vouloir donner un résumé de Liszt serait vouloir refléter l’univers dans une goutte d’eau. » Plus séduisant que séducteur, harcelé mais jamais harceleur, pris dans ses contradictions d’homme déchiré entre la musique, la foi et l’amour, il n’a certes pas été un enfant de chœur, comme on dit, mais la foi sincère et le sens de l’honneur indéniable de ce personnage hors normes, si difficile à saisir, étaient trop profonds pour avoir été ce coureur de jupons invétéré que plusieurs, par facilité ou par souci du croustillant et de la vente de livres, aiment à perpétuer. Ainsi d’un roman récent, intitulé Liszt, l’abbé libertin . Il est dommage que cette réputation d’ abbé libertin — qu’il n’a jamais été, ni abbé au sens où nous l’entendons aujourd’hui, ni libertin au sens de « qui s’adonne aux plaisirs de la chair » — perdure et se soit ainsi enkystée au fil des ans parce qu’ il fait vendre. Liszt, qui a toujours essayé de se conduire en homme d’honneur avec les femmes, reste néanmoins une énigme. De ses paradoxes naît sa personnalité fascinante, qui justifie les milliers d’ouvrages qui ont été écrits à son sujet de par le monde, avec tous les fantasmes et extravagances qu’on y a entassés. Avant de refermer cet article, laissons la parole à Franz Liszt Liszt dans sa jeunesse écrivait à Valérie Boissière, une de ses élèves « N’ ajoutez pas foi aux 1000 bruits faux, absurdes et calomnieux qui courent de par le monde sur moi » A la fin de sa vie, il tenait exactement le même langage : « Tant de mensonges, d’ affabulations, tant de niaiseries ont été écrits sur moi. » Et il ajoutait avec une résignation presque prophétique: « Vous voyez, c’ est ainsi qu’ on écrit l’ histoire, et, ce qu’ il y a de pire…il faut laisser dire les gens et se taire » Copyright FQM Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Huré, Pierre-Antoine et Claude Knepper , Liszt en son temps, Paris, Hachette Littératures, 1987. Stricker, Rémy, Franz Liszt. Les Ténèbres de la gloire, Paris, Gallimard, 1993. La Mara [Ida Maria Lipsius], Liszt und die Frauen , réédition, Dearbooks, 2015 Grabócz, Márta (dir.) , Les grands topoï du XIXe siècle et la musique de Franz Liszt , Paris, Hermann, 2018.- Chapitre XIII Les modes de présence de la figure féminine chez Franz Liszt par Grégoire Caux Schorn, Adelheid von, Franz Liszt et la princesse de Sayn-Wittgenstein. Souvenirs intimes et correspondance, Paris, Dujarric, 1904. Adèle de La Prunarède (1808-1874) , Cristina de Belgiojoso (1808-1871) , Marie Moke Pleyel (1811-1875), Bettina von Arnim (1785-1859), Charlotte von Hagn (1809-1891) , Lola Montès (1821-1861). Marie Duplessis (1824-1847), Émilie Genast (1833-1905), Agnès Street-Klindworth (1825-1906). Lina Schmalhausen (1864-1928) Olga von Meyendorff (1838-1926) Olga Janina (1845-1914), George Aurore Sand (1804-1875) Portrait Delacroix 1834 Franz Liszt Stephen Heller 1811-1885 Heinrich Heine 1797 - 1856 Ferdinand Hiller 1811 - 1885 Eduard Hanslick 1825 - 1904 Valentine de Cessiat(1821-1894) Les quatre "H" entre jalousie et inimitié "Nélida" 1846, le roman de Daniel Stern Pseudonyme de Marie d'Agoult "Souvenir d'un cosaque " 1874 de Robert Franz pseudonyme d'Olga Janina Retour à Liszt et les femmes Cliquez ici
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À travers lui, c'est tout un siècle que l'on peut découvrir dans ses dimensions artistiques, intellectuelles, humanitaires et politiques. Prodigieusement doué et érudit, Liszt fut en relation avec une grande partie de l'intelligentsia européenne du siècle romantique, dont il demeure l'un des représentants le plus emblématique. Personnalité charismatique mais complexe, véritable légende vivante, il suscita autant l'admiration que la jalousie. Sa musique novatrice fut souvent critiquée, parfois incomprise. Elle puise dans les siècles passés tout en annonçant l'avenir, ouvrant la voie à plusieurs courants majeurs de la musique moderne. Pianiste virtuose, compositeur éclectique, chef d'orchestre et professeur, Liszt fut également un écrivain prolifique. Européen avant l'heure et grand voyageur, il s'imprégna des multiples cultures qu'il rencontra et dont sa musique porte l'empreinte. Ce site est un site de vulgarisation, sans prétention : une goutte d'eau dans l'océan des recherches et des publications consacrées à Franz Liszt partout dans le monde. Son ambition est d'offrir une vision panoramique et généraliste du compositeur, de sa vie, de son œuvre et de son époque. Il rassemble des connaissances fondamentales et renvoie vers des ouvrages de référence ainsi que vers des documents facilement consultables sur Internet. Ce n'est donc pas un site de recherche, même si les travaux des chercheurs peuvent naturellement y être mentionnés. Nous avons voulu alléger la narration en ne citant pas nos sources de façon précise mais en renvoyant à une bibliographie générale. Il s'agit donc avant tout de permettre une première rencontre avec ce personnage haut en couleur, épicentre du siècle romantique et de donner à celles et à ceux qui le découvrent l'envie d'aller plus loin. Nous avons choisi une présentation simple, en mosaïque : accessible aux débutants, mais proposant, ici ou là, des sujets plus approfondis pour ceux qui sont déjà « lisztiens ». Chaque partie étant indépendante, certaines redites ont parfois été nécessaires. Cette base de connaissances est née aussi d'une envie : partager nos coups de cœur et nos coups de griffe pour en faire également un lieu de partage. Chacun est invité à apporter un témoignage, à signaler un document, à compléter une information ou à proposer une amélioration. Françoise Quédeville Marmey Jean-François Marmey Vous souhaitez contribuer à cette base de connaissance sur Franz Liszt, faire des commentaires particuliers sur nos articles et publications, devenir des partenaires, rester informés sur l'évolution de nos publication ? prenez contact avec nous nous reviendrons aussitôt vers vous Cliquez ici Franz Liszt 1811-1886 Huile sur bois.1840 de Josef Danhauser Liszt au piano. Face à la statue de Beethoven , Liszt au piano entouré d'Alexandre Dumas et de George Sand assis, debout à l'arrière Victor Hugo , Niccolo Paganini, Gioachino Rossini et au sol Marie d'Agoult . Vous voulez rester informés, votre mail dans le carré blanc et cliquez sur Envoyer E‑mail Envoyer
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Les partenaires qui contribuent à cette base de connaissance QUELQUES CONTRIBUTEURS Phillipe André, psychiatre, écrivain, pianiste Alain Bernon, psychiatre, essayiste, musicologue Marie Hutin , professeure de piano, mélomane Catherine Joly, professeure de piano et pianiste professionnelle Diane Kolin, professeure , chercheuse à l'Université de Toronto Marc Lanuzel, mélomane Paul-Hubert des Mesnards, écrivain, pianiste, conférencier Stéphane Monier , dentiste, mélomane, collectionneur Françoise Quédeville , mélomane Christine van Zandijcke , professeur, mélomane Liste en cours de finalisation Et nous remercions tous les pianistes qui ont apporté leur témoignage Voir chapitre Aimez-vous Liszt Cliquez ici NOS PARTENAIRES INSTITUTIONNELS Tous ces partenaires constituent sur leurs secteurs géographiques respectifs des contacts précieux pour accéder à des sources potentielles concernant Franz Liszt. Chacun de ces partenaires dispose d'un relationnel important de notoriété dans la connaissance de Franz Liszt; musicologues, historiens, artistes concertistes … Tous participent activement aux colloques et réunions d'information qui sont organisées à l'attention des publics mélomanes appréciant le musique du 19eme. Sur les pas de Liszt C'est une association qui regroupe entre 150 et 200 adhérents passionnés par la musique lisztienne, l'œuvre de Franz Liszt en général et le chant choral. Au-delà de l'organisation de colloques, concerts elle propose des voyages de sensibilisation à l'environnement qui a inspiré Franz Liszt dans ses créations. Celui-ci a été un grand voyageur, il se produisit partout en Europe ce qui donne plein d'opportunités pour de beaux voyages sur ses pas. Site internet de "Sur les pas de Liszt" Cliquez ici Fréquence protestante Grace au partenariat avec l'association "Sur les pas de Liszt" Catherine Gras et Paul-Hubert des Mesnards producteurs sur Fréquence protestante 100.7 FM, a créé une émission "Dans les pas de Liszt" dont la finalité est d'interviewer des personnalités du monde de la musique; artistes, auteurs, créateurs de festivals ... sur leur perception de l'œuvre de Franz Liszt. Site internet de "Dans les pas de Liszt" Cliquez ici Le Cercle National Richard Wagner - Paris Le Cercle National Richard Wagner (CNRW), fondé en 1965 est avant tout un lieu de rencontres pour les amateurs de l’art wagnérien, pour tous ceux qui désirent découvrir ou approfondir l’œuvre et la vie de Richard Wagner, mais aussi son temps et ses contemporains, et au-delà pour tous ceux enfin, qui aiment l’art lyrique et la musique. Richard Wagner, grand ami admiré de Franz Liszt est devenu son gendre après avoir épousé sa fille Cosima. Leurs œuvres respectives se sont croisées. Pour en savoir plus Cliquez ici L'institut Liszt à Paris Créé en 1920, la fonction de cet institut était d’assurer la présence culturelle hongroise à Paris. L'Institut culturel hongrois est l'un des plus anciens centres culturels étrangers à Paris. Il organise de multiples manifestations culturelles : expositions, concerts, projections de films, soirées littéraires, colloques, conférences, débats et cours de hongrois. Il constitue une source importante d'informations sur l'environnement culturel qu'a connu Franz Liszt dans la construction de son œuvre. Pour en savoir plus Cliquez ici La fondation Liszt à Bologne centralise l'ensemble des évènements qui sont organisés sur le territoire italien. Elle a constitué un réseau de partenaires européens totalement dédiés à Liszt pour travailler à le mise en œuvre de projets spécifiques. Pour en savoir plus Cliquez ici La Fondation Liszt à Weimar est particulièrement active sur Weimar où se situe la Hochschule Für Musik Franz Liszt mais également le Musée des archives Goethe Schiller qui comporte aussi les archives Franz Liszt qui constituent le plus grand recensement de l'Œuvre de Liszt dans le monde. A Weimar se trouve également le Musée Franz Liszt situé dans l'Hofgärtnerei qui avec l'Altenburg constituaient les lieux de résidence de Franz Liszt et où il recevait ses élèves, les personnalités européenne du monde artistique, culturel, scientifique et littéraire. Pour en savoir plus Cliquez ici Le Musée Liszt à Budapest où est implanté la Zeneakadémia constitue le creuset de la culture lisztienne. Il comporte, entre autres, un nombre considérable d'objet ayant appartenu au Maître ainsi qu'une collection de pianos. Pour en savoir plus Cliquez ici Retour à la page d'accueil Cliquez ici
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